La Revue

Je rêve un enfant
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°55 - Page 13 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Livre concerné
Je rêve un enfant

Monique Bydlowski nous offre ici un livre sensible, qui se lit doucement et qui berce, aux marges de la théorie analytique et de la rêverie maternelle. Je rêve un enfant. Et non : "je rêve d'un enfant", ou "à un enfant". Je rêve un enfant et mon rêve le fabrique. M. Bydlowski parle d'un "artisanat". L'amour maternel, comme tout amour humain, n'est pas donné instinctuellement, il est pris dans tout un réseau psycho-affectif qui le rend singulier à chaque femme, qui créera alors, avant de donner le jour à l'enfant réel, une "narration tissée dans l'étoffe de la vie" pré-requis de toute conception humaine.

Reprenant des concepts classiques de la périnatalité, tels que l'attachement, le mandat transgénérationnel, l'identification à une autre femme, ou des concepts précisés par elle-même dans des ouvrages antérieurs, comme La transparence psychique ou La dette de vie, M. Bydlowski les articule ici autour de sa propre sensibilité féminine, de ses propres associations.

S'approchant au plus près de cette "crise émotionnelle et narrative de la grossesse", M. Bydlowski évoque le regard "oblique" des Madones de la Renaissance italienne, regard "orienté sur soi, vers l'intérieur de la future ou nouvelle mère". De splendides reproductions illustrent ce qu'elle nomme regard "pathétique", au sens neurologique du terme. Mouvement des yeux guidé par une "paire entière de nerfs crâniens, dédiée uniquement au "pathétisme" et donc à l'expression de la passion intérieure".

Ou bien, retrouvant des contes populaires, des scènes bibliques, des récits littéraires, l'auteur illustre les concepts théoriques de ses associations personnelles. Ainsi, le "devoir de gratitude" ou concept de dette maternelle à l'égard de la mère, est-il éclairé par le thème littéraire du double ou de la vente de la perte de l'ombre (L'homme qui a vendu son ombre de Von Chamisso ), la vulnérabilité et le renoncement maternels sont évoqués à travers le jugement de Salomon.

Bien d'autres références, de nombreuses vignettes cliniques, nous parlent de l'ambivalence de la grossesse, de la place paternelle, des rituels de naissance, du lieu initiatique que représente la maternité, du baby-blues, du drame de la mort de l'enfant. En nous conviant à partager ses références culturelles, M. Bydlowski nous offre une part de son intimité. Celle qui, en tant que psychanalyste en Maternité, se garde d'interpréter, mais tâche de "comprendre et contenir sans interpréter", nous communique un peu de son système associatif au travers de sources artistiques et poétiques. Dédié aux futures mères ou aux femmes qui ont "eu des maternités difficiles ou dramatiques", cet ouvrage concerne aussi tous les soignants de la périnatalité -une bibliographie est jointe- et tous ceux que le quotidien mystère de la conception fascine. Fascination dont le caractère ineffable de la grossesse est le noyau.

L'ouvrage de M. Bydlowski m' a rappelé un court passage de L'Interprétation des rêves dans lequel Freud parle de l' "ombilic" du rêve : "le point où il se rattache à l'Inconnu". Ce n'est pas un hasard s'il nomme ainsi ce point obscur, cet ininterprétable qui résiste toujours. Ainsi résiste le mystère, l'énigme de la naissance. Ainsi recherchons-nous sans doute toujours ce point obscur, cet ombilic qui nous a liés et nous laisse marqués.