Carnet/Psy n° 156 : Les enjeux cliniques de la précarité

Paru le 2011-10-01

SOMMAIRE

ANALYSES D’OUVRAGES

La rencontre psychanalytique
Bion à la Tavistock
Mères majuscules
La psychothérapie psychanalytique corporelle
Eloge des hasards dans la vie sexuelle
Sigmund Freud, sa vie, son oeuvre, ses limites

À PROPOS DE

Exposition : le livre rouge de Carl Gustave Jung

DOSSIERS

La précarité et ses effets sur la santé
Précarités : soins psychiques et accompagnement
Inégalités sociales et santé mentale
L'accès aux soins en accueils à bas seuil d'exigence
Accompagnement soignant : quelle marge de manoeuvre pour l’infirmier en psychiatrie ?

RECHERCHES

Les fonctions parentales et les processus d'identification selon le vertex de l'intersujbectivité

ENTRETIENS

ACTES

HOMMAGES

Hommage à Hannah Segal (1918-2011)

LE TEMPS QUI PASSE

Le temps qui passe...

LE SITE DU MOIS

Contes et délinquance

ÉDITORIAUX

La précarité au coeur de la mondialisation

La notion de précarité est passée dans le domaine des politiques publiques, mais au prix d’une limitation de sa signification.
Dans son sens le plus simple et le plus positif, être précaire signifie avoir absolument besoin de l’autre, des autres, pour vivre ; sous réserve, bien sûr, qu’il y ait un autre, des autres en position d’y répondre, dans le respect et la réciprocité. L’exemple type est celui du bébé, mais aussi du vieillard, du malade, de l’accidenté de la vie… En réalité, on peut parler pour tous les êtres humains d’une « saine » précarité, de la naissance à la mort, plus ou moins importante selon les âges et les situations.
La difficulté et la psychopathologie surgissent dès lors que l’autre, les autres ne sont pas là d’une manière suffisamment bonne pour que la vie biologique, intersubjective, sociale, se déroulent dans le respect et la réciprocité. Alors la précarité prend ce sens négatif qui la caractérise souvent dans notre vocabulaire : perte des sécurités de la vie sociale et devant l’avenir, incertitude térébrante sur les étayages sociaux de base. Et l’on peut alors décrire des syndromes et des formes cliniques qui s’appliqueront aux plus précaires : les SDF, les jeunes en errance, certains malades mentaux, les pauvres, contribuant à la définition d’un nouveau paradigme de la santé mentale pertinent et légitime.
Mais les travaux et déclarations de ces dernières années portent aussi sur le rapport pathogène entre le contexte social et la précarité, qui peut transformer le besoin de l’autre en mécanismes de survie : retrait, isolement, paranoïa sociale, hédonisme de désenchantement, perte de l’anticipation d’un avenir autre que catastrophique ; alors, progressivement et par paliers, les gens du centre de la société, et parmi eux les soignants et les aidants, s’aperçoivent avec effroi que ce qui était décrit pour les plus démunis, à la marge, s’applique aussi à eux et à d’autres, comme si la société entière se marginalisait.
En d’autres termes, on dirait que le sens premier et positif de la précarité s’estompe au profit d’une « mauvaise » précarité qui occupe désormais toute la place. Il convient de recouvrer la pleine signification de la précarité pour alerter tous ceux qui sont en charge du lien social à un niveau profane, professionnel, économique, politique.


Les anciens numéros (Tout voir)

Autour du traumatisme

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Aux origines du narcissisme/Place et statut du secret dans l'oeuvre de Freud

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Winnicott et la création humaine (partie 1)