Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

Quills
Du 06/02/2018 au 18/02/2018
Théâtre de la Colline
Auteur : Doug Wright
Mise en scène : Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage
Avec : Pierre‑Yves Cardinal, Érika Gagnon, Pierre‑Olivier Grondin, Pierre Lebeau, Robert Lepage, Mary‑Lee Picknell
Production : Ex Machina Coproduction : Le Théâtre du Trident - Québec, Les Nuits de Fourvière - Lyon, La Colline - théâtre national
Présentation : Quills raconte l’histoire imaginée du Marquis de Sade, aux derniers jours de sa vie, enfermé à la prison de Charenton. Alors que le directeur de l’établissement croit pouvoir réhabiliter cet homme qui toute sa vie durant a exploré par sa plume les interdits de l’être humain, ses pulsions sexuelles et ses désirs immoraux, Sade parvient par d’astucieux stratagèmes à faire publier ses récits sulfureux. Jusqu’où l’un ira-t-il pour faire taire l’autre ? Qu’imaginera l’autre pour parvenir, jusqu’aux dernières limites du corps, à se faire lire et entendre ? Censure et liberté d’expression s’entrechoquent et s’affrontent dans cette pièce qui questionne à la fois la responsabilité de l’artiste face aux répercussions de son œuvre et la définition même de la morale, dont les repères ne sont pas aussi immuables qu’on le croit souvent. C’est dans un traitement jubilatoire que Doug Wright, auteur américain, et que Robert Lepage dans une mise en scène et une interprétation jouissives, s’emparent de ce personnage majeur de la littérature. C’est un honneur d’accueillir pour la première fois à La Colline Robert Lepage, que l’on retrouvera prochainement aux côtés de Wajdi Mouawad dans la création de Frères, quatrième volet du cycle Domestique initié avec Seuls.

Schatten
Du 19/01/2018 au 28/01/2018
Théâtre de la Colline
Auteur : Elfriede Jelinek
Mise en scène : Katie Mitchell
Avec : ule Böwe, Cathlen Gawlich, Renato Schuch, Maik Solbac
Production : Schaubühne-Berlin
Présentation : Elfriede Jelinek, auteure autrichienne prix Nobel de littérature, poursuit avec Schatten (Eurydike sagt) son exploration des mythes féminins. Tout comme les héroïnes sont au cœur du travail de la metteure en scène britannique Katie Mitchell, invitée à créer ce spectacle à la Schaubühne de Berlin. Ici, Eurydice est représentée comme une femme d’aujourd’hui, subissant le joug d’Orphée, caricature du mâle machiste, nombriliste et possessif. Eurydice envisage son voyage au royaume des morts comme une échappatoire à l’humiliation subie sur terre, comme le moyen d’acquérir sa propre liberté et de se consacrer à l’écriture, loin du monde. La scène devient un plateau de tournage où les caméras suivent les comédiens dans tous les recoins de l’espace conçu par Katie Mitchell et ses équipes d’acteurs, réalisateurs et créateurs sonores. Dans un dispositif inventif, la diffusion en direct d’un film interagissant avec le jeu mêlé à des manipulations à vue relève de la haute-voltige dans le savoir-faire de la parole, une parole crue et saisissante.

Saigon
Du 12/01/2018 au 10/02/2018
Paris, Théâtre de l'Odéon
Mise en scène : Caroline Guiela Nguyen / artiste associée les Hommes Approximatifs
Avec : Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huynh, Hoàng Son Lê, Phú Hau Nguyen, My Chau Nguyen Thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu Tô, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia
Présentation : Chez les Hommes Approximatifs, beaucoup de choses se jouent dans les intervalles. Des existences entières peuvent s’y glisser entre deux gestes ou deux paroles. Il suffit, par exemple, de remarquer que Saigon est un nom aujourd’hui perdu pour que se creusent des distances inouïes. Certaines vies se sont jouées là, entre 1956 et 1996. Souvent elles sont restées discrètes, silencieuses. Parfois, la langue maternelle a été tue jusqu’à l’effacement. Mais l’Histoire, pour peu qu’on sache l’entendre, peut briller au détour d’une confidence, d’un mot oublié depuis un demi-siècle. La chair poétique des spectacles de Caroline Guiela Nguyen, artiste associée à l’Odéon, naît d’un long processus d’immersion et de rencontres, puis d’écriture collective au plateau. Ce projet-ci réunit des comédiens français et vietnamiens pour donner corps ensemble à “cette France qui doit se raconter au-delà de ses propres frontières”. Bouquet de voix et de visages situé dans un restaurant valant pour tous lieux et tous temps, Saigon tresse des histoires d’exils et d’amour à partir de centaines d’émotions racontées en France et au Vietnam, puis métamorphosées en théâtre. “La grande préoccupation de notre compagnie”, conclut Caroline Guiela Nguyen, “est de savoir quels sont les récits que nous apportons comme réponse à notre monde.”

La Tempête
Du 09/12/2017 au 21/05/2018
Paris, Comédie Française
Auteur : William Shakespeare
Mise en scène : Robert Carsen
Présentation : Metteur en scène de renommée internationale, grand connaisseur de l’oeuvre de Shakespeare qu’il a maintes fois travaillée à l’opéra, Robert Carsen signe avec « La Tempête » sa première collaboration avec la Troupe et sa première mise en scène de théâtre en France. Ce créateur d’images aux beautés inspirées, également réputé pour sa direction d’acteurs et la qualité dramaturgique de ses intentions, s’empare de cette pièce à part dans le répertoire shakespearien, jouée pour la première fois à la Comédie-Française il y a seulement vingt ans. Ce « tissage de matières d’une richesse inouïe » qui l’a toujours fasciné fait plus que tout autre appel à l’imaginaire, le réel et l’irréel s’y mêlant en permanence. Dans ce texte sur le pouvoir – pouvoir politique mais aussi pouvoir de la pensée – chaque instant, chaque parole renverse nos certitudes. Il s’ouvre sur la tempête que provoque Prospero, et avec elle le naufrage de son frère qui a usurpé son royaume. Ce dernier échoue avec ses compagnons d’infortune sur l’île où l’exilé vit depuis douze ans avec sa fille Miranda et deux esprits obligés de le servir, mais qui cherchent eux aussi leur liberté : Ariel et Caliban. La tempête qui fait rage, surtout dans l’âme de Prospero, ne cessera pas d’éclater tout au long des cinq actes, précise Robert Carsen. La Salle Richelieu se transforme le temps du spectacle en cette île, antre de la magie, espace mental et psychologique, qu’il orchestre en nous assurant que « nous sommes de cette étoffe dont les rêves sont faits ».

Poussière
Du 10/02/2018 au 24/06/2018
Comédie Française
Auteur : Lars Norén
Mise en scène : Lars Norén
Présentation : Avec « Poussière », c’est un écrivain contemporain majeur, l’un des plus représentés dans le monde, qui entre au répertoire de la Comédie-Française, s’inscrivant dans la tradition des auteurs écrivant pour la Troupe. Lars Norén met ici en scène dix personnes, âgées, six hommes et quatre femmes. Et la fille attardée de l’une d’entre elles. Des personnes qui partent en vacances depuis plus de trente ans au même endroit, une semaine, au soleil, dans un hôtel resort d’Espagne ou d’ailleurs. Si elles en avaient les moyens, elles partiraient ailleurs mais elles sont issues d’une classe modeste et n’ont pas d’autre solution pour échapper à leur quotidien. Ainsi, elles se croisent dans ce lieu depuis des années, se connaissent et ne se connaissent pas. Ne se voient jamais ailleurs. Seulement ici, une fois par an. Depuis si longtemps. C’est peut-être pour certaines la dernière fois. D’autres ont déjà disparu sans doute. Cette pièce est une symphonie des adieux qui se joue sous nos yeux. Nous sommes dans un temps qui n’est plus linéaire, il est seulement mémoire. Que reste-t-il, quels sont les visages, les faits, les émotions encore présents ? « Je n’aurais pas pu écrire ce texte avant d’avoir l’âge que j’ai aujourd’hui. C’est une pièce sur les au revoir et les souvenirs, sur les dernières vagues à traverser avant la fin. Une pièce belle et mélancolique qui ne parle que de la vie. » (Lars Norén)