Carnet/Psy n° 107 : Entretien avec Françoise Molenat

Paru le 2006-04-01

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Qu'est-ce qui vous amène ?
Maladies d'adolescences
Psychanalyse de l'adolescent
Un heureux événement
Juifs d'un côté
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S'opposer au CPE : un trouble des conduites ?

Citoyen, clinicien et enseignant, j'ai lu avec attention le rapport Inserm sur les troubles des conduites. Cette plaidoirie en faveur du dépistage des enfants turbulents dès 36 mois laisse pantois. D'abord, parce que cette stratégie est dictée par une simple revue de la littérature internationale plaquée sur notre hexagone. Ensuite, car ce panorama épistémologique d'une entité comportementale fourre-tout est sélectif : il ne retient que les travaux épidémiologiques reposant sur la logique étiologique neuro-développementale du DSM-IV, suggérant peu ou prou des prescriptions médicamenteuses. Enfin et surtout, ce rapport entretient une fâcheuse confusion entre prévention et prédiction. La première, ouverte à l'imprévisible, anticipe l'avenir ; la seconde, fille de l'emprise toute puissante, le colonise. Il y a trois fois rien entre une prévention psychopathologique humaniste et une autre, suspicieuse, qui va favoriser ce qu'elle prétend combattre. Mais, trois fois rien ici, c'est. énorme car la variable décisive, c'est l'empathie ! Une empathie qui justement, comme le souligne à plusieurs reprises ce rapport, fait cruellement défaut aux enfants et adolescents répondant aux critères du trouble des conduites.

Cette empathie se conquiert dans le partage affectif bien avant 36 mois. Pour en favoriser la genèse, les parents suffisamment bons, miment réflexivement sur leur visage la souffrance du bébé en détresse tout en lui en renvoyant une version dédramatisée, apaisante et contenante. Face aux étudiants transis par la précarité exhibée du CPE,  les prescriptions économiques - quelle qu'en soit la pertinence au nom du principe de réalité du marché du travail- manquent singulièrement d'empathie. Et quand cette mutualité constructive est bannie, l'identification à l'agresseur s'impose : l'autoritarisme sans humour de récents piquets de grève qui barraient l'accès à l'université est un reflet fidèle de l'absence de négociation initiale des promoteurs du CPE.

Alors, de deux choses l'une : soit les bombes lacrymogènes sont remplacées par de nouveaux modèles à la ritaline. On peut croire les laboratoires prêts à relever le défi de grosses commandes en urgence ! Soit, ensemble, nous tentons d'accueillir avec empathie et de donner un sens intergénérationnel à la précarité, la souffrance, la mort, la castration. la vie.


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