La Revue

Rythmes et répétitions : du biologique au musical, XIè journées scientifiques de musicothérapie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°52 - Page 25-26 Auteur(s) : Gabrielle Fruchard
Article gratuit

Paris, 3 et 4 décembre 1999.

Scansion et répétition président à la construction du musical et du psychique. La pulsation comme régularité permet le partage d'une temporalité où s'inscrivent rythme, durée et mouvement, ouvrant la voie à l'accentuation. Cette structure de la musique trouve son homologue dans le cadre thérapeutique où se dégageant du social le temps se réfère à l'inconscient de l'individu ou du groupe. Ainsi vont les rappels introductifs du Pr. E. Lecourt à ces journées.

Suivant G. Deleuze, Ch. Grosléziat inscrit la musique dans sa dimension de répétition, comme lieu de devenir. La ritournelle organise l'installation d'un territoire et de ses limites : depuis un centre stable, elle balise un espace et fournit des repères par l'identification d'invariants et de leurs transformations. Structurant le développement de l'enfant, ce retour musical ordonne le temps pour les personnes vieillissantes et dans les cas de pathologie mentale.

Pour le compositeur F-B. Mâche, la collaboration traditionnelle et primitive de la répétition dans ses formes musicale (l'ostinato) et langagière (la litanie) illustre le passage de la séduction à la persuasion, ou de la répétition à la variation, jusque dans ses formes les plus extrêmes.

Au travers de nombreux exemples sonores le Pr. Viret situe sa compréhension du chant grégorien, entre parlando rubato issu de la tradition orale des troubadours et notation conduisant au tempo giusto. Le 20ème siècle oscille selon J-Y. Bosseur entre dilution des repères produisant une musique de discontinuité et généralisation ultérieure du principe de répétition où disparaît le discours narratif.

Décrites par le Pr. Canguilhem, les rythmicités biologique et psychologique permettent à l'homme de se créer un temps propre, distinct du temps linéaire, mesuré par la montre (temps social). Peut-on régulièrement concilier les deux, interroge K. Lucca ? La tradition orale chantée dans ses dimensions rythmique et répétitive scande la vie quotidienne et, quel qu'en soit le destinataire, des thématiques communes s'y véhiculent (vie, mort, séparations). Elle structure activité et séparation du groupe dans les tâches collectives (F-X. Vrait).

Avec des pulsations et des intensités diverses, la présence de rythmes propres constitue un invariant culturel que les mères transmettent aux bébés par le maternage, favorisant leur affiliation à leur groupe d'origine. Diverses recherches réalisées sous la direction du Pr. H. Stork analysent la place des silences, des vocalisations, de la gestuelle, des tempi dans la marche vers l'autonomie des petits enfants. Accepter pour le bébé de s'absenter dans le sommeil peut être lié à d'autres musiques que les berceuses traditionnelles (C. Baruch et S. Thiébaut).

Différents paramètres musicaux peuvent donner lieu à des liaisons mouvement / rythme appropriées dans une perspective rééducative (M-L. Bachmann). Ils correspondraient à des fonctionnements différents du Soi (selon D. Stern) et offrir des supports thérapeutiques distincts selon les personnalités, propose L. Schiltz. Précoces dans le développement, la reconnaissance du rythme et son expression gestuelle se maintiennent tardivement dans la démence favorisant un ancrage dans le temps qui sinon se perdrait (S. Carlier). La psychose maniaco-dépressive obéit à une répétition des accès et des contenus délirants mais pourrait-on repérer dans la production sonore des rythmes en rapport avec un sens de ce délire (Dr N. Duperret) ? La transformation de l'environnement sonore de grands autistes aurait des effets sur leur état émotionnel (K. Nasra). Autant de pistes qu'explorent des praticiens de la musicothérapie.

En situation de groupe, O. Avron observe l'émergence d'une inter-liaison, fruit d'une circulation entre les participants, obéissant à une rythmicité liée aux polarités tension/attention, stimulation/réception. A-M. Duvivier pointe le difficile ajustement de cette inter-liaison rythmique entre l'enseignant et le groupe classe. Auprès d'adolescents marginalisés, G. Boudinet observe, à partir de formes musicales construites ensemble, le développement d'une capacité à "dire sur le faire".

Ces journées se sont achevées sur une table ronde présidée par le Dr G. Rosolato qui rappelle que comme en analyse, l'écoute musicale met en jeu la logique autant que l'évocation dans un écoulement temporel irréversible dont la mémoire est le seul reflet.