La Revue

L'après-coup de l'annonce
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°39 - Page 13 Auteur(s) :
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Tous les parents qui ont donné vie à "tout autre" que soi (F. Dolto), conjuguent, comme Luther,"ressemblance et bien, dissemblance et mal". Tous, comme Eschyle, persuadés que "la maison du Juste n'a que de bons et beaux enfants" se vivent coupables, honteux, martyrs jamais innocents d'un coup du sort, de la génétique ou de la maladie. Tous se disent "empêchés" dans leur parentalité, blessés au plus profond de leur narcissisme : leurs figurations de la filiation sont oblitérées et leur existence même vacille. "L'ineffable, l'indicible, l'impossible, le non-représentable" de leur expérience déconstruit leur histoire singulière, celle de leur couple, de la fratrie et de la famille élargie : il est toujours une main alors qui lache le landau de ce nouveau-né dans le grand escalier de la vie.

"Une mère qui a les mains coupées ne peut retirer son enfant de la rivière s'il se noie" assure le Dalaï-Lama. Ces parents exposés doivent pouvoir compter sur la présence et l'accompagnement des équipes qu'elles rencontrent à l'aube de leur vie. Sonnés par l'effet d'annonce et l'impact traumatique des mots entendus ou prêtés -que nous sommes tous condamnés à assumer, comme autant de paroles-fétiches, objets d'un culte et lieux de désignation de toute la violence autour de cet événement- ils ont besoin de cette présence et de cet accompagnement pour inscrire leur enfant dans la vie, l'humain, son histoire et sa lignée. Aller à la rencontre de l'autre engage parents et équipe dans une "odyssée" dont il conviendrait d'exorciser le potentiel de fascination. Cette rencontre avec l'autre nous conduit toujours à la recherche de soi, à la reconnaissance et à l'acceptation des différences hors et en nous. Les équipes de maternité et de néonatalogie doivent pouvoir prendre du temps au temps pour élaborer ces rencontres et leurs effets intimes. Pour interdire au handicap d'handicaper la vie, la pensée et le rêve.