La Revue

Présentation du service téléphonique pour l'enfance maltraitée (119)
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°28 - Page 20-21 Auteur(s) : Thomas Gay
Article gratuit

La loi du 10 juillet 1989, relative à la protection de l'enfance, a été votée à l'unanimité au Parlement. Dans le cadre de celle-ci s'inscrit la création d'un service d'accueil téléphonique en faveur de l'enfance maltraitée (article 71), public et gratuit, fonctionnant 24h/24h tous les jours de l'année.

Allô Enfance Maltraitée participe avec les départements à la protection des mineurs et à la prévention des maltraitances à enfants. Trois missions lui sont confiées : -Ecoute, assistance, information et orientation des enfants victimes de mauvais traitements, des parents, des professionnels, et de toute personne confrontée à une situation de maltraitance. -Transmissions aux départements : les informations recueillies par le service, et les appréciations qu'il formule concernant un un enfant identifiable victime de mauvais traitements ou présumé l'être, sont transmises aux services sociaux départementaux concernés, aux fins d'évaluation de la situation de l'enfant, et détermination de l'aide appropriée le cas échéant. -Réalisation d'une étude épidémiologique à partir des appels pris en charge, et des retours d'évaluation adressés au service par les Départements.

Concernant la répartition des appels reçus au SNATEM, trois catégories sont distinguées selon la nature des mauvais traitements évoqués :

-mauvais traitements à caractère physique (48,69% des appels à contenu)

-mauvais traitements à caractère psychologique (41,28%)

-mauvais traitements de nature sexuelle (28,88%).

Le milieu intrafamilial est le plus fréquemment incriminé dans les appels pour abus sexuels : pères (40,97%), mère (8,27%), grands-parents (4,46%), frère (2,80%), membre de la famille (9,92%) et beau-père (4,29%).(Ces données chiffrées sont celles du rapport d'activités 1995)

Témoignage d'un chargé d'accueil téléphonique.

Les appelants évoquant des abus sexuels sont soit des les mineurs eux-mêmes, soit un tiers. Ils peuvent nous solliciter sur des questions juridiques (démarches à entreprendre, dépôts de plainte, délais de prescription, instance à saisir, avocats pour mineurs, déroulement des procédures), comme psychologiques (conséquences immédiates ou à long terme du traumatisme, risque de répétition transgénérationnel, prise en charge thérapeutique adéquate).

Les appelants mineurs comme les tiers, peuvent nous contacter à différentes étapes, allant du dévoilement des abus, à des sollicitations desespérées, pour faire avancer des situations judiciarisées mais bloquées. Si toute situation évoquée, est prise en compte, elle n'est pas pour autant immédiatement transmissible dans tous les cas au département. En effet, le relais en vue d'une évaluation par le département, nécessite des éléments qui ne nous sont pas toujours apportés lors d'un premier appel, tels que les nom et adresse des personnes concernées par l'appel. En l'absence de ces éléments, un entretien a lieu, qui permettra de poser des jalons, d'accompagner la personne dans une meilleure compréhension de sa situation, avec ses ouvertures et ses impasses. Certains appelants en resteront là. Parfois, cette élaboration peut demander plusieurs appels. Si le mineur concerné par les abus nous sollicite, il est nécessaire que le professionnel resitue la loi, alors même qu'il tient compte du temps nécessaire au travail de pensée de l'adolescent, les abus sexuels étant parmi les mauvais traitements, les plus sujets aux rétractations (au niveau judiciaire, la rétraction est une étape obligée de la révélation, et vient confirmer les dires des mineurs).

La relation de confiance qui se construit entre l'appelant et le professionnel, s'appuie sur la perception que ce travail d'accompagnement s'effectue en vue d'une protection efficace de l'enfant concerné. Si tous les enfants réclament que les abus cessent, ils ont aussi à être protégés des mesures de rétorsion ou des violences de l'entourage et de l'abuseur, engendrées par une révélation. C'est dire que la parole entendue, ne saurait se limiter aux seuls éléments identifiants, sans évaluation du contexte de l'appel. Celui-ci permet par ailleurs de prendre la mesure des résonances subjectives qui, chez certains adultes, peuvent infléchir leur discours dans le sens d'une dramatisation des faits, et de l'urgence à y répondre, au risque d'exposer plus encore l'enfant.

Tel Méduse, (qui est le blason de Carnet Psy) l'abus sexuel d'un enfant horrifie ou fascine, par la transgression d'un interdit fondateur pour chacun d'entre nous. L'enfant qui y est confronté est en grand danger, il doit être entendu et protégé. L'adulte qui appelle pour parler d'une situation d'abus sexuel à enfant, a affaire également à cet impensable, et appelle toujours aussi, à son insu, pour que quelque chose de lui puisse se dire. Il y a nécessité à entendre ce qu'il nous dit de lui, au travers de cet appel à l'aide pour un autre, comme le mettent d'ailleurs si souvent en scène les enfants qui appellent le service, sous peine de rester soi-même pétrifié, pris dans la scène de la maltraitance, et inapte à protéger un enfant en danger.