La Revue

Un ange est passé
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°40 - Page 16 Auteur(s) : Sylvie Séguret
Article gratuit
Livre concerné
Un ange est passé

Il est des livres dont prétendre faire le compte-rendu semble déplacé puisqu'en eux-mêmes et dans leur totalité ils forment un tout, compact et lumineux. Le petit livre-témoignage de Christine Sagnier, mère d'un enfant mort-né, en fait partie. L'auteur, en une écriture que l'on sent urgente et nécessaire, nous offre le partage du bonheur de sa première grossesse et la douleur de la mort d'un enfant pas encore né, l'accouchement d'un enfant porté et aimé, et qui ne verra jamais le visage de sa mère. Christine Sagnier nous dit le temps brisé, le silence gêné des autres, les rares sourires échangés, mais ô combien précieux, le désir d'un autre enfant. Nous vivons avec elle la dissociation qui permet de supporter l'inadmissible : "J'ai souri, tristement certes, mais j'ai souri, j'ai parlé, j'ai plaisanté même, avec ces gens en blanc qui s'affairaient autour de moi. Mais moi, je n'étais pas là !".

Tout est là. La naissance, l'arrivée de l'enfant tant désiré : c'est une joie qui s'est retournée en une immense tristesse. Et pourtant un bébé dans les bras, avec son poids, son corps, sa beauté. Trésor. Les larmes de l'infirmière, "comme une caresse sur (son) coeur". Le temps qui perd sa continuité, son rythme; l'instant qui revient, intact, des années après ; l'avant, l'après. La jalousie qui dévore devant le ventre arrondi des autres femmes. La nécessité d'être entendue, de pouvoir parler de l'enfant mort. Le désir si violent d'un autre enfant qui serait autre, mais niché au même endroit du corps, vite. La dépression qui assaille alors qu'on ne s'y attend plus, après la joie de la naissance du deuxième bébé, et qui s'empare de toute l'âme. Ce petit frère si plein de vie qui guide, qui entraîne, et la résistance à la joie, la douleur terrifiante qui s'accroche aux souvenirs, qui les fait revivre. Les mots violents, qui disent l'envie de mourir, la peur de mourir. La taraudante culpabilité. La quête du corps trop vite "donné à la médecine". Et puis la nécessité de la trace, du souvenir, de l'inscription, du lieu d'inhumation. Et la réalité, la découverte de la cruauté sans nom d'une administration "indécente". Lisez ce témoignage, il vous dira la nécessité absolue de nos interrogations et de nos remises en cause quotidiennes, à nous tous, soignants de la périnatalité. Il vous dira ce que signifient travail de deuil, enfant de remplacement, dépression, réel de la mort, inscription symbolique, enfant imaginaire, enfant de remplacement, ambivalence, absence, ensevelissement, devenir du corps. Et il vous le dira avec des mots qui ont une chair.