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Culte et histoire de Saint-Nicolas
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°86 - Page 37 Auteur(s) : Michel Soulé
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Culte de Saint-Nicolas

Dans la Méditerranée orientale, toutes les îles, même les plus petites, ont une petite chapelle dédiée à Saint Nicolas. De même, on les trouve dans les villes portuaires du sud de l'Italie. La cathédrale de Bari est dédiée à Saint Nicolas, qui protégeait le départ des croisés par voie de mer. Le cabotage permet au culte de Saint Nicolas de se propager par voie de mer et de parvenir dans les villes du Nord de l'Europe où il aura un grand essor : Belgique - Pays scandinaves - Pays baltes - Russie (plusieurs tsars s'appellent Nicolas) - Nord de la France (Picardie septentrionale, Champagne, Ardennes, Alsace Lorraine).

Histoire de Saint Nicolas

Son histoire véridique est mal connue car elle a été enjolivée au cours des siècles par des apports locaux Ce que l'on sait de sûr : au début du christianisme, il était l'évêque d'une communauté chrétienne qui s'est développée au premier siècle après JC, dans une province du sud de la Turquie (Lycie, ville de Myra). Pour d'autres, il aurait vécu de 270 à 310 ap. JC. Il fut un des 318 pères du concile de Nicée. Il interdira le sacrifice d'enfants, bien que ceci soit alors une pratique dans tout le monde environnant (monde dit barbare). De nombreuses légendes vont lui attribuer des miracles, les plus célèbres étant : La Légende des 3 officiers, Le Sire de Richicourt, L'enfant bouilli, L'enfant disparu. Il interdit le sacrifice des enfants et apparaîtra comme un sauveur et un bienfaiteur. Un dédoublement de sa personne donnera de lui tantôt une image bienfaitrice, tantôt, un personnage noir, le Père Fouettard. Il accompagne Saint Nicolas dans tous ses voyages et porte différents noms, selon les régions qu'il visite. Il est tout de noir vêtu, son visage est charbonneux, il a un manteau noir avec un capuchon, une cagoule et de grosses bottes. Il peut punir les enfants méchants et dans certaines contrées, les ramasser et les jeter. Ce personnage serait une réminiscence des maures laissés lors de l'occupation espagnole. Le boucher de la légende et de la chanson en serait la survivance.

Le destin des enfants dans l'histoire de l'humanité

Dans toutes les civilisations et même tardives ( par exemple, les aztèques), s'accomplissent des sacrifices d'adultes, rituels ou non, par exemple propitiatoires auprès des dieux ou guerriers pour exterminer des vaincus. L'anthropophagie existe en tout cas après le sacrifice d'enfants en période de disette et de famine.

Le sacrifice d'enfants est accepté par beaucoup de civilisations et des philosophes (Platon, Aristote les justifient dans le cas de risque de surpopulation ou d'enfants anormaux). Avortements et infanticides sont autorisés par Platon pour des raisons eugéniques et pour construire une société idéale (stabiliser la population et éliminer les marginaux). Signalons que pour Aristote, l'embryon possède la vie après 40 jours pour les garçons et 90 jours pour les filles. Montesquieu, dans L'Esprit des lois, étudie les causes de l'infanticide en Chine.

Plus tard, ce sera le sacrifice du 1er enfant offert à la divinité. Abraham est le 1er à qui Dieu ( le dieu des 3 religions monothéistes) va transformer ce rituel par le remplacement de l'enfant par un animal. A la place de Isaac, son fils aîné, ce sera le bélier qui sera sacrifié. Ce rituel remplace le dieu implacable par un dieu plus humain et paternel. Ceci inaugure le dieu unique des 3 religions monothéistes, et le récit de l'épisode biblique du sauvetage d'Isaac est quasiment le même dans ces trois religions et donne lieu désormais à une fête. Saint Nicolas, pour les catholiques, Aid Al Kebir pour les musulmans, Roch Hachana, nouvel an juif. On retrouve exprimé de manière plus naïve et imagée, tout cela dans la chanson.

Evolution de notre éthique par rapport à l'enfance

Dans le récent déroulement de notre histoire et parallèlement aux progrès de soins médicaux aux enfants, l'éthique évolue d'une manière rétroactive.

Interdiction de tuer, frapper, les jeunes enfants, interdiction de tuer les nouveaux-nés alors que jusqu'au début du 20 ème siècle, la mortalité infantile est très importante. Désormais, l'interdiction se porte sur les nouveaux-nés. Puis, sur les prématurés (des sommes très importantes sont dépensées pour sauver les prématurés de plus en plus immatures). Des débats éthiques apprécient les situations par exemple, celles des graves désordres cérébraux, ou l'on peut pratiquer l'euthanasie, passive ou active (1990). C'est ainsi que sont implicitement édictées les règles éthiques actuelles. Mais les impératifs demeurent ; tout bébé doit vivre. Tout nouveau-né, même prématuré, doit vivre avec le corollaire suivant : toute mère doit aimer tous ses enfants, quel que soit leurs états.

Depuis le développement de la médecine foetale et des explorations complémentaires, une nouvelle loi éthique apparaît. Tout foetus doit vivre et si certains peuvent être supprimés, c'est en fonction d'une éthique précise (loi de bioéthique) -ou en respectant les limites de la loi Veil 1975 - On connaît l'opposition du mouvement "Laissez-les vivre". Depuis quelques années seulement, en raison de progrès de la biologie, une nouvelle loi éthique apparaît : le public se représente l'embryon comme un homonculus qui ressemble à un mini bébé : tout embryon doit vivre ; il est interdit de le supprimer quand on n'a plus besoin de lui. D'où le nombre important d'embryons en attente dans les congélateurs des labos.

On voit se préciser bientôt une loi éthique concernant les gamètes. Si on se désintéresse du sort des milliards de spermatozoïdes qui n'ont aucun avenir, en revanche la loi éthique préservant les ovules est déjà imposée.

Pérennité de Saint-Nicolas

On constate que l'on peut remplacer dans la chanson classique de Saint Nicolas, le mot enfant par le mot embryon, et le mot saloir par le mot congélateur (qui est la forme moderne de conservation des denrées). La loi éthique exige qu'un spécialiste les réimplante pour leur permettre de vivre ou revivre, c'est-à-dire qu'il faut que soit renouvelé le miracle de Saint Nicolas, de la résurrection des enfants qui attendent dans le saloir. L'analogie s'impose encore plus quand on sait que désormais une loi éthique tacite limite l'implantation de seulement 3 embryons. Il était 3 p'tits embryons qui attendaient dans un labo.

On peut aussi fantasmer à propos de la réponse de chacun des 3 enfants, après la résurrection. Les morceaux d'enfants conservés dans le saloir font référence au cannibalisme infantile.