La Revue

Psychologie clinique n°8 - Clinique de l'acte
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°55 - Page 17-18 Auteur(s) : Guy Jehl
Article gratuit
Livre concerné
Clinique de l'acte

Okba Natahi et Olivier Douville, tous deux psychanalystes et enseignants à l'Université, ont rassemblé dans ce huitième numéro de la revue Psychologie Clinique, un ensemble de contributions qui est apte à éclairer ce que nous entendons, en tant que cliniciens, par cette catégorie nébuleuse et si facilement dramatisée par ailleurs de "passage à l'acte".

La problématique du "passage à l'acte" a déjà, au bas mot, près de quatre-vingts années d'existence théorique, et pourtant, c'est à chaque fois, devant la violence ou la surprise du surgissement de l'agir, comme si le clinicien se retrouvait dépourvu de ses références théoriques et privé de son savoir-faire. On a pu remarquer, avec Freud, que le passage à l'acte récupérait quelque chose d'un principe de plaisir qui ne trouvait pas occasion de se déplier dans les réserves du fantasme ou de se cristalliser en constructions délirantes. On a pu également se trouver assez limité dans une conception strictement évolutionniste ou psychogénétique du passage à l'acte qui fait de ce dernier une expression de qualité mentale "inférieure" à toute élaboration passant par le discours. Or, une telle vision réductrice de l'acte n'a guère le pouvoir de permettre de saisir ce en quoi l'acte est aussi créateur d'autres scènes, et peut être entendu alors comme un moment événementiel porteur de créativité.

Une confusion a également dominé notre compréhension des cliniques de l'acte. Celle qui nous fait confondre la déliaison des processus sociaux, des dispositifs d'appartenance par exemple, et la déliaison des processus et des logiques pulsionnelles. L'acte apparaît d'une part comme un modèle par excellence de la transgression : c'est sans doute ce qu'il est demandé à tout sujet d'éviter dans une relation contractuelle, éducative ou thérapeutique. D'autre part, toutefois, la valeur de la réaction thérapeutique négative est aussi à entendre comme la possibilité pour un sujet de se faire entendre comme sujet, de constituer un autre rapport à ses positions symptomatiques et à l'énigme de la jouissance. En ce sens, il est nécessaire et souhaitable qu'une réflexion sur la problématique de l'agir fasse jouer la question de l'acte du clinicien et la dimension de la réaction thérapeutique négative. C'est pourquoi je tiens à souligner la qualité et l'opportunité de la construction de ce numéro, qui débute par un couplage entre une longue et belle dissertation sur les liens entre l'acte et l'éthique, ouvrant alors à la dimension de l'interprétation du thérapeute. Le modèle de la cure psychanalytique est ici proposé par R. Samacher moins comme un idéal (celui de la "cure-type") que comme un paradigme pour saisir les pouvoirs subjectivants de la parole. F. Sauvagnat ensuite explore de façon extrêmement claire, documentée et didactique cette épineuse question de la réaction thérapeutique négative, exposée selon les vues de plusieurs écoles psychanalytiques. Ainsi le cadre conceptuel et axiologique de ce numéro est posé.

On en viendra alors à l'actuel de ces cliniques de l'acte, qui, une fois proposés des repères utiles sur les différents types d'actes manqués en leur lien au transfert et aux mots d'esprit (J.-M. Hirt et M. Kohn), vont concerner au premier plan l'adolescence. Cette dernière est prise dans sa compréhension de structure : l'adolescence et le féminin (et c'est là qu'O. Natahi et O. Douville relisent avec sérieux et audace le cas de Freud La jeune fille homosexuelle) ; et proposée comme paradigme du sujet post-moderne, livré à l'incertitude de ce que l'Autre lui veut. Le rapport de l'adolescent à la violence suppose de s'interroger sur la fabrication adolescente de l'altérité (J.-J. Rassial) et de la filiation (F. Marty). On ne s'étonnera pas que ce soit autour des élaborations de la pulsion de mort que ces deux cliniciens, ici rejoints par C. Dal Bon et F. Houssier, avancent leurs réflexions.

Ce numéro fait alors place à des contributions plus générales, rivées à des situations concrètes de "dérapage" et de "passage à l'acte" dans des groupes. Mais ni J.-P. Minary ni A. Sirota ne sauraient se contenter d'anecdotes ou de purs constats expérimentaux. L'un et l'autre -et chacun à sa façon- renvoient le lecteur à questionner la responsabilité du clinicien en son rapport à la déontologie et à l'éthique. Le fidèle lecteur de cette solide revue verra alors dans ce numéro "Cliniques de l'acte" un prolongement bienvenu à un numéro précédent Clinique et éthique (1998-1), ce d'autant que P. le Maléfan et S. Bouyer (ce dernier en compagnie de M.-C. Mietkiewicz) réfléchissent à la situation actuelle de la psychologie clinique, de l'intervention psychologique du clinicien et aux conditions actuelles de sa formation. Une présentation de l'enseignement de la psychologie clinique au Maroc suit alors, complétant ce numéro riche et cohérent. Seule réserve : une mise en page parfois un peu irrégulière dans ses marges qui donne un sentiment de "manque de finition", ce qui n'est tout de même point trop gênant. Je conseille la lecture de ce numéro aussi bien aux enseignants, qu'aux étudiants et aux professionnels.