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Violence, agressivité et groupe
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°50 - Page 25-26 Auteur(s) : Nathalie Lebrun
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Violence, agressivité et groupe

 Depuis quelques temps, la violence est devenue un véritable fait de société. Si elle a toujours été présente dans les groupes, il ne faut pas oublier qu'elle est utile à leur organisation, en favorisant l'émergence du droit notamment - Freud remarquait déjà la nécessité pour le prolongement de l'espèce humain, de ce droit et de cette pulsion d'emprise vitale. De même, R. Girard (La violence et le sacré) met en avant la fonction utile du bouc-émissaire dans toute société.

L'ouvrage collectif dirigé par Chapelier et Privat nous plonge dans la clinique des groupes, et aborde la fonction de transformation des groupes par la question de la violence, à travers différentes formes de situation (âges et pathologies.).

La violence et l'agressivité sont tout d'abord différenciées en ce sens que la première est synonyme d'agir et d'excitation et correspond à une négation de l'autre, alors que la deuxième est une forme plus élaborée de la première puisqu'elle sous-entend une relation d'objet. Il s'avère par ailleurs que la violence ne prend pas racine sur n'importe quel terrain. Une fragilité narcissique avec un surmoi et un pare-excitation défaillants en favorisent son origine.

Mais surtout, la mise en groupe représente une violence par l'angoisse abandonnique, les régressions, les remaniements identificatoires qu'elle engendre. Les différentes approches thérapeutiques présentées constituent un bon recadrage des repères cliniques sous-jacents à ces éclosions de violence dans les groupes et indiquent des pistes possibles tout en prévenant du danger de la répétition qui provoque le démembrement ou la mort du groupe.

L'impact de la violence est tel qu'elle fige le mode d'auxiliariat (entre stimulation et réceptivité) et ne permet pas l'élaboration mentale.

Les auteurs mettent aussi en évidence la nécessité pour favoriser la circulation émotionnelle, d'analyser le transfert et le contre-transfert en supervision ou groupe de recherche. En effet, la violence pour la violence, renvoie aux thérapeutes les mêmes processus en miroir et bouleverse l'idéal de groupe rêvé. Les contre-attitudes des thérapeutes sont de l'ordre des enjeux narcissiques dans les groupes de formation ; dans les groupes d'enfants autistes et psychotiques, des ressentis corporels, des sentiments de contamination, de dépression, de destructibilité et des difficultés à élaborer peuvent les envahir avec une tendance à être alors plus limitant et plus intrusif.

En ce qui concerne les groupes d'enfants traumatisés, la pensée des thérapeutes est souvent figée, ils risquent de passer à l'acte ou d'être en collusion avec les parents maltraitants en répétant la situation traumatique.

A travers les évolutions de groupes recueillies, nous cheminons parmi ces exemples et pouvons découvrir le fruit des réflexions de ces travaux : nous pouvons apprécier par exemple l'illustration de "tricoter des liens" que Privat réalise en précisant la nécessité d'un cadre contenant, de la présence d'un thérapeute à l'écoute, et d'un bon dispositif - Chapelier nous démontre comment un groupe peut favoriser un bon étayage narcissique à l'adolescence, sans devenir un objet surmoïque externalisé. Nous abordons avec G. Haag, comment, devant la violence de type autistique, nous devons communiquer notre attention psychique en allant chercher dans leur problématique d'écrasement, de coups et de vertige. Chaque groupe est caractérisé par quelque chose : cela passe par la création d'un personnage en commun favorisant la projection et la ré-introjection du projeté, par l'émergence d'un bouc-émissaire porte-parole du groupe, et l'effet traumatique potentiel de la concentration de pathologies identiques dans un groupe (Cf. Kaes) ; la difficulté à déjouer les pièges du contre-transfert afin d'ouvrir les enfants abusés et maltraités "au processus d'adolescence" en libérant leur développement psychique de l'environnement traumatique.

Ce livre nous permet de comprendre en quoi le fait de raconter son histoire pour un adolescent devant et avec les autres est synonyme de second processus d'individuation, ou bien dans quels cas, il est thérapeutique de passer à l'acte par l'acte, ou encore comment un groupe d'enfants maltraités peut engager des tentatives de réparation et permettre aux auteurs d'assumer leur violence. Pour terminer, nous pouvons nous intéresser au développement concernant le rôle d'un écran-cible des projections des fantasmes destructeurs puis réparateurs, de même qu'à la notion de fonctions d'anti-leader et de leader des affects.

Ce livre est riche en analyse du travail clinique des groupes et s'adresse ainsi à tous les professionnels ayant à faire aux groupes, en renvoyant aux expériences de chacun et en favorisant une remobilisation psychique.