La Revue

4èmes journées européennes des unités d'hospitalisation mère-bébé en psychiatrie
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°50 - Page 27-28 Auteur(s) : Linda Morisseau
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Strasbourg, les 3-4-et 5 juin 1999.

C'est à Créteil, en 1993, sous l'impulsion de Bernard Durand qu'ont eu lieu les premières journées réunissant les unités d'hospitalisation conjointes mère-bébé. Ces journées ont abouti au projet de continuer ces rencontres tous les deux ans et de les élargir aux autres pays européens. Les journées de Strasbourg faisaient suite aux troisièmes journées européennes qui ont eu lieu à l'Institut Théophile Roussel à Montesson en 97.

Annick Chauvin a pris l'initiative de ces rencontres alsaciennes dont un des objectifs est leur ouverture aux partenaires de la petite enfance (pédiatres, gynécologues, généralistes, puéricultrices, sages-femmes, travailleurs sociaux, personnels de l'ASE et de la justice) afin de les sensibiliser au dépistage de la souffrance familiale et d'apporter les réponses les plus adaptées et les plus précoces possibles.

Les deux premières journées étaient réservées aux personnels travaillant dans des unités mère-bébé. Le Pr Brockington a inauguré la journée en nous présentant une nouvelle grille d'évaluation de la qualité du lien d'attachement mère-bébé. Bernard Durand nous a montré les difficultés de travail d'une unité mère-bébé au sein d'un hôpital général. Catherine Isserlis nous a interrogé sur le passage en UHMB des dyades et le suivi très précoce en psychothérapie mère-enfant à partir de suivis psychothérapeutiques d'enfants plus grands, ayant été hospitalisés à la naissance avec leur mère en UHMB et le silence qui entourait encore, pour la mère, cette hospitalisation. Alors que l'enfant, aspiré par le vide psychique de sa mère, est pris au piège de la pensée de l'autre, comment l'hospitalisation modifie-t-elle le devenir de ces enfants nés de femmes pour qui la maternité s'initie dans l'effroi ?

Daniel Marcelli nous a sorti de la répétition pour introduire la surprise et le "manquement" en évoquant les microrythmes au sein des macrorythmes de la relation mère-bébé. En effet, à la suite des travaux passionnants de Daniel Stern qui nous avait parlé de "la surprise" introduite par la mère dans les interactions ludiques, Daniel Marcelli nous donne un complément théorique subtil en introduisant la notion de "manquement", ce défaut de la mère là où l'attendait l'enfant. Ce défaut introduit le tiers qui précède "une promesse qu'après cela il y aura autre chose", manquement qu'il distingue du manque, véritable rupture qu'introduit la mère déprimée par exemple, et qui anticipe l'abandon. C'est dans l'alternance indéfinissable entre le prévisible et l'incertain que le jeune enfant trouve ce double plaisir contradictoire d'aimer ce qui se répète et d'espérer que cela change. La deuxième table ronde traitait des troubles psychiques maternels. Odile Cazas, depuis son expérience de psychiatrie adulte a rappelé la rareté des dépressions pendant la grossesse, des mères présentant des troubles psychiatriques, en contraste avec l'augmentation des complications gravidiques ou périnatales. Christiane Barré a évoqué de façon très vivante son travail d'enveloppements humides auprès des patientes psychotiques hospitalisées conjointement avec leur bébé à Montesson, préalable à une possible thérapie conjointe mère-bébé lorsque la désorganisation psychique ne permet pas à la mère et à l'enfant de se rencontrer.

Annick Chauvin a organisé un hommage à Myriam David, pionnière de la relation mère-bébé en France ; elle nous a rappelé son travail de prise en charge à la journée, des mères et des bébés dans son hôpital de jour qui a fait l'objet d'un joli film documentaire qui montre le travail pratiqué par son équipe.

Le Pr Yvonne Knibiehler, historienne, a resitué l'évolution des relations mère-père-bébé dans l'histoire de la société occidentale. Elle nous a rappelé comment, avec la société moderne est pris en compte l'enfant en tant que sujet responsable, futur citoyen et comment les nécessités démographiques et l'importance de la natalité sont venues alimenter les recherches sur le développement des enfants. C'est avec beaucoup d'humour qu'elle nous a évoqué la reconstruction actuelle du rôle du père et mis en avant les difficultés de la mère dans le contexte de la libération des femmes, à trouver sa place auprès du bébé.

Martine Lamour et Marthe Barraco, nous ont fait partager la souffrance des bébés, des parents et des soignants lors de ces situations difficiles où les parents, du fait de la massivité de leur pathologie, ne sont pas à même de demander de l'aide et que la relation est en danger. Elles nous ont redit combien les professionnels, pris entre paralysie ou agis intempestifs, s'engagent souvent dans des mécanismes de répétition sur plusieurs générations, des modes de relation famille-professionnels.

Cette journée passionnante sur la prévention si difficile de la maltraitance de l'enfant a permis des ouvertures sur ce domaine encore si inexploré du développement des bébés.