La Revue

La Fédération Française des Psychologues et de Psychologie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°82 - Page 11 Auteur(s) : Jean-Pierre Chartier
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Pourquoi viens-tu si tard ?

Après l'écrit de Daniel Lagache sur L'unité de la psychologie en 1949, Didier Anzieu espérait, dès les années soixante, créer une organisation professionnelle représentative de l'ensemble des psychologues Français ; à cette fin, il rédigea le premier Code de déontologie. Le départ d'Edgar Faure du Ministère de l'Education Nationale et l'individualisme forcené et les dissensions chroniques chères à nos collègues ruinèrent son espoir de voir la profession unifiée. Un happy few reprit le flambeau et permit de conserver l'étincelle vivace dans de nombreuses et heureuses tentatives fédératives qui ne purent cependant permettre la réalisation de ce projet d'unité.

En 1996, la rédaction d'un nouveau code de déontologie autour de la Société Française de Psychologie avec Odile Bourguignon, de l'ANOP, du Syndicat National des Psychologues et de quelques autres ralluma la flamme du mouvement fédérateur. S'ensuivirent les Etats généraux de la Psychologie qui, en mars 2001, réunirent près de deux mille professionnels à la Mutualité, démontrant ainsi que les psychologues étaient capables parfois de s'unir pour le meilleur et pour le pire ! Le feu qui couvait sous la cendre permit alors à 19 organisations représentatives de décider, le 19 octobre 2002, de la forme juridique qui devait les représenter.

Rendez-vous fut pris pour en voter les statuts le 25 janvier 2003 dans les locaux de l'Ecole de Psychologues Praticiens à Paris.

La veille, j'ai fait un rêve étrange et pénétrant. En cette douce France, deux tribus s'affrontaient sauvagement dans un combat sans merci. Les Jivaros, grands savants réducteurs de têtes et psychophobes bien connus, étaient sur le point de vaincre et de réduire en esclavage les psychophiles dont on sait que le tort principal est d'être depuis toujours aussi divisés que l'étaient les tribus gauloises à l'époque de Jules César. Comme nos ancêtres, les psychophiles vivent en permanence dans la crainte que le ciel leur tombe sur la tête, à moins qu'ils ne s'épuisent dans des joutes éristiques et stériles sur le sexe des anges, sans voir que les armées ottomanes sont à leur porte ou que les légions romaines s'apprêtent à les vassaliser.

Dans mon rêve, j'essayai alors vainement de leur crier "l'union fait la force" ou encore "Tous pour un, un pour tous", mais aucun son ne pouvait sortir de ma bouche : j'étais paralysé comme dans ces rêves d'angoisse où nos jambes se dérobent et où nous nous retrouvons à la merci de nos ennemis. Heureusement, je me réveillai en sursaut. ouf ! ce n'était qu'un cauchemar !

L'esprit fédérateur de Didier Anzieu planait-il sur nous ce jour-là ? Malgré quelques claquements de portes, et pour d'autres beaucoup de procrastination, la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie est enfin née en France alors que des organismes équivalents existent déjà depuis des décennies dans la plupart des pays développés. J'entends par là les nations qui ont compris qu'il faut valoriser la psychologie, comme le disait Freud à propos du "Wo es war . c'est un problème de civilisation".

La Fondation a pour but d'être le représentant de la profession auprès des pouvoirs publics et d'éviter ainsi que nos divisions ne soient un prétexte pour nos interlocuteurs de l'Etat de repousser nos projets d'amélioration de notre exercice et de nos statuts professionnels. La Fédération se donne aussi pour objectif de défendre les psychologues et de veiller à ce que les tâches qui leur sont demandées soient en accord avec le code de déontologie ; elle assurera aussi la défense des utilisateurs en les protégeant de charlatans et de collègues peu scrupuleux..