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La science au risque de la psychanalyse
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°52 - Page 20 Auteur(s) : Christine Dal Bon
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La science au risque de la psychanalyse
Essai sur la propagande scientifique

La question se pose à nous tous les jours : quelle attitude adopter face aux détracteurs de la psychanalyse ? Calomniée ou adorée, l'effet semble être le même : celui d'une légitimation sans limites. Confère la façon dont nombre de serial killers s'en arrangent au quotidien pour couvrir leurs actes. En témoigne aussi brillamment l'imposture intellectuelle de Sokal et Bricmont.

La science au risque de la psychanalyse, par son aspect exhaustif, indique que l'analyste peut répondre de sa technique et de sa discipline autant que de leurs fondements. "La bonne nouvelle que Freud annonce à tout un chacun est que la misère des êtres parlants peut se dire et qu'elle se dit dans les mots de tous les jours (.) Il suffit d'une méthode pour les entendre".

Concernant cette méthode, les auteurs soulignent que si la dette collective à l'égard de Freud ne cesse de se préciser, une découverte propre à chacun concerne la parole et le langage. De ce fait, la psychanalyse est à soumettre au risque de la séance, de chaque séance. A la question "quel est le véritable nom de l'Autre par qui la machine du langage fabrique mes pensées ?" correspond la difficulté de résister à l'ensorcellement de la langue comme il en a été pour Freud de courir le risque de délirer tout en construisant sa théorie. Et si la seule révélation de l'analyse est que le langage a lieu, le lieu du transfert est ainsi une façon de "formaliser l'atopique" : le langage est lieu. "Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux" (René Char). Toute parole fait surgir de ses interstices qu'il existe un savoir. La lettre saurait en être la preuve : petit soldat modeste, présent ou absent, mais irréductible rempart du royaume des mots. Lettre tombée de la page, morte ou en souffrance, rêveuse ou hallucinée, lettre si proche du néant : le transfert sera le deuil éclatant de ce mariage de raison. Lettres de noblesse enfin, ivres de savoir, en marche dans le discours, sur le tapis rouge sang du meurtre du père : "La personne de service" qui permit à Freud de "se sortir de l'embarras et de conceptualiser le transfert (.) provient de la manière dont il a sublimé une excitation sexuelle".

La science au risque de la psychanalyse détaille la dette de la science à l'endroit du langage : "L'éthique et l'épistémologie constituent les deux manières de dire les impasses auxquelles conduisent les idéologies scientifiques lorsqu'elles feignent d'oublier la structure nécessairement narrative de tout discours prétendant à la communication scientifique".

Reconnaître la dénégation comme loi fondamentale du psychisme, rend alors possible de repérer que "la naissance de la science moderne consiste dans une aptitude à se donner, à l'aide d'une écriture mathématique . une lecture du monde factuel objectivé par la reproduction contrôlée d'expériences décisives. Ce geste d'éviction du savant a pour conséquence de cliver radicalement l'objet de la connaissance du sujet connaissant. Et ce qui se trouve éjecté de la rationalité scientifique fait nécessairement retour au sein de ses idéologies. Qu'il l'avoue ou non, l'homme du théorème devient tôt ou tard un poète pour communiquer son savoir dans le champ culturel. En un mot comme en cent, le processus d'éviction du sujet épistémique échoue dans ses modes de connaissance à établir un savoir sans paroles".

La science au risque de la psychanalyse fait le point sur l'actualité de la rencontre psychanalyse - science et propose un débat de fond concernant le décloisonnement des discours traditionnels. Passerelles langagières que la psychanalyse peut interroger. Roland Gori et Christian Hoffmann proposent une révision de cette position jusqu'alors "franchement suicidaire" de la psychanalyse à ne pas authentifier les reproches qui lui sont faits d'être la seule à occuper cette place.