La Revue

Mélanie Kribinski
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°112 - Page 54 Auteur(s) : Sylvain Missonnier
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http://www..melaniegribinski.com

Avez-vous déjà croisé, l'oeil espiègle de Laurence Kahn, le regard bienveillant d'Annie Anzieu ? Votre mémoire vous restitue-t-elle fidèlement la présence empathique de Serge Lebovici et la riante acuité de René Diatkine ? Imaginez-vous René Major sur un cliché qui semble extrait d'un film de Buñuel ? Avez-vous déjà été présenté au perroquet et au chien de Jean-Claude Rolland, au chat noir de Christian David ? Si ces évocations attisent votre curiosité ou votre nostalgie, vous pouvez assouvir votre pulsion scopique en visitant la superbe galerie de portraits de Mélanie Gribinski où une quarantaine d'explorateurs de l'inconscient vous attendent dans leur décor intérieur en compagnie d'artistes, d'éditeurs, de musiciens, de photographes et de poètes. Il y a des psychanalystes vivants et des morts. Certains sont de grands noms, d'autres moins connus. Ils appartiennent à des sociétés et des familles de pensée différentes. Dans la plupart des cas, le cliché en tant que tel est subtil. Avec ceux que je connais ou ai connu, je suis frappé par la "vérité" de l'image qui relève avec pertinence le défi ambitieux du portrait. Il faut souligner l'élégance esthétique de ce site Web qui offre un véritable écrin aux clichés en noir et blanc de la photographe. Dans la rubrique Information, on apprend que Mélanie Gribinski travaille avec une "chambre 18x24". Attiré par le signifiant "chambre", je cherche à en savoir un peu plus. Par la magie des moteurs de recherche, j'apprends qu'il s'agit de l'instrument "originaire" de la photographie. Plus encore, je découvre un site de spécialistes de cette fameuse chambre (http://autresetpareils.free.fr/artistes/ gribinski.htm). Outre une biographie artistique de M. Gribinski, on y trouve une citation éclairante de l'artiste : "J'utilise une chambre 18x24 pour faire du portrait, rien que du portrait, en N&B. De préférence, je photographie les gens chez eux, dans leur intérieur avec la lumière ambiante. Plus il fait sombre, plus le temps de pose est long, jamais moins d'une seconde, rarement plus de quatre. La personne devra rester immobile, souvent le regard fixé sur l'objectif. Je fais six photos, pas plus. Il me faut environ une heure." À un quart d'heure près, psychanalyse et photographie entretiennent un voisinage troublant dans la chambre 18x24 de M. Gribinski ! C'est sans doute cette résonance métaphorique qui donne à ses clichés leur juste profondeur !