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Personnalité et maladie. Stress, coping et ajustement
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°68 - Page 19-21 Auteur(s) : Dana Castro
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Personnalité et maladie
Stress, coping et ajustement

Santé et maladie sont des concepts qui se recouvrent et qui existent le long d'un continuum. D'un côté le concept de santé (état positif de bien-être physique, mental et social qui varie au cours du temps), de l'autre celui de maladie qui produit des signes, des symptômes, des handicaps ou/et des infirmités.

L'intérêt pour ces deux concepts est très ancien, mais c'est au cours des dernières décennies que s'est opérée dans la communauté scientifique et dans le public une nette prise de conscience sur les implications individuelles et communautaires de la santé et de la maladie. De ce courant est né l'intérêt des psychologues pour contribuer à la promotion de la santé et l'adaptation à la maladie.

Conceptualisé comme étant un état d'équilibre entre des facteurs cognitifs, émotionnels et comportementaux, le phénomène de l'adaptation à la maladie prend une place de plus en plus considérable dans l'étude des aspects psychologiques des maladies chroniques, par exemple. Différents modèles ont été proposés pour tenter d'expliquer comment s'élabore sur le plan psychologique le processus d'adaptation à la maladie.

Lipowski (1970) suggère que la maladie chronique est un facteur de stress psychosocial qui confronte le sujet à une expérience douloureuse de perte (d'intégrité corporelle). En règle générale le sujet atteint va essayer d'utiliser des stratégies psychiques lui permettant de préserver son identité corporelle et psychique. Pless et Pinkerton (1975) décrivent l'adaptation à la maladie comme un processus dynamique qui débute dans l'enfance et qui se construit tout au long de la vie au contact de l'expérience vécue par le sujet. Wallander et coll. (1989) accordent beaucoup d'importance aux facteurs de stress et à la compétence individuelle (capacité à faire face). Cette prise de conscience repose aussi sur la croyance que la santé peut être protégée et « travaillée ». Elle s'est établie à travers la reconnaissance de l'influence des aspects individuels des patients : histoires de vie, relations sociales, styles de vie, processus mentaux et personnalité. Différents modèles ont tenté d'en rendre compte. Après les modèles de la médecine psychosomatique (années 60) et la médecine comportementale (années 70), celui de la psychologie de la santé s'impose à la fin des années 1970.

Le modèle transactionnel bio-psycho-social de la psychologie de la santé apparaît comme un modèle très prometteur pour conceptualiser la santé et la maladie tant du point de vue théorique que du point de vue de ses applications. Il propose une interaction constante entre des systèmes biologiques, psychologiques et sociaux ; systèmes qui se combinent et qui se modifient sous l'effet même de ces combinaisons. Dans ces systèmes une dimension importante est conférée à l'évolution de la personne et à son rôle dans le développement de sa santé ou de ses problèmes de santé.

La psychologie de la santé interfère avec d'autres disciplines : médecine, biologie, épidémiologie, sociologie, anthropologie, etc. Elle se définit comme étant « l'ensem-ble des contributions théoriques et pratiques spécifiques à la discipline de la psychologie pour la promotion et le maintien de la santé, la prévention et le traitement des maladies, l'identification des corrélats étiologiques et diagnostiques de la santé et de la maladie et les dysfonc-tionnements qui s'en suivent ; l'analyse et l'amélioration des systèmes et politiques de santé et la formation des personnels de santé » (Matarazzo, 1982, cité par Sarafino). Ce modèle discute la pertinence des différences individuelles en lien avec des facteurs psychosociaux. Il souligne les rapports complexes qui se nouent entre toutes ces caractéristiques : le jugement social, la reconnaissance de sa propre valeur dans le regard d'autrui, l'attente de proximité affective, les facteurs de personnalité. Et dans la promotion et le maintien de la santé, dans l'adaptation à des pathologies somatiques les facteurs de personnalité jouent un rôle capital. Ils contribuent à la relative fragilité ou robustesse des individus, comme ils peuvent avoir des liens directs sur la santé. L'état d'un individu peut moduler, à son tour, certains aspects de la personnalité du sujet.

A l'heure actuelle, il existe en France peu d'ouvrages scientifiques qui proposent une analyse approfondie, systématique et argumentée des interactions existant entre caractéristiques personnelles et comportements vis-à-vis de la santé, dans la perspective de la psychologie de la santé. C'est dans ce contexte que la sortie de Personnalité et maladie - stress, coping et ajustement est tout à fait opportune.

« Qui devient malade et pourquoi ? », demande Marilou Bruchon-Schweitzer. La réponse à cette question amène l'ensemble des auteurs de ce livre à préconiser « une prise en charge personnalisée des malades ». Dès les premières pages, cet ouvrage situe nettement son objectif : dans « un souci d'être utile, analyser les liens complexes existants entre santé, personnalité et maladie pour que dans le domaine de la santé, les prises en charge « standard » soient remplacées par des interventions psychosociales véritablement adaptées aux besoins des patients ». Pour les besoins de cette démonstration, l'ouvrage analyse toute une série de pathologies chroniques ou aiguës telles que l'insuffisance coronarienne, le cancer du sein, les lombalgies communes, le diabète insulino-dépendant, la polyarthrite rhuma-toïde, le syndrome de l'intestin irritable, l'infection par VIH, le traumatisme médullaire, les conduites tabagiques et le stress professionnel. Avec un chapitre important qui traite des apports de la psychoneuro-immunologie. L'organisation du texte est faite pour se concentrer sur les principes fondateurs du domaine de la psychologie de la santé.

Le livre apporte d'abord une information générale sur les concepts opérants dans le domaine pour aborder ensuite des aspects relatifs aux différentes pathologies. Tous les chapitres font le point de manière argumentée sur les données et connaissances actuelles en insistant pour chaque affection traitée, sur les interactions existant, entre la personnalité (traits, caractéristiques, styles, etc.) et les comportements de santé.

Chaque chapitre s'articule autour d'un même plan logique ordonné en fonction des caractéristiques épidémiologiques, des antécédents (facteurs environnementaux ou dispositionnels), des prédicteurs de l'ajustement, des médiateurs (processus par lequel se transmet l'effet d'un événement sur la santé), des critères d'ajustement et de la prise en charge psychosociale de l'affection traitée. Cette structuration méthodique et répétée facilite la lecture en permettant au lecteur d'anticiper le contenu et de retrouver la cohérence de l'ensemble.

Chaque chapitre comporte également une section intitulée « bibliographie conseillée » qui incite le lecteur à poursuivre ses propres investigations. L'ouvrage s'achève sur un glossaire conséquent qui clarifie profitablement une terminologie spécifique. La lecture de cet ouvrage ouvre aussi sur un fort message d'avenir qui met l'accent sur l'importance de la pluridisciplinarité tant au niveau théorique de la recherche appliquée - « il est donc nécessaire de construire des modèles intégratifs et multifactoriels » (Aguerre) que de la prise en charge - « l'approche thérapeutique s'inscrira dans une approche qui resitue la personne dans sa totalité et son individualité au cour des prises en charge » (Aguerre).

De ce fait la lecture de cet ouvrage pourrait se concevoir à différents niveaux :

  • celui d'une lecture globale avec comme objectif l'obtention d'informations scientifiques sur la réaction humaine face à la maladie. Dans cette perspective le lecteur découvre, approfondi et intègre le lien intrinsèque qui existe entre les carac-téristiques individuelles de personnalité et l'impact des affections somatiques ;
  • celui d'une lecture ciblée où le lecteur ne compulse que le ou les chapitres qui l'intéresse pour analyser l'importance des transactions individu-contexte et pour prendre, de cette manière, des décisions d'intervention éclairées.

Ainsi le but annoncé des auteurs est pleinement atteint, car leur travail présente une triple utilité :

  • au niveau pédagogique il fonctionne comme un véritable outil didactique qui met en lien les résultats de la recherche avec des modèles théoriques pluridisciplinaires ;
  • au niveau clinique il constitue une référence utile, synthétique et actualisée pour le praticien confronté aux problé-matiques de santé de ses patients et aux interrogations des équipes. Il lui permet de comprendre et de transmettre les apports des modèles psychologiques et leurs liens aux facteurs biologiques et sociaux qui constituent la santé des personnes.
  • Enfin, d'un point de vue professionnel cet ouvrage contribue à clarifier les apports indispensables de la psychologie scientifique et désigne la place du psychologue qui les applique comme celle d'un expert indispensable au sein d'équipes interdisciplinaires

Références bibliographiques

Lipowski, Z. (1970), « Physical illness, the individual and the coping process », in Psychiatry in Medicine, 1, 91-98.

Pless, I, Pinkerton, P. (1975), Chronic Childhood Disorder-Promoting Patterns of Adjustment, London, Henry Kimpton.

Sarafino, E.P. (1990), Health psychology-biopsychosocial interactions, Toronto, John Wiley & Sons.

Wallander, J.L., Varni, J.W., Babani, L., Banis, T.H., Wilcox, K.T. (1989), « Family ressources as resistance factors for psychological maladjustment in chronically ill and handicapped children », in Journal of Pediatric Psychology, 14,2,157-173.