Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

Sambasô danse divine
Du 19/09/2018 au 25/09/2018
Théâtre de la Ville/Espace Pierre Cardin
Auteur : Hirsohi Sugimoto
Avec : Mansau Mansai, Yuki Nomura
Production : Organisation Fondation du Japon Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings Production Odawara Art Foundation. Coréalisation Théâtre de la Ville-Paris ; Festival d’Automne à Paris En collaboration avec Setagaya Arts Foundation – Setagaya Public Theatre
Présentation : À côté de sa carrière de photographe/plasticien internationalement réputé, Hiroshi Sugimoto mène depuis plus de dix ans une activité de scénographe dans le spectacle vivant qui l’a vu s’intéresser aux grandes traditions de l’art dramatique japonais : le théâtre nô, le bunraku ou, aujourd’hui, le kyôgen, sorte de pendant populaire et comique du nô. « La logique de la tradition est de se réécrire sans cesse au présent », expliquait-il en 2013, lors de son précédent passage au Festival d’Automne, au sujet de cette continuité propre à la civilisation japonaise. Si Sambasô porte le sous-titre de « danse divine », c’est parce que cette pièce se réfère à une danse sacrale qui renvoie aux premiers temps de l’humanité au Japon. Interprétée par trois générations de maîtres de kyôgen – Mansaku, Mansai et Yûki Nomura, Mansaku Nomura étant nommé trésor national vivant au Japon –, elle est complétée par Tsukimi-Zatô (« L’aveugle qui admire la lune »), qui relève du genre du zatô-mono, mettant en scène des infirmes faisant l’objet de persécutions. Dans des décors réalisés à partir de photographies de Sugimoto et des costumes de sa conception, ce diptyque épiphanique manifeste le credo d’un artiste de soixante-dix ans convaincu que les arts de la performance représentent « l’étape suprême de l’art, celle où il refuse de devenir objet ».

La reprise. Histoire(s) du théâtre (I)
Du 22/09/2018 au 05/10/2018
Nanterre, théâtre des Amandiers
Auteur : Milo Rau / IIPM
Mise en scène : Milo Rau / IIPM
Avec : Tom Adjibi, Sara de Bosschere, Suzy Cocco, Sébastien Foucault, Fabian Leenders, Johan Leysen
Production : Macha EuchnerMartinez, Eva-Karen Tittmann
Présentation : Politique, engagé, nécessaire, le théâtre tel que Milo Rau l’envisage manifeste une foi magnifique en la faculté qu’a «la plus ancienne forme d’art de l’humanité» de changer le monde. Le metteur en scène-sociologue suisse aime à concevoir des pièces «légères» – telles que Compassion – en marge de ses grosses productions, comme ce Lenin récemment présenté à la Schaubühne de Berlin, ou cet Agneau mystique qu’il prépare actuellement pour le NTGent, le théâtre dont il vient de prendre la direction. C’est d’ailleurs à ce titre qu’après avoir publié un manifeste façon «Dogme» sur sa conception du théâtre, il lance la série Histoire(s) du théâtre, «enquête performative à long terme sur la plus ancienne forme d’art de l’humanité», dont il se dit le «directeur artistique»: avant d’en confier les futurs volets à d’autres artistes, il met lui-même en scène l’épisode un, autour de la question du tragique. Conçu comme un «jeu allégorique de criminologie» empruntant son titre au philosophe Søren Kierkegaard, La Reprise prend appui – comme jadis Five Easy Pieces, inspiré de l’affaire Dutroux – sur un fait divers ayant traumatisé la Belgique: le meurtre homophobe d’Ihsane Jarfi, assassiné en 2012. Reconstituer l’enquête de manière à la fois documentaire et allégorique est pour Milo Rau le moyen de nous ramener à la naissance de la tragédie.

Infidèles
Du 18/09/2018 au 28/09/2018
Paris, théâtre de la Bastille
Auteur : TG STAN
Présentation : Avec "Infidèles", le tg STAN prolonge sa traversée dans l’œuvre de Bergman : tiré d’un de ses scénarios de 1996 dans lequel le réalisateur se met lui-même en scène, la pièce y mêle aussi des passages de Laterna Magica, l’autobiographie de Bergman. Deux textes écrits par un artiste vieillissant et lucide, capable de jeter un regard rétrospectif sur sa vie. Sur scène le personnage de Marianne est la voix principale, elle est actrice, elle raconte, elle se souvient, venant ainsi rompre le monologue sans issue d’un écrivain, seul, en panne d’inspiration, nommé Bergman. Avec ce nouveau spectacle, le tg STAN, accompagné par Robby Cleiren, du collectif De Roovers rend hommage au réalisateur suédois, au plus près de sa vie et de son âme. Si la dimension autobiographique est au cœur de Infidèles, la pièce met aussi en lumière l’art de l’observation de Bergman, sa capacité à disséquer les rapports humains les plus intimes et à parler de nos sentiments, de l’amour à la haine.

Le Père
Du 13/09/2018 au 29/09/2018
MC93
Auteur : d'après
Présentation : En contrepoint des spectacles-fleuves adaptés des monuments de la littérature contemporaine, le metteur en scène Julien Gosselin affectionne les formes plus réduites, performances poétiques à la croisée des genres. Succédant ainsi à Je ne vous ai jamais aimés, sur un texte de Pascal Bouaziz, Le Père, créé en 2015 au TNT – Théâtre national de Toulouse, est un nouveau témoignage de cette veine que l’on pourrait dire intimiste. Ce spectacle pour un comédien – l’impressionnant Laurent Sauvage – part de L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou : un texte dont la découverte a produit sur Gosselin le même sentiment d’évidence bouleversante que peut avoir une chanson ; un texte qui « donne à entendre une voix que l’on n’entend jamais. Pas seulement parce qu’elle est celle d’un rejeté de la société, non, mais parce que c’est une voix pure de tristesse. » Monologue d’un agriculteur qui se retourne sur sa vie, Le Père est à la fois un constat sans appel sur l’envers de nos sociétés, mais aussi une tentative, de la part d’un metteur en scène passé maître dans l’agencement d’expériences collectives, de traduire sur scène l’émotion intime que peut procurer la lecture d’un texte marquant.