La Revue

Evitez le divan par Sylvie Gosme-Séguret
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°65 - Page 33 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Evitez le divan

Suivant l'injonction du titre, le sous-titre est éloquent : « Petit guide à l'usage de ceux qui tiennent à leurs symptômes ». Intrigué, alerté, le lecteur se trouve pris à partie dès l'envoi : « Vous n'êtes pas plus bête qu'un autre ». Dès lors vous êtes fait, rien n'y fera, vous ne lâcherez plus ce livre. à chaque page, retenant votre rire, vous retrouverez vos comportements névrotiques, ceux de votre conjoint(e), ceux de vos patients. Vous dégusterez avec allégresse la description précise de toute cette petite sémiologie du quotidien qui fait de notre vie une aventure passionnante.

Maniant avec virtuosité la litote ironique et l'antiphrase, l'auteur nous vante tour à tour :

- les « charmes de l'humeur dépressive » (« Un bon symptôme dépressif se cultive en solitaire, ne l'oubliez jamais ») ; - les « régals du corps souffrant » (« Une gêne respiratoire matinale, si vous l'encouragez, a toutes les chances de vous conduire, du moins en pensée, au sanatorium le plus proche (sans compter que ces lieux de soins sont rarement proches de votre résidence) ».) ;

- l'« exquis objet de la phobie » (« Il conviendra simplement - vous en êtes capable puisque c'est chez vous un don quasiment inné

- d'imaginer le pire dans chacune des situations de la vie quotidienne ».) ;

- l'« ineffable saveur de l'obsession » (« Arrivé au bout de votre nuit blanche, vous allez bien finir par toucher à la perfection, tant dans le domaine de la conscience professionnelle que dans celui du calcul mental, de la sécurité et de l'hygiène ».) ;

Mais aussi l'« ivresse de la panne sexuelle », le « doux poison des rapports sociaux », le « nectar de l'échec », etc. Et nous démontre, preuves à l'appui, combien nous tenons à nos symptômes, les choyons et les cultivons avec tendresse. Et combien il serait fort regrettable de vouloir s'en débarrasser chez le psychanalyste. Mais ne nous y trompons pas. Juste derrière l'humour irrésistible de Philippe Grimbert, juste derrière sa joyeuse auto-dérision, se profile une très rigoureuse pédagogie. Et bien entendu une remarquable finesse analytique.

Emportez ce livre en vacances, abandonnez, juste pour cet été, votre masochisme habituel qui vous fait amener d'ordinaire sur la plage l'aride pavé dont vous ne lirez que les trente premières pages, et revisitez en riant avec Philippe Grimbert la métapsychologie freudienne et quelques fondamentaux concepts lacaniens.

Un régal.