Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

Jungle Book
Du 06/10/2019 au 08/11/2019
Théâtre de la Ville - Le 13eme art
Auteur : Robert Wilson et Cocorosie
Mise en scène : Robert Wilson et Cocorosie
Présentation : Ami de longue date du Festival, Robert Wilson relève cet automne, à l’invitation d’Emmanuel Demarcy-Mota, un nouveau défi : adapter à la scène un conte qui parle à tous les publics. Ce sera Le Livre de la jungle, célébration de l’enfant et du monde animal, qu’il revisite avec la complicité du duo musical CocoRosie. Aujourd’hui, c’est au tour de Robert Wilson de faire entrer Mowgli, l’enfant abandonné dans la jungle et héros de Rudyard Kipling, dans son univers scénique inimitable. Entre opéra et comédie musicale, son Jungle Book met en lumière les amitiés et les luttes qui réunissent l’ours Baloo, la panthère Bagheera ou encore le tigre Shere Khan. Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène américain – qui signe également, comme à son habitude, les décors et les lumières – s’attaque à une œuvre écrite pour le jeune public. Son Peter Pan était déjà une collaboration avec les deux sœurs de CocoRosie, dont l’univers musical mélange folk et hip-hop, percussions et musique électronique. Fascinées par l’enfance, celles qui ont, par le passé, transformé des jouets en instruments proposent ici une composition exigeante et ludique. Porté par une troupe réunissant des artistes d’origines diverses, Jungle Book a tout d’un parcours initiatique, dont les thèmes – tolérance et humanité – résonnent plus que jamais. L’occasion pour Robert Wilson, qui puise ici dans le comportement animal pour diriger ses acteurs avec la rigueur physique qu’on lui connaît, de réunir petits et grands autour de son théâtre total.

La vie de Galilée
Du 30/09/2019 au 19/01/2020
Comédie Française
Auteur : Bertolt Brecht
Mise en scène : Éric Ruf
Présentation : Près de trente ans après la dernière mise en scène de « La Vie de Galilée » à la Comédie-Française, Éric Ruf s’empare de cette pièce de troupe et dresse le portrait d’un homme navigant sans cesse entre l’obscurantisme et la lumière, incarnation des paradoxes de l’esprit. « Aujourd’hui, dix janvier 1610, l’humanité inscrit dans son journal : ciel aboli » ; accompagné d’un enfant, le mathématicien Galilée observe à la lunette le firmament. Dix ans auparavant, le philosophe Giordano Bruno a été brûlé à Rome pour avoir soutenu l’idée d’un univers infini et sans centre, sur la base des travaux de Copernic. À force d’observations et de calculs, Galilée cherche des preuves à son hypothèse d’un système cosmique où la Terre est « un corps céleste ordinaire, un parmi des milliers ». De Padoue à Venise, le mathématicien ébranle des certitudes en affrontant la puissance d’une Église qui souhaite maintenir son pouvoir absolu dans les « sphères de cristal » où Ptolémée a jusque-là enfermé le monde. Si les découvertes de Galilée sur l’astronomie et la physique passionnent le peuple, le savant les abjurera sous la menace de la torture. L’Inquisition aura eu raison de lui, non de sa science. De cette pièce que l’on a pu dire prophétique – Brecht en débute la rédaction en exil au Danemark en 1938 et la finalise en 1955 –, Antoine Vitez relève la complexité du personnage de Galilée : « Je n’ai besoin ni de le sauver, ni de ne pas le sauver, je n’ai besoin, moi, que de le traiter ». C’est dans sa lignée, près de trente ans après la dernière mise en scène qui marqua l’entrée au Répertoire du texte, qu’Éric Ruf s’intéresse à cette parole sur la nécessité fondamentale du doute. Pour cette pièce de troupe, il retrouve Hervé Pierre, « acteur-monde » qui interprétait son Peer Gynt en 2012. Loin du traité, hors de tout manichéisme mais embrassant la connaissance, la crédulité, la foi, l’éthique ou la science, la pièce est avant tout le portrait d’un « grand homme » aussi brillant que bêtement humain.

Lewis versus Alice
Du 27/09/2019 au 13/10/2019
Saint-Denis, Théâtre Gérard Philipe (TGP)
Auteur : d'après Lewis Carroll
Mise en scène : Macha Makeïeff
Présentation : Après La Fuite !, traversée hallucinée des Russes blancs jusqu’en terre d’asile, Macha Makeïeff confronte sa fantaisie, qui est vaste, à celle d’un écrivain victorien inclassable, l’énigmatique Lewis Carroll. Affabulations, murmures, ragots, persiflages autour de l’auteur d’Alice… Qui est ce fils de pasteur et clergyman lui-même, marginal et célèbre, pédagogue dépressif, polémiste, ce logicien qui écrit des contes extravagants ? Chez ce poète du nonsense, il n’est question que de décalages, de mots à l’envers et d’énigmes sans réponse… On n’aurait de véritable existence que dans le rêve. C’est qu’il y a au-dessus des têtes un surnaturel chaotique qui tient du magique – fées et fantômes, ectoplasmes, âmes capturées sur des plaques de verre, fils de Dieu mélancolique, prophètes vengeurs et autres miracles. Sans oublier les personnages étranges et loquaces, Humpty Dumpty, Chat du Cheshire, Snark, Twiddledum et Twiddeldee, Chapelier fou, Dodo… et toutes ces fantasmagories qui dansent quand on s’ennuie trop longtemps sur le banc du presbytère. Folie mécanique, inepties salutaires, jouissances de l’imagination, cela pour désarmer les puritanismes, lutter contre tout esprit de sérieux qui serait une malfaisance, une faute de goût. Comme une arme, le féerique plutôt que le réel. La langue de Carroll, il faut la chanter, la faire entendre sous toutes ses coutures, lui qui fréquentait assidûment, malgré la condamnation de l’évêque d’Oxford, la pantomime et le théâtre. Les acteurs de Lewis versus Alice ? Hors du temps et gothiques, extravagants. Qu’ils chantent, dansent, racontent, polémiquent ! Qu’ils aient des visions et prennent le thé au milieu de nulle part. Fantasy ! Ils font ainsi l’éloge d’une excentricité so british, libre jusqu’à l’absurde.

Data Mossoul
Du 18/09/2019 au 12/10/2019
PARIS, Théâtre de la Colline
Auteur : Joséphine Serre
Mise en scène : Joséphine Serre
Production : compagnie L’Instant Propice, coproduction La Colline – théâtre national, Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine, Le Lieu Unique, Compagnie Laurent Serrano, Laboratoire Victor Vérité, en partenariat avec Les Plateaux Sauvages, Le Théâtre de la Bastille, La Chartreuse, le CNES – Centre national des écritures du spectacle, les éditions Théâtrales
Présentation : À la façon d’un kaléidoscope, ''Data Mossoul'' met en scène une ingénieure du web privée d’une partie de sa mémoire, un bibliothécaire collectant les écrits d’anonymes, une archéologue à Mossoul sauvant des tablettes d'argile millénaires des destructions de Daesh et le roi-scribe assyrien Assurbanipal. Évoluant dans ces strates de géographies, d’époques et de civilisations, ces quatre personnages sont liés par la notion de conservation des récits et de transmission de l’Histoire. Avec, en filigrane, la figure de Gilgamesh, roi mythique sumérien dévoré par le désir de trouver l’immortalité et héros du premier récit de l’histoire de l’humanité. ''Data Mossoul'' interroge la puissance de l’écriture dans son rapport à l’intime, mais aussi à la mémoire, aux civilisations, au temps, à l’autre, à la vie, à la mort et à l’absence. La confusion entre informations et vérité, la prolifération des images, le cheminement vers ce qu’on pourrait appeler une privatisation de la mémoire sont autant de thèmes brûlants que Joséphine Serre explore dans les méandres de ce voyage sur l’écriture, ou la réécriture de l’Histoire.