La Revue

Les pères de l'an 2000
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°1 - Page 14 Auteur(s) : Serge Lebovici
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L'abondance des publications sur les «nouveaux pères» est suspecte : ce groupe a des préoccupations idéologiques. Aussi dois-je me féliciter que deux auteurs m'aient demandé de rédiger la préface de leur livre* qui apporte chacun des documents pour discuter sur les pères nouveaux. L'un et l'autre font preuve d'un besoin de ne pas recourir au sensationel. Certes il faut plus de neuf mois pour devenir un père adéquat; le processus de paternalisation est plus lent et plus tardif que le triomphe narcissique qui marque la proclamation de la grossesse par la mère. Pourtant le père qui prétend se contenter de transmettre le nom de son propre père devrait appartenir à un couple «enceint» («pregnant couple»). En recourant à son expérience clinique et personnelle, Roger Teboul montre la lenteur et les aléas de ce processus dont l'icône peut être portée par la conduite symbolique de certains pères qui, ayant assisté à l'accouchement de leur enfant, sont invités à couper le cordon ombilical (le lien avec la mère) et ainsi à proclamer leur paternité au cours cette seconde naissance. Le livre de Le Camus sera un ouvrage consacré à la mise en évidence des travaux de son équipe ou d'autres laboratoires où est décrit le processus de paternalisation. Il est sans aucun doute heureux que les pères prennent désormais une place beaucoup plus importante dans les soins et l'éducation des jeunes enfants. Mais nous nous situons résolument contre les hypothèses de Madame Badinter qui prévoit que les pères voudront avoir leur grossesse. Une recherche sur la place des pères, lorsque les conjointes travaillent (à laquelle je participe) semble devoir confirmer l'hypothèse initiale, à savoir qu'un homme bien établi dans sa conjugalité, jouera un meilleur rôle dans l'éducation de ses enfants que si ce n'est pas le cas. Le développement des enfants semble également dans ce cas être plus harmonieux. Ainsi devons-nous nous ranger aux côtés de Le Camus qui pense que l'attitude des pères a effectivement changé et qu'ils sont devenus plus efficaces en s'associant aux soins maternels . Cette évolution lui paraît une conséquence heureuse des revendications féministes qui doivent aboutir à façonner un père plus paternel. Nos recherches sur le père montrent aussi le rôle important de la triade père-mère -enfant . Du fait de l'action et des contre-actions, la triade tend à se contextualiser : on tend alors vers la triadification et «être à trois», tant sur le plan intrasubjectif qu'intersubjectif . Il s'agit là d'un thème de recherches(1) qu'on peut considérer comme essentiel pour décrire la naissance de la famille.