La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°111 - Page 54 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Vendredi 15 octobre 1886 - Dans les Mémoires du Pr Wagner-Jauregg on lit : "A son retour à Vienne, il donna une conférence (De l'hystérie masculine) devant la Société des Médecins dans laquelle il ne parla que de Charcot et le loua dans les termes les plus hauts. Mais les autorités viennoises réagirent mal. Dans la discussion qui suivit, (le médecin Heinrich von) Bamberg et Meynert rejetèrent Freud et, de ce fait, il tomba en disgrâce avec la Faculté. Ainsi, il était un praticien en neurologie, mais sans matériel clinique (Krankenmaterial). Mais alors prit pitié de lui un homme que j'estime moi-même plus que tout autre collègue avec qui j'aie été en contact : Josef Breuer (...) Il mit Freud au travail en lui adressant en traitement des patients hystériques. C'est de cette circonstance qu'est venue la psychanalyse (...) Le premier cas dans lequel la psychanalyse fut utilisée (...) fut une patiente de Breuer." (W-J, 1950, p. 72).

Mardi 11 octobre 1922 - Lettre de Sándor Ferenczi à Georg Groddeck : "Je ne crois pas aux auto-analyses. L'inconscient est assez habile pour vous induire en erreur, justement sur les points les plus importants. Un certain degré d'expression de soi-même fait partie de l'analyse, et c'est impossible quand on laisse une grande partie de ses capacités psychiques veiller en tant qu'instance critique - et c'est ce qui se passe dans l'auto-analyse, où on veut à la fois être père et fils. Des analyses partielles sont tout à fait possibles de cette façon, mais surtout pour approfondir ou élargir quelque chose de déjà connu. On ne parvient pas de cette manière à des connaissances essentiellement nouvelles sur soi-même. Il est nécessaire pour cela d'avoir la "fournaise du transfert", qui manque dans l'auto-analyse (.) L'objection principale contre cette assertion serait sans doute que Freud lui-même pratique l'auto-analyse. A cela on peut répondre : 1°) que ce n'est qu'un argument d'autorité, un argument ad hominem. 2°) Nous connaissons le matériel de l'auto-analyse de Freud à partir de son Interprétation de rêve : nous savons à quelle profondeur extraordinaire il a pu pénétrer en lui-même ; et cependant nous n'avons aucune possibilité de juger de la complétude ni de l'uniformité d'approfondissement de cette connaissance de lui-même. 3°) Enfin, on peut éventuellement admettre la possibilité de l'auto-analyse chez des individus isolés, excessivement rares, qui peuvent se mettre eux-mêmes en jugement. Mais cela ne modifie en rien la valeur générale de la règle que réclame l'analyse freudienne."

Mardi 14 octobre 1947 - Willy Baranger, alors jeune Français agrégé de philosophie, membre du service universitaire français à Buenos Aires, écrit à Daniel Lagache : "Je fais partie, depuis peu, du comité de rédaction de la revue de psychanalyse de Buenos Aires. Le Dr Arnaldo Rascovsky, directeur de la revue, m'a chargé de résumer la documentation psychanalytique et psychologique de langue française (livres et revues) : tous les compte rendus que je ferai ou qui pourront m'être envoyés paraîtront dans la revue argentine. La revue publiera en outre, en français, les résumés des principaux articles de psychanalystes argentins. Il est inutile de souligner l'intérêt de ces projets du point de vue des relations intellectuelles franco-argentines. D'autre part, la revue publiera des comptes rendus sur l'activité de la société française de psychanalyse. Je désirerais donc que vous m'indiquiez un membre de la société française de psychanalyse qui accepte d'établir avec Buenos Aires des relations régulières - si vos occupations ne vous laissent pas le loisir de le faire (.) Lorsque la Revue française paraîtra de nouveau - je l'espère, dans un temps prochain - des relations dans l'autre sens seraient aussi envisageables".