La Revue

Le manuscrit perdu
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°110 - Page 28 Auteur(s) : Danielle Torchin
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Livre concerné
Le manuscrit perdu
Gary / Ajar

La scène se passe début décembre 1980. Philippe Brenot qui attend Kristel, sa petite amie de l'époque, dans un café du Boulevard Saint-Germain, voit entrer Romain Gary qu'il connaît de vue. S'ensuit entre eux un bref échange de paroles et la vie de l'auteur bascule. Il apprend, le lendemain matin, la mort par suicide de l'écrivain et réalise que ce dernier a sciemment organisé un échange de leurs porte-documents. Après vérification il découvre, en effet, dans la mallette que lui a laissé Gary un manuscrit qu'il va fébrilement déchiffrer et reconnaître comme étant celui du Vin des Morts un roman de jeunesse inédit, écrit à 19 ans en 1933, et jamais publié jusqu'ici. C'est le début d'une enquête passionnante où vont se croiser plusieurs personnages. Romain Gary, qui empruntera tout au long de sa vie différentes identités : Kacew, (le nom de son père comme l'a démontré Myriam Anissimov), Gary, Sinibaldi, Bogat et enfin Ajar, va même rencontrer le père de Philippe Brénot, médecin militaire à Bordeaux en 1940, qui aurait soigné l'écrivain aviateur.

L'auteur entre peu à peu dans la peau de Romain (son double ?) essayant de comprendre de l'intérieur "Kacew, le fils de sa mère, l'adolescent niçois, le môme de Wilno. Celui qui chercha toute sa vie un père qui puisse lui montrer le chemin". Il analyse à travers la vie et l'oeuvre de l'écrivain célèbre les étapes de sa recherche permanente d'identité. "Le meurtre symbolique du père, nous rappelle Philippe Brenot, n'est jamais simple. Il engage des sentiments mais il peut être facilité par une mort naturelle ou aidé par la prise d'un autre nom. Un autre nom ? Un autre nom que celui du père, notre seule incertitude dans l'existence. C'est pourquoi, il y a tant de pseudo en littérature". Preuve en est l'épisode Emile Ajar et le scandale provoqué par la découverte de la supercherie au sein de l'intelligentsia de l'époque. Tous ceux qui connaissent Romain Gary seront passionnés par le travail très documenté de Philippe Brenot qui, à travers ce récit romanesque, pose la question plus générale de la problématique du père.