Littérature

Judas
Auteurs : Amos Oz
Editeur : Gallimard
Collection : Du monde entier
Date de parution : 25/08/2016
Présentation : Shmuel Asch, le protagoniste de Judas, a quelques ressemblances avec d'autres antihéros qui traversent l'œuvre d'Oz, mais son histoire est assurément singulière. Le jeune Shmuel est non seulement émotif et malheureux en amour mais il est aussi sur le point d'abandonner ses études faute d'argent quand il tombe sur une annonce inhabituelle. Nous sommes dans la Jérusalem encore divisée de 1959, et l'on cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans : moyennant cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts. Sa candidature acceptée, Shmuel s'installe dans la maison de Gershom Wald, un vieil homme fantasque passionné par l'histoire du sionisme et la question arabe, avec qui il aura bientôt de longues discussions enflammées. Quand il rencontre la mystérieuse Atalia Abravanel qui vit sous le même toit sans que Shmuel comprenne son lien avec le vieux Wald il est immédiatement fasciné par la beauté de cette femme un peu plus âgée que lui. Son obsession amoureuse allant de pair avec la volonté de percer le secret du lien entre Atalia et le vieillard, sa quête obstinée de la vérité ne manquera pas de résonner comme un écho à ses propres recherches au sujet de la figure de Judas. Judas est tout à la fois un magnifique roman d'amour, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion sur la figure du traître et un ouvrage essentiel pour comprendre l'histoire d'Israël. Judas est d'ores et déjà considéré comme le grand roman de la maturité de l'auteur, et la publication simultanée en langues française et anglaise en septembre 2016 devrait constituer le point d'orgue d'une longue série triomphale de publications dans tous les grands pays du monde entier, où le roman a été unanimement salué comme un chef-d'œuvre. Amos Klausner est né à Jérusalem en 1939 de parents immigrants juifs d’Europe de l’Est. Sa famille s’inscrit dans le mouvement sioniste et garde une certaine distance par rapport à la religion qu’elle trouve trop irrationnelle. À 15 ans, il adopte le patronyme Oz qui signifie, en hébreu, «force». Oz étudie la philosophie et la littérature hébraïque à l’Université de Jérusalem. Depuis que son premier roman fut publié en Israël en 1966, Amos Oz n’a cessé d’écrire, offrant en moyenne un livre par an. C’est en 1971 qu’on le découvre en France avec son roman «Ailleurs peut-être». Amos Oz a reçu les prix les plus prestigieux de tous pays et ses livres sont traduits dans plus de trente langues à travers le monde.
Commentaires : Commentaire de Michèle Emmanuelli : «L’histoire se déroule en hiver, entre la fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée». La phrase inaugurale, dans sa simplicité, pose le cadre d’un roman puissant, dont les échos résonnent longtemps en nous après sa lecture. On pourrait ajouter qu’on y parle de l’intime, dans un huis clos à trois personnages qui met en jeu la désillusion, la mélancolie, la difficulté de vivre, mais aussi la tendresse et l’humour. On y parle aussi de l’Histoire – histoire des rapports entre Jésus et les Juifs, histoire de la création de l’Etat d’Israël. A cette occasion, la figure du traitre est convoquée douloureusement, sous la double figure de Judas et d’un opposant à la création, en 1948, de cet Etat, et donne lieu à une réflexion magistrale et profondément originale : qu’est ce qu’un traitre ? Qu’est ce qui fait qu’on le considère comme tel ? Amos Oz, co-fondateur du mouvement «La paix maintenant», s’est vu lui-même considérer comme traitre pour avoir soutenu l’idée de fondation d’un double Etat afin de résoudre le conflit israélo-palestinien. Pour autant, il s’agit bien d’un roman et non d’un manifeste, roman d’une ampleur rare, d’une écriture aboutie, qu’on lit avec bonheur.