Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

La puce à l'oreille
Du 21/09/2019 au 23/02/2020
Paris, Comédie Française (salle Richelieu)
Auteur : Georges Feydeau
Mise en scène : Lilo Baur,
Production :
Présentation : Pour sa cinquième mise en scène à la Comédie-Française, Lilo Baur se saisit de « La Puce à l’oreille », pièce rocambolesque de Feydeau qui n’y a pas été montée depuis 1978. Elle rassemble tous les ingrédients qui ont fait la réputation du maître du vaudeville : situations burlesques et quiproquos enchâssés auxquels il ajoute le thème du sosie et un imparable stratagème pour faire disparaître les couples adultères. « La Puce à l’oreille » signe en 1907 le retour triomphal de Feydeau au vaudeville. D’une construction redoutable assortie d’une incroyable fantaisie, c’est « un feu d’artifice allumé au-dessus d’une fourmilière » comme le souligne la critique de l’époque qui s’emballe également pour l’adresse avec laquelle y est renouvelé le thème du sosie. L’objet principal de la confusion à venir est un colis ouvert « par mégarde » par l’épouse de M. Chandebise : des bretelles envoyées depuis l’hôtel du Minet-Galant. Piquée, Raymonde se persuade qu’elle est trompée. Elle fait appel à son amie Lucienne pour rédiger une missive donnant rendez-vous à son époux dans ce même hôtel. Bien mal en a pris à la complice car la lettre écrite de sa main tombe dans celles de son propre mari, qui se pense à son tour outragé… Tous se retrouveront au Minet-Galant où le garçon de l’hôtel, Poche, est un sosie du mari de Raymonde. La Puce à l’oreille exploite plus que jamais d’ingénieuses ressources scéniques : un « escalier de secours » et surtout un stratagème pour faire disparaître à la moindre alerte les couples adultères. En confiant à Lilo Baur cette pièce qui ne fût jouée pour la première fois qu’en 1978 à la Comédie-Française, sous la direction de Jean-Laurent Cochet, Éric Ruf offre à la Troupe une nouvelle occasion de faire valoir sa maîtrise de la mécanique propre au maître du vaudeville. La metteuse en scène ne pouvait mieux rêver pour développer son univers et satisfaire son amour du jeu.

La vie de Galilée
Du 30/09/2019 au 19/01/2020
Comédie Française
Auteur : Bertolt Brecht
Mise en scène : Éric Ruf
Présentation : Près de trente ans après la dernière mise en scène de « La Vie de Galilée » à la Comédie-Française, Éric Ruf s’empare de cette pièce de troupe et dresse le portrait d’un homme navigant sans cesse entre l’obscurantisme et la lumière, incarnation des paradoxes de l’esprit. « Aujourd’hui, dix janvier 1610, l’humanité inscrit dans son journal : ciel aboli » ; accompagné d’un enfant, le mathématicien Galilée observe à la lunette le firmament. Dix ans auparavant, le philosophe Giordano Bruno a été brûlé à Rome pour avoir soutenu l’idée d’un univers infini et sans centre, sur la base des travaux de Copernic. À force d’observations et de calculs, Galilée cherche des preuves à son hypothèse d’un système cosmique où la Terre est « un corps céleste ordinaire, un parmi des milliers ». De Padoue à Venise, le mathématicien ébranle des certitudes en affrontant la puissance d’une Église qui souhaite maintenir son pouvoir absolu dans les « sphères de cristal » où Ptolémée a jusque-là enfermé le monde. Si les découvertes de Galilée sur l’astronomie et la physique passionnent le peuple, le savant les abjurera sous la menace de la torture. L’Inquisition aura eu raison de lui, non de sa science. De cette pièce que l’on a pu dire prophétique – Brecht en débute la rédaction en exil au Danemark en 1938 et la finalise en 1955 –, Antoine Vitez relève la complexité du personnage de Galilée : « Je n’ai besoin ni de le sauver, ni de ne pas le sauver, je n’ai besoin, moi, que de le traiter ». C’est dans sa lignée, près de trente ans après la dernière mise en scène qui marqua l’entrée au Répertoire du texte, qu’Éric Ruf s’intéresse à cette parole sur la nécessité fondamentale du doute. Pour cette pièce de troupe, il retrouve Hervé Pierre, « acteur-monde » qui interprétait son Peer Gynt en 2012. Loin du traité, hors de tout manichéisme mais embrassant la connaissance, la crédulité, la foi, l’éthique ou la science, la pièce est avant tout le portrait d’un « grand homme » aussi brillant que bêtement humain.