Le goût des arts

Rubrique coordonnée par Cécile Roqué-Alsina
Théâtre

A la trace
Du 02/05/2018 au 26/05/2018
Théâtre de la Colline
Auteur : Alexandra Badea
Mise en scène : Anne Théron
Avec : Liza Blanchard, Judith Henry, Nathalie Richard et Maryvonne Schiltz
Production : Théâtre national de Strasbourg, Compagnie Les Productions Merlin coproduction La Colline - théâtre national, La Passerelle - Scène nationale de Saint-Brieuc, Les Célestins - Théâtre de Lyon, La Comédie de Béthune - CDN
Présentation : Suite à une série de conversations menées avec Anne Théron autour de la maternité, Alexandra Badea écrit À la trace d’un geste, témoignant à la fois d’elle-même et d’une génération de femmes, faisant de l’écriture une eau qui révèle les dessins invisibles tracés au jus aigre des silences. Au décès de son père, événement qui réveille un pan anesthésié de mémoire, Clara découvre un sac de femme dans ses affaires. À l’intérieur, peu de choses : quelques objets anodins et une carte d’électeur au nom d’Anna Girardin. Rien de plus, mais suffisamment pour que Clara décide d’enquêter. Tout en subtilité, le récit déploie une intimité inscrite dans le réel : chacun des personnages que Clara croise sur son chemin mène une vie « normale » tout en semblant être adossé à un mur en train de s’effondrer. Leur chute pourra-t-elle être salvatrice s’ils parviennent à être lucides sur leur rapport au monde ? À la trace explore la manière avec laquelle la société finit par pervertir, défaire ou rendre plus troubles les liens que chacun entretient avec ses proches et sa propre vie. Au cours des prochaines années, Alexandra Badea sera régulièrement présente à La Colline, à travers ses textes, des laboratoires, des rencontres et des cartes blanches. À l’automne 2018 nous la retrouvons avec la création du premier volet de sa trilogie Points de non-retour.

Nouvelles pièces courtes
Du 20/04/2018 au 10/05/2018
Théâtre de Chaillot
Mise en scène : Compagnie DCA / Philippe Decouflé
Avec : Flavien Bernezet, Meritxell Checa Esteban, Julien Ferranti, Alice Roland, Jules Sadoughi, Suzanne Soler, Violette Wanty
Présentation : Ce spectacle est composé de plusieurs pièces courtes. Ces pièces sont reliées par le fait qu’elles sont écrites par le même auteur, interprétées par les mêmes artistes et présentées le même jour. Beaucoup de spectacles de danse moderne qui m’ont marqué sont construits de la sorte : de Georges Balanchine à Merce Cunningham en passant par Martha Graham et Alwin Nikolais, les chorégraphes américains qui m’ont influencé présentent presque toujours des spectacles modulables composés de pièces courtes. Je pense que ce système convient bien à la danse, où l’écriture est souvent plus poétique que narrative, et où le format doit être adapté au sujet. Enfin, peut-être plus fondamentalement encore, l’attachement aux formats courts me vient du rock’n roll : des morceaux brefs et efficaces gagnant en puissance ce qu’ils perdent en longueur.

L'éveil du printemps
Du 14/04/2018 au 08/07/2018
Comédie Française
Auteur : Frank Wedekind
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Présentation : Comme les autres grandes pièces de l’auteur de Lulu, L’Éveil du printemps résiste encore aux tentatives de classifications. Frank Wedekind dénomme lui-même Tragédie enfantine la vie de ces adolescents aux prises avec leur sexualité naissante, confrontés à la moralité d’un monde adulte et institutionnel hostile. La société prussienne y voit en 1906 une œuvre « pornographique » qu’elle censure, avant que Wedekind soit reconnu, selon les mots de Brecht, comme « un des grands éducateurs de l’Europe moderne ». Freud s’en empare d’un point de vue psychanalytique, suivi par Lacan. L’auteur, devenu emblématique du théâtre expressionniste allemand, privilégie pour sa part une forme d’« innocence ensoleillée ». Après avoir traité la question du désir et des conventions sociales à travers Le Misanthrope de Molière puis Le Petit-Maître corrigé de Marivaux, Clément Hervieu-Léger poursuit son avancée dans les siècles tandis que les protagonistes rajeunissent, et incarnent une génération entière. Il s’entoure entre autres de Richard Peduzzi, grand maître de la scénographie qu’il a rencontré sur les créations de Patrice Chéreau. Ensemble, sensibles à ces éveils charnels, lorsque la nature éclot brutalement, ils s’intéressent aux « climats » propres à cet âge où la vie est inconnu, interdit, espace de jeu et de fantasme.

Re-Paradise
Du 01/05/2018 au 31/05/2018
Nanterre-Amandiers
Auteur : Living Theater
Mise en scène : Gwenaël Morin
Avec : La troupe du Théâtre du Point du Jour, Lyon
Présentation : Le metteur en scène et directeur du Théâtre du Point du Jour à Lyon, Gwenaël Morin, revisite pour Mondes possibles le spectacle Paradise Now de la troupe américaine The Living Theater, créé en juillet 1968 au Festival d’Avignon : « J’ai l’intention pour mai 2018 de reprendre Paradise Now. J’ai l’intention d’utiliser pour cela le texte rédigé a posteriori par Julian Beck et Judith Malina (directeurs du Living Theater) qui décrit les différents moments de la pièce, leurs processus de mise en œuvre et leurs soubassements dramaturgiques. J’ai l’intention d’intituler cette reprise Re-Paradise. Je voudrais réactiver le plus littéralement possible les formes anciennes contenues dans Paradise Now et mesurer le cas échéant ce qu’elles produisent encore ou ne produisent plus aujourd’hui. Le paradis est l’image d’un monde sans violence. Paradise Now demande ce monde « maintenant ». À l’instar des tragédies grecques antiques, cette pièce vise à produire un effet cathartique en proposant des rites théâtraux pour s’émanciper de la violence. »

La Tempête
Du 09/12/2017 au 21/05/2018
Paris, Comédie Française
Auteur : William Shakespeare
Mise en scène : Robert Carsen
Présentation : Metteur en scène de renommée internationale, grand connaisseur de l’oeuvre de Shakespeare qu’il a maintes fois travaillée à l’opéra, Robert Carsen signe avec « La Tempête » sa première collaboration avec la Troupe et sa première mise en scène de théâtre en France. Ce créateur d’images aux beautés inspirées, également réputé pour sa direction d’acteurs et la qualité dramaturgique de ses intentions, s’empare de cette pièce à part dans le répertoire shakespearien, jouée pour la première fois à la Comédie-Française il y a seulement vingt ans. Ce « tissage de matières d’une richesse inouïe » qui l’a toujours fasciné fait plus que tout autre appel à l’imaginaire, le réel et l’irréel s’y mêlant en permanence. Dans ce texte sur le pouvoir – pouvoir politique mais aussi pouvoir de la pensée – chaque instant, chaque parole renverse nos certitudes. Il s’ouvre sur la tempête que provoque Prospero, et avec elle le naufrage de son frère qui a usurpé son royaume. Ce dernier échoue avec ses compagnons d’infortune sur l’île où l’exilé vit depuis douze ans avec sa fille Miranda et deux esprits obligés de le servir, mais qui cherchent eux aussi leur liberté : Ariel et Caliban. La tempête qui fait rage, surtout dans l’âme de Prospero, ne cessera pas d’éclater tout au long des cinq actes, précise Robert Carsen. La Salle Richelieu se transforme le temps du spectacle en cette île, antre de la magie, espace mental et psychologique, qu’il orchestre en nous assurant que « nous sommes de cette étoffe dont les rêves sont faits ».

Poussière
Du 10/02/2018 au 24/06/2018
Comédie Française
Auteur : Lars Norén
Mise en scène : Lars Norén
Présentation : Avec « Poussière », c’est un écrivain contemporain majeur, l’un des plus représentés dans le monde, qui entre au répertoire de la Comédie-Française, s’inscrivant dans la tradition des auteurs écrivant pour la Troupe. Lars Norén met ici en scène dix personnes, âgées, six hommes et quatre femmes. Et la fille attardée de l’une d’entre elles. Des personnes qui partent en vacances depuis plus de trente ans au même endroit, une semaine, au soleil, dans un hôtel resort d’Espagne ou d’ailleurs. Si elles en avaient les moyens, elles partiraient ailleurs mais elles sont issues d’une classe modeste et n’ont pas d’autre solution pour échapper à leur quotidien. Ainsi, elles se croisent dans ce lieu depuis des années, se connaissent et ne se connaissent pas. Ne se voient jamais ailleurs. Seulement ici, une fois par an. Depuis si longtemps. C’est peut-être pour certaines la dernière fois. D’autres ont déjà disparu sans doute. Cette pièce est une symphonie des adieux qui se joue sous nos yeux. Nous sommes dans un temps qui n’est plus linéaire, il est seulement mémoire. Que reste-t-il, quels sont les visages, les faits, les émotions encore présents ? « Je n’aurais pas pu écrire ce texte avant d’avoir l’âge que j’ai aujourd’hui. C’est une pièce sur les au revoir et les souvenirs, sur les dernières vagues à traverser avant la fin. Une pièce belle et mélancolique qui ne parle que de la vie. » (Lars Norén)