Littérature

Orphelins de Dieu
Auteurs : Marc Biancarelli
Editeur : Actes Sud
Collection : Domaine français
Date de parution : 20/08/2014
Présentation : Résolue à venger son frère, à qui quatre répugnantes crapules ont tranché la langue sans oublier de le défigurer, Vénérande, jeune paysanne au cœur aride, s’adjoint les services de "L’Infernu", tueur à gages réputé pour sa sauvagerie, et s’embarque avec lui dans une traque sanguinaire à travers les montagnes corses du xixe siècle. Au gré de leur chevauchée vers la tanière des Santa Lucia – la fratrie à abattre –, L’Infernu raconte à sa “disciple” son engagement, jadis, dans l’armée des insoumis, meute de mercenaires sans foi ni loi prompte à confondre patriotisme, geste guerrière et brigandage éhonté, semant terreur et chaos de vallées escarpées en villages désolés, de tavernes et bordels immondes en marécages infestés. L’abandon avec lequel "L’Infernu" se livre à Vénérande, au terme d’une existence passée à chercher en vain son humanité au-delà du chaos des armes, confère au sanglant baroud d’honneur de ce vaincu de l’Histoire les vertus d’une ultime et poignante transmission, qui culmine lors de l’assaut final. Insolemment archaïque et parfaitement actuelle, cette épopée héroïque en forme de “western” réinvente superbement l’innocence des grands récits fondateurs à l’état natif, quand le commerce des hommes et des dieux, des héros et des monstres, pouvait encore faire le lit des mythes sans que nulle glose n’en vienne affadir les pouvoirs.
Commentaires : Voilà un livre magnifique, animé d’un souffle épique, qui vous saisit au collet, vous empoigne et ne vous lâche plus. Intense, d’une écriture aux trouvailles superbes, d’une poésie qui transcende la violence du récit, il situe ses deux héros, "L’Infernu" et Vénérande, dans la Corse du XIXème siècle. Mais nous sommes loin de Prosper Mérimée et plus proches de l’atmosphère du film des frères Coen, True Grit. Ce récit d’une vengeance obstinée, fruit d’une obsession qui occulte toute autre ouverture au monde, s’inspire de manière originale des codes du western - un western dans lequel le rôle de la femme se voit toutefois magnifié et où la psychologie des personnages s’approfondit et s’enrichit du contexte historique. Le roman s’appuie en effet sur un fonds historique, celui de la Corse des années 1820 et 1860, qui éclaire, aux yeux de l’auteur, la problématique de la dérive des idéaux des trente dernières années. Deux voix s’expriment. Celle d’un narrateur anonyme expose l’histoire terrible qui conduit une jeune femme, Vénérande, à partir à la recherche d’un vieux mercenaire devenu tueur à gages, "L’Infernu", afin de punir les quatre canailles qui ont rendu infirme et défiguré son jeune frère, l’excluant du monde des hommes. La voix de L’Infernu, qui se laisse convaincre à contre-cœur et, chevauchant près d’elle dans les sentiers intérieurs de l’Ile, livre une confession, mêle présent et passé. Son récit tresse les fils de la violence qui nait de l’histoire personnelle et rejoint la violence de l’Histoire, celle où la barbarie institutionnelle pervertit les rebellions, et engendre des abus, des massacres.