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INSTABILITÉ DE L'INSTABILITÉ...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°78 - Page 12 Auteur(s) : Fabien Joly
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Si par delà les régions, les frontières, les cultures et les océans, l'instabilité de l'enfant apparaît bien comme une figure actuelle centrale de la souffrance psychique et psychomotrice de l'enfant et qu'elle est bien un des - sinon le - motif premier de consultation pédo-psychiatrique dans tous les pays dit « civilisés » et à haut niveau de développement, nous devons pourtant nous rappeler que cette symptomatologie a bien été l'une des premières décrites en psychiatrie de l'enfant. Et la « re-visitation », dans un très lointain après-coup, des textes historiques (Boulanger, Bourneville, Kraepelin, Philippe et Paul Boncour, Demoor, Heuyer, Wallon, Ajuriaguerra, etc.)  est à cet égard cliniquement et théoriquement des plus intéressantes.

Rien de neuf, en vérité, sous l'hégémonisme envahissant du « soleil »  américain du D.S.M.IV  - pas même l'opposition quasi originaire et comme intrinsèque à la problématique étudiée du pédagogique et du socio-rééducatif versus le psychiatrique et le psycho-affectif -.  Rien de neuf, sinon le mouvement paradoxal, dans le recours au -et la fascination pour le  -sigle  [A.D.H.D.]  et pour la prétention a -théorique et prétendument objective de la démarche, d'un effacement absolu du subjectif, d'un déni de l'histoire et des savoirs préalables.

L'instabilité de l'enfant  quelles que soient ses déclinaisons théoriques actuelles et ses dénominations plurielles  frappe, au fond et comme par contagion donc, par ce que j'appelerais « l'instabilité » de nos regards. Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperkinésie, syndrome hyperkinétique, instabilité psychomotrice, enfants hyperactifs, agités, turbulents, impulsifs, inattentifs -  la seule vraie question en héritage de cette histoire est donc bien de se demander si cette instabilité plurielle regroupe bien (aux titres étiologique, diagnostique ou thérapeutique) les mêmes patients.  Il est peut-être autant d'instabilité que de sujets instables, et nous parlons - sous le label « A.D.H.D. » ou « hyperactif » - d'enfants souvent très divers quant à leurs fonctionnements intra-psychiques et inter-subjectifs bien que présentant de fait à la surface des conduites manifestes, les mêmes et bruyantes lignes comportemen-tales et symptomatiques : le fameux triptyque hyperkinésie, inattention,  impulsivité. 

Que de tels tableaux cliniques existent c'est une évidence indiscutable. Qu'il y ait une recrudescence de ces tableaux est déjà à interroger : les enquêtes épidémiologiques sérieuses se montrant beaucoup plus réservées que le sentiment ambiant ... y compris des cliniciens que nous sommes ! La véritable question - psychopathologique et thérapeutique - qui nous importe ici est plus certainement : existe-t-il une « unité » clinique autour du regroupement symptomatique / syndromique des signes de cette instabilité ?  Et le regroupement de tous ces enfants  sous la bannière du syndrome d'hyperactivité a-t-il seulement un sens ?  La question jointe étant comment aider au mieux au traitement de ce type de pathologie de l'acte, du mouvement, de l'attention et de la pensée ... Mieux encore, comment le comprendre et si possible le prévenir  !  Peut-être s'agira-t-il alors pour nous  - à côté des exigences premières de la recherche, de la confrontation et de l'approfondissement appelées par nos patients et leurs familles et par notre éthique de soignant -  d'élaborer un modèle, mieux un paradigme psychopathologique. 

Ce dossier thématique ne vise en aucune manière à trancher, à prendre parti ... encore moins à dire le « vrai » sur une aussi complexe et pluridimensionnelle question.  Il s'agira plus modestement ici de faire le point, de donner un bref état des lieux, et d'ouvrir un certain nombre de perspectives fussent-elles contradictoire. 

On trouvera donc, dans ce dossier les points de vue de spécialistes de la souffrance infantile et notamment de ces enfants dit « instables »  qui  feront tous état, depuis l'approche médicamenteuse jusqu'à l'abord psychanalytique, en passant par le point de vue cognitiviste ou neuro-développemental, la perspective psychodynamique et l'apport des test projectifs,  des différents registres que l'instabilité convoque pour aborder cette réalité clinique complexe, multiforme mais indéniablement préoccupante.

Quelques notes de lectures feront ensuite état des travaux actuels sur le sujet. Enfin, une bibliographie (très partielle mais introductive à la bibliographie plus monumentale en cours de publication sur le Site Internet Le Bibliographe de Carnet Psy.)  aidera le lecteur à s'orienter dans ses recherches et ses lectures.