Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

Le faiseur de théâtre
Du 14/01/2019 au 09/03/2019
Paris, Théâtre Déjazet
Auteur : Thomas Bernhard
Mise en scène : Christophe Perton
Avec : André Marco, Agathe L'Huilier, Eric Caruso, Jules Pelissier, Barbara Creutz
Production : Compagnie Scènes & Cités
Présentation : Le comédien Bruscon a entrainé sa petite troupe familiale sur les chemins de croix de la décentralisation théâtrale. Auteur, acteur, metteur en scène, il vitupère contre l’humanité, partagé entre amour et haine de l’art dramatique servi par l’abnégation de sa femme (qui tousse) et de ses deux grands enfants, anti-talents patentés. Thomas Bernhard se régale dans cette (auto) fiction drolatique à conduire son héros dans l’impasse d’un village, au fin fond du bout de monde. Ils entrent donc pour jouer une nouvelle fois la comédie et n’en sortiront pas. Car voilà que l’heure fatidique de la représentation sonne pour Bruscon comme l’apocalypse. Mais la comédie mise en musique par Thomas Bernhard donne à ce chant du cygne des airs d’opérette qui fait vaciller la métaphysique du malheur pour faire joyeusement résonner la voix des philosophes comiques.

Le chien, la nuit et le couteau
Du 08/01/2019 au 19/01/2019
PARIS, Théâtre Monfort
Auteur : Marius Von Mayenburg
Mise en scène : Lionel Lingelser et Louis Arène / Munstrum Theater
Avec : Lionel Lingelser, François Praud, Sophie Botte ou Victoire du Bois
Production : Munstrum Théâtre
Présentation : Sorte d’Alice au pays des merveilles horrifique, Le Chien, la Nuit et le Couteau raconte l’épopée du jeune M. qui se réveille dans une ruelle inconnue alors qu’il rentrait d’une soirée avec des amis. Commence alors une traque, relevant autant du rêve éveillé que du cauchemar car la singulière galerie de portraits, hommes, chiens et loups que croise M. Dans sa folle nuit ne semble pas avoir d’autre but que de lui faire la peau. En une nuit, M. fera l’expérience de l’amour, de la mort et de l’amitié, devenant tour à tour proie et prédateur. Tueur pour ne pas être tué. La pièce de Mayenburg est un voyage initiatique, déglingué, oscillant sans cesse entre le conte traditionnel, la série B, le film noir ou la farce. Elle joue avec nos peurs et nous met face à notre propre barbarie. L’humanité devient monstrueuse mais sous l’effroi affleure le rire. De cet équilibre subtil nait l’histoire d’un Candide noir et apocalyptique, une course-poursuite vers l’émancipation et la liberté.

Ce murmure dans la nuit du monde
Du 14/01/2019 au 18/01/2019
PARIS, Théâtre du Tarmac
Auteur : spectacle jeune public de É.Deniaud /A. Zouki
Mise en scène : Aurélien Zouki
Avec : Donna Khalife, Nobuko Miyazaki, Eric Deniaud, Dzovinar Mikirditsian
Production : Coproduction : Festival International d’ Art Lyrique d’Aix en Provence, Le Tarmac – La scène Internationale Francophone, Collectif Kahraba, Hammana Artist House.
Présentation : Au Liban, le Collectif Kahraba qu’Eric Deniaud et Aurélien Zouki ont créé, aime les métissages, les rencontres. Ils les vivent au quotidien, ils en jouent dans leurs spectacles qui mêlent masques et marionnettes, dans un atelier à scène ouverte pour un artisanat de la poésie et de la création à vue. Avec leur nouveau spectacle, il sera question de migrations et de confluences, de croisements et d’identités multiples. D’errances qui trouvent refuge dans le chant et la musique, dans les mythes anciens et les conteurs modernes. Quand la géographie des politiques ferme ses portes, la poésie devient le lieu des utopies possibles, le temps d’un spectacle, le temps d’une errance, dans l’élégance des ombres et des matières, des matériaux bruts. Entre théâtre d’objet, musique, chant et dessin, Ce murmure dans la nuit du monde redonne un ancrage humain et sensible aux migrations. La scène devient alors la terre d’asile, celle d’une utopie nouvelle.

Anguille sous roche
Du 10/01/2019 au 27/01/2019
Saint-Denis, Théâtre Gérard Philippe
Auteur : d'après le roman de Ali Zamir
Mise en scène : Guillaume Barbot
Avec : Déborah Lukumuena, et les musiciens Pierre-Marie Braye-Weppe, Yvan Talbot
Production : Compagnie Coup de Poker
Présentation : Quelque part dans l’océan Indien, une jeune femme se noie. Ses forces l’abandonnent mais sa pensée, tel un animal sur le point de mourir, se cambre : dans un ultime sursaut de vie et de révolte, la naufragée convoque, dans un monologue étourdissant, les personnages de sa courte vie… Anguille sous roche est un miracle littéraire : son auteur, Ali Zamir, jeune écrivain comorien inconnu, reçoit, pour cet ouvrage, le Prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2016 et la Mention Spéciale du jury du Prix Wepler 2016. Roman fait d’une longue phrase, d’un souffle syncopé, il agglomère les styles pour mieux les éclater, créant une langue qui crépite, insensée, sublime et triviale. Au-delà du phénomène, le récit, les caractères, offrent un matériau riche et lumineux, un kaléidoscope d’images, de pensées, de sensations qui donnent parfois le vertige, mais qui bouleversent et attisent. Figure magnifique, Anguille ouvre les méandres de sa conscience à l’instant où elle va sombrer. Crotale, sa soeur, Connaît-tout, son père, et Vorace, son amant, surgissent à ses côtés, robustes et languissants, repeuplant la petite maison du port de pêche de l’île d’Anjouan. Passionné par le travail d’adaptation de textes littéraires non théâtraux, Guillaume Barbot, artiste invité de Jean Bellorini pour son second mandat, s’entoure de deux musiciens, l’un violoniste, complice de longue date, et l’autre, spécialiste des percussions d’Afrique et de musique électronique, pour faire naître un univers mental sans limites, un océan. C’est Déborah Lukumuena, jeune comédienne dont le talent tout neuf lui a valu en 2017 le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film Divines, qui incarne la vibrante Anguille.

Insoutenables longues étreintes
Du 18/01/2019 au 10/02/2019
PARIS, Théâtre de la Colline
Auteur : Ivan Viripaev
Mise en scène : Galin Stoev
Avec : Pauline Desmet, Sébastien Eveno, Nicolas Gonzales, Marie Kauffmann
Production : Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie
Présentation : Tout commence dans le New York d’aujourd’hui où évoluent Monica, Charlie, Amy et Christophe, trentenaires aux amours brisées et aux destinées hasardeuses. De New York à Berlin, sur fond de fête, de drogue, de sexe et de violence, tous quatre parviennent à se croiser, se séduire, s’aimer puis se haïr. Ces errances témoignent d’un sentiment d’échec que peut ressentir une génération en quête effrénée du plaisir et redéfinissant radicalement les paramètres de la liberté.

Mon coeur
Du 23/01/2019 au 02/02/2019
PARIS, Théâtre Paris-Villette
Auteur : Pauline Bureau
Mise en scène : Pauline Bureau
Avec : Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier
Production : La Part des Anges
Présentation : « En 2014, j’entends Irène Frachon à la radio. Son courage et sa détermination me touchent. Je la rencontre. Elle me parle de son combat. Des malades pour qui elle se bat avec acharnement. Elle est là pour eux. Elle me donne les coordonnées de victimes du Médiator. Je vais à leur rencontre, chez elles. Paris, Lille, Marseille, Dinard… Je rencontre un des avocats qui les défend. Je m’intéresse au droit des victimes dans notre pays. Ça me passionne. J’écris. Beaucoup. Beaucoup trop. Je dois choisir ce que j’ai envie de raconter. Irène m’a amenée aux victimes et c’est d’elles dont je veux parler. J’écris l’histoire d’une femme qui contient un peu de chacune des personnes que j’ai rencontrées. Je l’appelle Claire Tabard. »

Gravité
Du 07/02/2019 au 22/02/2019
PARIS, Théâtre National de Chaillot
Auteur : Ballet de Angelin Preljoca
Mise en scène : Angelina Preljocaj (chorégraphie)
Avec : 15 danseurs
Production : Ballet Preljocaj
Présentation : Depuis des années, les notions de poids, d’espace, de vitesse, de masse, traversent « de façon intuitive » les ballets d’Angelin Preljocaj. Même si, fidèle à sa règle, le chorégraphe alterne depuis trente ans « des pièces de recherche pure et des ballets plus narratifs », ces thèmes immatériels sont les fils continus de son parcours. Avec Gravité, il signe une pièce résolument « abstraite » qui, en explorant les lois universelles de l’attraction des masses entre elles, remonte aux sources de son écriture gestuelle. « Du plus léger au plus massif », il invente pour chaque degré de résistance de l’air une suite de mouvements spécifiques. Chaque séquence est mise en relation avec une oeuvre musicale, dans un large éventail de timbres et de rythmes qui va de Gérard Grisey à Dmitri Chostakovitch en passant par Jean-Sébastien Bach. Aux théories scientifiques de Newton et d’Einstein répondent ainsi « les sensations corporelles et spatiales » des danseurs, dans une véritable « odyssée » charnelle et cosmique.

Les analphabètes
Du 08/02/2019 au 24/02/2019
Saint-Denis, Théâtre Gérard Philippe
Auteur : Librement inspiré de Ingmar Bergman
Mise en scène : Le Balagan’retrouvé
Avec : Gina Calinoiu, Lionel González, Thibault Perriard
Production : Le Balagan’retrouvé
Présentation : Gina Calinoiu, actrice roumaine issue de la troupe du Théâtre national Marin Sorescu de Craiova et aujourd’hui membre de l’ensemble du Théâtre national de Dresde en Allemagne, et Lionel González, acteur et metteur en scène proche de Sylvain Creuzevault, Jeanne Candel et Adrien Béal, se sont rencontrés lors d’un laboratoire avec le maître russe Anatoli Vassiliev. C’est à l’issue de ce travail de longue haleine qu’ils fondent leur compagnie, Le Balagan’ retrouvé. Leur credo : partir de rien, de la vie comme elle est, ici et maintenant, et convoquer la fiction pour que, petit à petit, elle s’incarne, elle existe. L’écriture est donc collective et se construit au plateau, mais elle se nourrit de textes de grands auteurs. Non pas des mots laissés sur le papier, mais de l’invisible, de la richesse du caché. Calinoiu et González assument avec humour leur statut de pilleurs des sous-sols de génies. Après un premier spectacle, Demain tout sera fini, puisant à la source tumultueuse de Dostoïevski avec son roman Le Joueur, les deux artistes s’inspirent ici du scénario de Scènes de la vie conjugale, film réalisé en 1973 par le cinéaste suédois Ingmar Bergman, chef d’oeuvre doux-amer, drame ordinaire et bouleversant de l’amour qui dure puis qui s’efface. Pour cette reprise, ils ont invité un musicien : Thibault Perriard, batteur, familier des plateaux de théâtre, compagnon de route de Samuel Achache et Jeanne Candel. Trois acteurs donc, pour un spectacle qui s’écrit oralement et corporellement au « soir le soir ». Il y a dans cette proposition une exigence, une intensité, quelque chose qui semble brûler sous nos yeux : la force du théâtre dans l’instant présent.

Am Königsweg
Du 20/02/2019 au 24/02/2019
PARIS, Théâtre de l'Odéon
Auteur : [Sur la voie royale] d'Elfriede Jelinek
Mise en scène : Falk Richter
Avec : Idil Baydar, Benny Claessens, Matti Krause, Anne Müller, Ilse Ritter, Tilman Strauß, Julia Wieninger, et Frank Willens
Production : Deutsches SchauSpielHaus Hambourg
Présentation : “Attention, place au nouveau roi!” La nuit même où Donald Trump était élu président des États-Unis, Elfriede Jelinek a entamé l’écriture de sa nouvelle œuvre. Mais Am Königsweg est très loin de se réduire à un règlement de comptes entre le “génie stable” du milliardaire américain et l’écrivaine autrichienne, prix Nobel de littérature 2004: elle est la pièce politique du moment. Peu importe le nom réel du dernier souverain en date, il porte ici assez de titres – il est le champion, le vainqueur, le guide, le triomphateur, le père, le mâle, le sauveur, le dieu. Il incarne une histoire millénaire: celle de l’autoritarisme, de l’exclusion, de la violence, de la haine agressive de toute pensée. D’où cette histoire nous revient-elle, se demande Jelinek avec une humble perplexité non dénuée d’autodérision, et comment ne l’avons-nous pas vue revenir, “alors même que des millions en ont crevé”? Dès le début du spectacle, elle fait son entrée en prophétesse aveugle, saignant de la bouche et des yeux, n’y voyant pas plus clair que Sa vulgaire Majesté, car tous sont également aveugles dans ce jeu de massacre qui tient du music-hall et du radio-crochet, du reality show obscène et du goûter d’anniversaire, du freak show foireux et du spectacle de marionnettes. Film gore, péplum trash, dessin animé à la gloire d’un super-Ubu aussi clownesque que terrifiant, la revue rageuse, poétique, burlesque d’Elfriede Jelinek est exaltée par la mise en scène baroque et provocatrice de Falk Richter.

La nuit des rois ou tout ce que vous voulez
Du 22/09/2018 au 28/02/2019
PARIS, Comédie Française
Auteur : d'après La nuit des Rois de Shakespeare
Mise en scène : Thomas Ostermeir
Présentation : Pour sa première création à la Comédie-Française, Thomas Ostermeier retrouve un auteur qu’il fréquente régulièrement. Réputé pour ses mises en scène alliant fidélité à la situation dramatique et liberté d’interprétation, le directeur de la Schaubühne de Berlin se concentre de plus en plus sur ce qu’il nomme l’acteur-créateur. Il fait ici entrer les comédiens en Illyrie, royaume de l’illusion et de l’artifice, auquel il donne la forme d’un paysage d’émotions à l’envers dangereux, où la folie rôde. Cette comédie des apparences conte l’histoire de Viola, rescapée d’un naufrage – comme son jumeau Sébastien dont elle n’ a pas de nouvelles – qui se travestit, prend le nom de Césario et offre ses services au duc Orsino. Charmé, ce dernier en fait son page et le charge de transmettre son amour à la Comtesse Olivia. Mais Césario/Viola, secrètement séduit(e) par le Duc, excelle si bien dans sa mission que la Comtesse s’éprend de son ardeur. Parallèlement, un quatuor, aux manœuvres éminemment comiques, révèle la face violente de la mascarade amoureuse tandis qu’un bouffon brille avec insolence dans la subversion du langage. C’est dans une nouvelle traduction d’Olivier Cadiot et avec une composition originale à partir de musiques de la Renaissance jouée sur scène, que Thomas Ostermeier présente cette pièce entrée au Répertoire en 1940 et qui n’a pas été donnée depuis 2003. Au-delà du plaisir de la fête, il met en valeur la profondeur des questions existentielles que Shakespeare soulève à partir de cette intrigue amoureuse placée sous le signe du travestissement. De ce désordre du cœur, il retient combien vertigineux peut être l’éveil du désir, troublante la question du genre, complexe la détermination sociale qui touche l’intime.