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Traité de Gynécologie Obstétrique Psychosomatique
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°52 - Page 22-24 Auteur(s) : Geneviève Wrobel
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Traité de Gynécologie Obstétrique Psychosomatique

Sylvain Mimoun met à la disposition de tous les intervenants en gynécologie-obstétrique, son talent de rassembleur pour la création d'un ouvrage dont il est difficile de parler en quelques lignes. Il a réuni chercheurs et praticiens en neurobiologie, anthropologie, médecine, psychiatrie, psychanalyse, psychologie. Notons d'emblée que les "psy" sont plus nombreux que les somaticiens, ce qui semble lié à la spécificité de ce recueil. La trame des différents écrits se tisse à l'aide d'un même fil conducteur : la réhabilitation du sujet porteur d'une manifestation somatique, mis à mal depuis l'explosion des techniques nouvelles et leurs effets de découpage du corps en organes. Chacun découvrira - ou redécouvrira - la nature et la forme de la demande adressée à l'autre, somaticien ou "psy". A l'un, elle apparaît le plus souvent liée au "bruit" ou au "silence inquiétant" d'un organe ou d'un appareil rebelle. A l'autre, elle s'énonce sous des formes plus déguisées mais il est encore question de souffrance.

Le premier chapitre Entre le corps et l'esprit définit le cadre de réflexion des travaux qui suivront et jette les bases des différentes approches : psychoneuro-endocrinienne, psychoneuro-immunologique, psychanalytique et psychosomatique, ce qui pose d'emblée la question de la spécificité de la psychosomatique. Viennent ensuite les différents thèmes qui recouvrent le champ de la gynécologie-obstétrique psychosomatique. Chacun d'eux voit se déployer des points de vue variés selon la fonction et le lieu d'exercice du professionnel. Remarquons le choix inhabituel des thèmes proposés (adolescence, douleur, règles, contraception.) décalé d'une vision organiciste du corps morcelé (pathologie ovarienne, pathologie tubaire.) qui implique par là même un regard nouveau sur le sujet dans sa globalité.

Certains chapitres auraient mérité selon nous un développement plus large. Même en y ajoutant Anorexie-boulimie, en prise directe avec la confrontation de l'adolescente à sa sexualité, le chapitre Adolescence est de ceux là. Il comprend deux articles, l'un sur la consultation gynécologique, l'autre sur les maternités adolescentes. Toutefois il laisse en blanc les enjeux de l'apparition des règles, leurs effets, les enjeux d'une éventuelle pathologie gynécologique (kystes de l'ovaire, hirsutisme.), et leur impact sur la sexualité de la jeune fille, sur ses propres représentations de la féminité.

Hormis dans le chapitre Cancers, la psychosomatique apparaît le plus souvent dans cet ouvrage comme une branche de la médecine. Or la chirurgie gynécologique, à priori non invasive puisque réparatrice, telle la cure de prolapsus génitaux, réactualise parfois l'avant-coup dévastateur d'une histoire obstétricale. A défaut de l'entendre en amont de l'intervention, cette dernière prendrait le statut de remboursement d'une dette médicale qui exclurait toute amorce de remaniements psychiques.

Nous aurions souhaité un regard plus soutenu sur le temps de la grossesse chez les jeunes femmes présentant des menaces d'accouchement prématuré et celles qui accouchent prématurément (à noter que ce sont rarement les mêmes). Il nous semble que la psychosomatique, liée à l'idée du trou symbolique, induit l'espoir d'un "remaillage" par une traduction possible, du corps à la parole. Les tentatives réitérées de "retenir-rejeter" proches du Fort-Da de Freud et le "lâcher inopiné" de certaines naissances prématurées en sont une illustration.

Certains exposés, par leur clarté et leur force d'évocation nous ont mis au travail. Leur résonance avec notre pratique clinique offre de nouvelles grilles de réflexion, et stimule notre imaginaire parfois mis en sommeil par certains patients. La dérive possible de l'approche psychosomatique demeure néanmoins le discours psychologisant (ce que souligne M. Lachowsky), les interprétations psychanalytiques plaquées où la parole du patient n'est plus libre de toute causalité aux oreilles du praticien. Si créer du lien entre symptôme et histoire, entre actuel et infantile, entre acteurs différents et surtout autour du patient en détresse, reste un objectif essentiel en psychosomatique, vouloir lier à tout prix psyché et soma risque d'aboutir à leur clivage par aliénation au couple cause-effet. Il est précieux à ce propos de garder en tête ces quelques mots : "Autant de couples, autant de combinaisons subtiles entre les facteurs somatiques sexuels et psychoaffectifs constamment intriqués" (M. Dayan Lintzer, Rencontres avec un couple souffrant de stérilité).

"Il n'y a pas stricto sensu de causalité psychique de la stérilité.On doit plutôt évoquer des facteurs psychiques de risque d'infertilité" (M. Bydlowski, Désir d'enfant et infertilité. Perspectives psychanalytiques). Guidés par S. Epelboin, allons maintenant à la rencontre des mythes et légendes et parcourons les temps de la féminité marqués par les flux menstruels ou hémorragiques, (Les sangs des femmes). Les fantasmes de nos patientes (et patients), leurs théories infantiles mais aussi les nôtres, toujours vivaces, nous revisitent alors. Les croyances et les dictons ont traversé les générations. Leurs traces, conjuguées aux fragments de mythes anciens et personnels affleurent encore dans la parole, qu'elle soit récit superficiel ou plainte profonde.

Avec ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, S. Epelboin nous entraîne, en PMA, dans les arcanes d'une temporalité troublée, du projet à sa réalisation et de la conception à la grossesse (en cas de congélation d'embryon) où l'histoire de la stérilité prend le pas sur celle de l'individu.

En échographie, L. Arnould-Driss ne fait-elle pas d'un acte médical - imagerie -, un acte psychosomatique -image de soi- ? Ses mots, à l'égard des patients comme au cour de son écriture, permettent que se côtoient l'investigation scientifique axée sur le "voir" et le respect de l'intimité du couple et de l'imaginaire propre à chacun des protagonistes.

M. Chevret-Measson, G. Steg et C. Cabanis passent en revue les symptômes sexuels féminins. Les prises en charge thérapeutiques apparaissent ainsi clairement différenciées et appropriées en fonction d'une nosographie dont nous aimerions souligner la précision.

M. Lachowsky met en relief au travers de la nécessaire prise en compte du "colloque singulier" que représente la relation médecin-malade, l'aphorisme célèbre de Balint : "Ce que le médecin prescrit le plus tout au long de sa vie : c'est lui-même".

Les outils d'évaluation psychopathologique "simples et pratiques" proposés aux obstétriciens par O. Rosenblum et D. Candilis leur permettront de prendre en compte les facteurs de risque alors qu'ils sont le plus souvent confrontés à la réalité incontournable d'un temps de consultation limité. S'il fallait choisir un seul mot-clé dans leur exposé, s'imposerait à nous : prévention. C'est ce qu'ils soulignent en rappelant le concept de "dépression du pré-partum".

Reflet de cet ouvrage, l'approche pluridisciplinaire est préconisée par P. Rousseau en consultation préconceptionnelle après perte périnatale. Par crainte de ce qui s'est déjà produit reprojeté dans l'avenir, la mère, le couple ne vont pas pouvoir investir une nouvelle grossesse, un nouvel enfant. Penser et dire aujourd'hui s'annulent dans un futur sans hier et sans lendemain, à charge pour le psychanalyste et l'équipe médicale de penser et rêver pour eux, en attendant qu'ils puissent retrouver l'espace en creux nécessaire à la grossesse psychique.

"Le sein, entre Eros et Narcisse" : quelques mots pour esquisser le jeu mortel entre féminin et maternel, entre sexualité infantile et sexualité adulte en cas d'atteinte cancéreuse. Les caractéristiques de la psychothérapie analytique, ici évoquées par L. Slama mettent en lumière la double invasion proliférante, du corps par les cellules cancéreuses, de la psyché par les reviviscences fantomatiques. La nécessité de l'élaboration par et pour le sujet prend tout son sens, non à cause mais au décours de sa maladie.

Les textes évoqués ci-dessus ne représentent qu'un aperçu de la trame de cet ouvrage. Bien d'autres textes suscitent intérêt et réflexion. La manière dont nous en avons parlé traduit plus nos impressions qu'un résumé fidèle et exhaustif. Ce choix est sans doute lié à la spécificité de l'ouvrage, plutôt que d'ausculter les textes nous nous sommes laissés porter par les mots. Nous terminerons par des interrogations. Existe-t-il une résonance entre oreille médicale et oreille psychanalytique chez un même sujet, dans le même temps, dans le même lieu? Créer un espace au cour de la consultation médicale pour que le patient puisse dire et surtout s'entendre lui-même au-delà des maux, n'est-ce pas ce qui fait de chaque médecin, souvent à son insu, un psycho-somaticien potentiel ?