La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°110 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Dimanche 14 août 1882- Où l'on voit un Sigmund Freud lyrique, ce qui n'est pas habituel dans l'image que l'on a de lui, avec sa fiancée Martha : " Oh oui ! le Prater est un paradis. Seul le petit bois de Wandsbek est plus beau encore, parce que là nous avons été seuls comme Adam et Ève et qu'il n'y avait avec nous qu'une quantité d'animaux assez inoffensifs, quelques débonnaires et respectables pasteurs, des vieilles femmes curieuses mais discrètes et aussi certains animaux utiles, des vaches qui nous donnèrent du lait et des aubergistes qui nous apportèrent du beurre, des gâteaux, etc. La petite Ève portait une robe marron conformément aux changements de l'époque et un grand chapeau qui ne voulait jamais rester sur sa tête. L'Éternel avait placé des bancs sous les beaux grands arbres qui tous nous appartenaient. Aucun ange au glaive de feu n'était visible, il n'y avait qu'un petit ange délicat aux yeux d'émeraude et deux douces lèvres qui ne voulaient pas rester closes, qu'il fallait fermer par des baisers et que pourtant l'on baisait trop rarement parce que justement, c'était le matin... et cependant, dans l'ensemble, tout était si parfaitement beau - mais tout devra devenir plus beau encore."

Samedi 4 juillet 1908- Freud écrit à Stefan Zweig : "Un grand merci pour le Balzac que je me retrouve avoir lu d'une seule traite. On se sent véritablement happé dans le tourbillon que vous voulez décrire. L'homme vous va bien. Je ne sais qui fut votre Napoléon, mais vous avez hérité une bonne part de la pulsion de domination des deux hommes, et vous l'exercez à présent sur la langue ; pendant toute ma lecture je ne pouvais me détacher de l'image d'un cavalier audacieux sur sa noble monture. Je pénètre aussi aisément dans vos pensées que s'il s'agissait de vieilles connaissances. Le Thersite était très beau, par endroit enivrant, mais pourquoi avoir tellement poussé à l'extrême certains caractères, pourquoi avoir tellement caricaturé le personnage principal ? Il est bien aisé, pour un esprit positif comme le mien, de poser des questions aussi décousues."

Jeudi 27 août 1981- Alain Woodrow, dans un article du journal Le Monde décrit : "Le IXème congrès de l'Association internationale d'études médico-psychologiques et religieuses (AIEMPR) qui a eu lieu à Bruxelles avait pour thème : "Notre rapport à l'institution religieuse, ni avec ni sans elle" (.) Le père Louis Beirnaert, psychanalyste jésuite français et l'un des membres fondateurs de l'AIEMPR et d'autres, comme le père Albert Pié, dominicain français, qui ne nie pas avoir "profondément souffert dans (ses) rapports avec l'institution eccésiale" préconisent une attitude de foi (.) "Peut-on imaginer un évêque ou le pape acceptant de faire une analyse ?". Cette question entendue à Bruxelles était plus qu'une boutade. Si psychanalyse et religion prétendent toutes deux utiliser une symbolique pour désigner les "choses invisibles", la première décrit le psychisme "comme des effets de la nature symbolique du langage et des échanges humains" (professeur Cassiers) alors que la religion décrit, symboliquement, la vérité d'une transcendance surnaturelle. Cependant il existe une ressemblance entre les deux. Elles cherchent à opérer une "conversion personnelle" du sujet. Mais là aussi, en cherchant à transmettre, enseigner et formaliser cette démarche personnelle de conversion, les deux institutions, religieuse et psychanalytique, risquent de tomber dans les mêmes pièges : dogmatisme, excommunications, discours de vérité, autoritarisme, etc., même si, a-t-on fait remarquer à Bruxelles, il ne pouvait être question pour Jean-Paul II de dissoudre l'Église catholique comme le docteur Lacan son école de psychanalyse..."