La Revue

Ouvrages et revues sur l'Adolescence
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°38 - Page 39-40 Auteur(s) : Olivier Douville, Didier Lauru, Alban Jeanneau, Diane Purper-Ouakil
Article gratuit

OUVRAGES

1/ "L'adolescence aux mille visages" de Alain Braconnier et Daniel Marcelli (Edition Odile Jacob)


Il était bien dans l'esprit de cet ouvrage qu'une deuxième édition vienne, dix ans après la première parution, renouveler le regard porté sur l'adolescence à partir des mille nuances qu'une société toujours en changement offre à la compréhension d'un phénomène et d'une problématique qui la mettent chaque jour davantage en question. Et il était important que les mêmes auteurs, à qui nous devons entre-temps, sur ce sujet, un traité au titre évocateur, rendent accessible à une large variété de lecteurs leur solide expérience, pour mieux situer ce qui est essentiel à l'adolescence, en donnant sens et unité à ses multiples apparences.

C'est précisément sans rien omettre des données statistiques récentes -la place prise par les enquêtes n'est pas, à leur avis, le moins significatif de notre époque- que A. Braconnier et D. Marcelli permettent cette première prise de vue où chacun puisera selon l'objet de sa préoccupation. Mais c'est aussi bien pour prendre le recul de la réflexion et mieux apercevoir que d'une époque à l'autre, "adolescents d'ici, adolescents d'ailleurs" diffèrent davantage entre eux en vertu "de l'apparence de l'organisation sociale que des lois propres de cette organisation" (p. 37). Car c'est assurément un des mérites de ce livre de prendre en compte les questions actuelles de notre société et les inquiétudes particulières des parents, des éducateurs, des enseignants et, pourquoi pas, des adolescents eux-mêmes, et justement pour mieux y répondre, d'offrir les perspectives de l'expérience médicale, de la pratique psychanalytique et psychothérapique et de la recherche scientifique. Bien  que les développements soient très informés, le style  échappe à toute obscurité théorique ou à un langage technique qui en atténuerait la clarté. De plus, les chapitres concernant les questions plus précisément cliniques ont-ils été placés dans les dernières pages du livre. Il convient également de signaler avec quel soin les auteurs ont tenu à situer les enjeux, les menaces, les positions thérapeutiques et les consignes simples et variables dont chacun pourra faire son affaire, sans se sentir pour autant abandonné sans repère; combien ils ont également eu le souci de ne pas enfermer les symptômes eux-mêmes dans une évolution inéluctable, mais de les regarder dans le mouvement vivant et inventif d'une période adolescente en plein devenir.

C'est bien cette dynamique qui anime, en effet, la réflexion dans le corps de l'ouvrage. Le paradoxe de l'ado-lescence confère à la notion de crise tout à la fois les risques qu'elle contient et les possibilités qu'elle permet. Entre les bouleversements endocriniens, cette réactivation du conflit oedipien, d'une angoisse de séparation qui en appelle à toutes les régressions et à l'excessive idéalisation qui cherche encore les sublimations efficaces, les contradictions ne sont plus impensables, si l'on comprend mieux qu'une même problématique réunit le jeune contestataire et le père autoritaire qui aurait bien voulu que ses propres parents le laissent, trente ans plus tôt, participer aux barricades. Et c'est la même scène primitive qui est étalée en toute provocation au regard des plus jeunes par les médias entretenant l'insatisfaite curiosité des adultes sur la sexualité de leurs enfants.

Des périodes hésitantes de la vie amoureuse des adolescents aux exigences de la scolarité, des tribulations du chômage parental aux incertitudes de leur avenir professionnel, Alain Braconnier et Daniel Marcelli nous accompagnent, dans un parcours vivant et sans concession aux idées reçues, parcours qui met en jeu aussi bien leurs questions  que  leurs certitudes ainsi que tout ce qu'ils doivent à leur compréhension psychodynamique, et disons-le, disponible et affective.   

2/ "Les dépressions chez l'enfant et l'adolescent : faits et questions" sous la direction de Marie-Christine Mouren-Simeoni et Rachel G. Klein (Éditions Expansion Scientifique Française, 1998)


Cet ouvrage propose une mise au point précise et documentée des connaissances actuelles sur les dépressions chez l'enfant et l'adolescent. Il a été réalisé en collaboration avec des spécialistes de la Communauté Européenne (français, britanniques, belges), des Etats-Unis et du Canada, qui comptent parmi les meilleurs experts des thèmes traités. La réalité des troubles dépressifs de l'enfant et de l'adolescent a longtemps été méconnue. Au cours de ces dernières années, différents travaux ont pu établir non seulement l'existence de ces troubles, qui concernent de 2 à 6% de la population générale des sujets jeunes, mais aussi leur sévérité, leur retentissement et leurs modalités évolutives.

La ressemblance phénoménologique des troubles dépressifs à travers les périodes de la vie l'emporte largement sur les différences notées. Cependant, si le développement n'est responsable que d'effets modérés sur la sympto-matologie dépressive en elle-même, il joue probablement un rôle central dans la vulnérabilité aux troubles de l'humeur ainsi que dans leur déclenchement. Il est généralement admis que l'apparition d'un trouble dépressif résulte d'une chaîne d'événements associant des facteurs de vulnérabilité (psychologiques, biologiques, sociaux) et des facteurs précipitants (événements de vie aigus par exemple). Ces différents facteurs comportent des caractéristiques développementales qui différencient l'enfant de l'adolescent et de l'adulte. L'approche développementale des troubles dépressifs constitue un enjeu important pour la prévention et pour la compréhension des mécanismes étiologiques des troubles dépressifs en général. Il s'agit nécessairement d'une perspective intégrative, bio-psycho-sociale, qui concerne aussi bien les différents déterminants des troubles dépressifs, leur expression et leurs modalités évolutives.
Une importante partie de ce livre est consacrée aux différentes variétés cliniques de dépression. Elle comprend une synthèse des données récentes concernant le trouble dépressif majeur mais aussi certains aspects moins connus chez le sujet jeune tels que la dysthymie, les dépressions atypiques, les troubles de l'adaptation et les dépressions saisonnières. Les données épidémiologiques de comorbidité permettent de préciser la place des troubles dépressifs au sein des manifestations psychopathologiques de l'enfant et de l'adolescent. La forte prévalence des troubles comorbides est, en effet, l'une des caractéristiques les plus notables des troubles dépressifs du sujet jeune. L'impact de cette comorbidité est analysé en termes de conséquences sur la sévérité, le devenir et de réponse thérapeutique.

L'étude de l'évolution des troubles dépressifs de l'enfant et de l'adolescent montre que, même si à moyen terme la symptomatologie s'amende, le risque de rechute et de récurrence dépressive est important. Ces données vont dans le sens de l'hypothèse d'une maladie dépressive précoce avec une évolutivité potentielle vers un trouble récurrent unipolaire ou bipolaire. Elles témoignent aussi des progrès qui restent à faire dans le domaine du traitement et de la prévention des rechutes. Un autre risque, cons-tamment présent, est celui du suicide des enfants et adolescents déprimés. La nature des relations entre les troubles dépressifs et les com-portements ou idées suicidaires de l'enfant et de l'adolescent est analysée en détail aussi bien dans ses aspects épidémiologiques qu'en termes de prise en charge individuelle.  Les connaissances qui font l'objet d'une synthèse et d'une discussion dans cet ouvrage sont étayées par une bibliographie récente et abondante à la fin de chaque chapitre qui devrait aider le lecteur à en savoir encore davantage.

Dans le domaine de la vulnérabilité aux troubles dépressifs, les interactions entre l'individu et son environnement sont abordées dans la perspective des travaux sur le tempérament et des études génétiques pour la part constitutionnelle mais aussi au travers de l'analyse de l'impact des événements de vie traumatiques. Les corrélats neuro-biologiques et électro-physiologiques des troubles dépressifs de l'enfant et de l'adolescent font également l'objet d'une synthèse; une attention particulière est portée aux modi-fications du sommeil qui précèdent parfois l'installation du trouble de l'humeur. Une revue des instruments d'évaluation détaillant leurs propriétés psychométriques et leur intérêt pratique est également proposée pour faciliter le choix d'un outil adapté aux objectifs de recherche clinique ou de suivi évolutif de la symptomatologie dépressive. Les stratégies thérapeutiques sont présentées dans leur diversité et détaillées pour répondre aux attentes des professionnels de la santé de l'enfant et de l'adolescent. La place des traitements médicamenteux (antidépresseurs, thymorégulateurs) et leurs modalités de prescription sont décrites tout comme les techniques psychothérapiques applicables aux enfants et adolescents déprimés (psychothérapie d'inspiration psycha-nalytique, psychothérapie inter-personnelle, psychothérapie cognitivo-comportementale, entretiens familiaux).

3/ "L'illégitime violence (la violence et son dépassement à l'adolescence)" sous la direction de François Marty (Éditions  Erès, 1997)



La violence est un signifiant fréquemment utilisé par de multiples disciplines des sciences humaines à l'heure actuelle. L'usage du mot a augmenté de façon inflationniste avec l'accroissement des travaux sur l'adolescence.


Cet ouvrage à plusieurs voix envisage la violence à l'adolescence sous des abords spécifiques qui n'avaient pas été traités jusqu'alors. Ce n'est pas un livre supplémentaire sur la délinquance, dont les médias nous parlent tant. Il s'agit plutôt d'un ouvrage qui fera référence sur les mécanismes psychopathologiques qui sous-tendent la violence à l'adolescence. La violence est perçue dans sa dimension d'organisation de la vie psychique et de socialisation de l'être humain. La violence est interrogée dans son lien à la pulsion de mort, mettant en question son caractère fondamental. Il s'agit de chercher les voies d'un dépassement possible de cette violence au-delà de son aspect maturatif et structurel. La violence n'est pas ici idéalisée mais plutôt dépliée dans ses divers aspects et ressorts psychodynamiques, dans ses formes d'expression qui varient considérablement d'un sujet à l'autre. Le sous-titre de l'ouvrage la violence et son dépassement illustre l'aspect constructif, structurant de l'expression de la violence, cap de passage obligé de certaines adolescences. Cependant, le titre de l'ouvrage nous inciterait à envisager une certaine légitimité de la violence, mais cela ouvre un autre débat.


Le trauma de la puberté est ici envisagé comme une violence interne subie d'une grande intensité mettant en péril le précaire équilibre narcissique de l'adolescent. Cet insensé des transformations pubertaires donnent à l'adolescent le sentiment d'être agi par ces transformations. D'où l'hypothèse que la violence serait liée aux effets de cette violence interne. Un des auteurs propose que le refoulement des fantasmes incestueux et parricides constitue la source de l'élaboration de la violence pubertaire qui doit s'appuyer sur les capacités internes de l'adolescent mais aussi sur le soutien narcissique parental. Des plumes à l'écriture claire nous enrichissent de leur expérience clinique et de leurs élaborations théoriques : Claude Balier, Annie Birraux, Philippe Gutton, Philippe Jeammet, Roland Gori .... que François Marty a eu l'heureuse initiative de réunir dans cet ouvrage. Celui-ci, clair, concis et abordable par tout lecteur, fera probablement référence et deviendra un précieux outil de travail et de réflexion pour les cliniciens, les thérapeutes, les travailleurs sociaux et les acteurs du monde judiciaire.

4/ "Le passage adolescent"  de Jean-Jacques Rassial (Éditions  Erès, 1998)



Dans la bonne collection que dirige Serge Lesourd,  Jean-Jacques Rassial réunit, reprend et refond en une robuste synthèse un nombre conséquent d'écrits (publiés ou inédits) qui retracent l'évolution de ses thèses sur l'adolescence, durant ces quinze dernières années. Ce livre fait logiquement  suite à L'Adolescent et le Psychanalyste, bien connu des cliniciens qui travaillent avec des adolescents. "Je ne peins pas l'être, je peins le passage",  programme de Montaigne et aussi de ceux qui tentent de décrire comment le passage subjectif et subjectivant de l'adolescent est susceptible de se mettre en transfert.

Mais, souligne l'auteur, user dans le champ de la psychanalyse du concept d'adolescence ne va pourtant pas de soi. D'une part, cette notion tire sa légitimité d'autres disciplines et  d'autre part l'immédiat du souci théra-peutique a peut-être obscurci, et par trop médicalisé les approches cliniques de l'adolescence. Ceci étant, cet âge de la vie, qui a très vite intéressé les premiers psychanalystes, donne en France et dans les pays anglo-saxons, l'occasion aux théoriciens de la psychanalyse de remanier leurs idées sur le transfert et sur le maniement de la cure.

Concernant l'approche clinique de cet âge de la vie, la recherche en psychanalyse et en psychopathologie a progressé. L'adolescence est à situer comme une expérience chronologique mais aussi comme un moment logique de déstructuration du fantasme infantile. Aujourd'hui, l'analogie entre crise d'adolescence et crise psycho-tique n'est plus convaincante, et Laufer lui-même se montre extrêmement circonspect vis-à-vis de ceux qui donnent une telle extension psychopathologique et sombre à sa notion de "breakdown".

Jean-Jacques Rassial est sans doute le premier à avoir introduit d'autres paradigmes que ceux hérités de la tradition psychanalytique anglo-saxonne pour rendre compte du passage adolescent. Sa culture est lacanienne non récitative. Sans trop agiter les moulins à prière des automatismes lacaniens (ou prétendus tels), il invente à partir de Lacan. De là, une relecture clairement organisée et qui repose sur trois axes majeurs :
-une théorie des remaniements pulsionnels avec un usage précis de la catégorie de l'objet partiel, situé par Jean-Jacques Rassial et comme reste de discours et comme objet cause de désir. D'un mode à l'autre de la confrontation à l'objet, il y a pour l'adolescent stase, l'orientation topologique du corps donné par la voix puis par le regard devant être réappropriée par le jeune au-delà d'une mort de l'image
- une théorie du surmoi, passage entre le surmoi féroce qui écrase le sujet et un surmoi qui tresse ses coordonnées consolatrices à l'idéal
- une théorie du passage d'un Autre (l'autre parental), à un Autre barré (Autre de l'autre sexe), avec ce que cela implique de l'appropriation du fantasme et de l'orientation dans le fantasme pour ces jeunes sujets qui passent ainsi de l'âge de la raison à l'âge de la passion. Le travail de l'auteur peut ici être lu avec celui de S. Lesourd : Adolescence rencontre du féminin. A croiser le travail de ces deux auteurs, on en vient à dégager un modèle de la crise chronologique et logique de l'adolescence. L'adolescent va tenter de décoloniser son corps des messages et traces qu'y avaient déposés le narcissisme maternel. Cette tentative peut être plus drastique, parfois plus ravageuse pour les filles (anorexie). L'organisation infantile, les scènes infantiles seront mises à mal par la survenue de la sexuation génitale du corps, l'irruption du corps sexué dans la psychosexualité, s'en déduit aussi le passage avais-je souligné du roman familial au "mythe individuel du névrosé". A l'adolescence, le sujet est confronté à la logique phallique mais aussi à son au-delà : la part autre de la jouissance (ce dernier apport théorique a surtout été formalisé par S. Lesourd).

En la compagnie restreinte de quelques psychanalystes lacaniens, comme Lebrun ou surtout Stoïanoff-Nenoff, Jean-Jacques Rassial promeut un usage inventif et rigoureux de la topologie pour approfondir et nouer ces lignes de recherche. Il sait alors convaincre et démontre à quel point la mise en affolement du symbolique et de l'Imaginaire se fait par un autre mode de confrontation de l'Adolescent au réel, ce qui rend compte des moments où les actes sont pour un temps irruptifs et "hors discours" (je relie la construction de J-J. Rassial à l'hypothèse d'une pulsion anarchique). Ainsi écrit l'auteur "se conçoit l'accès à la génitalité comme au symptôme en tant que résolution de la crise de l'adolescence, comme crise de l'être du fait de l'émergence du réel et de la structure"(p.137).
Le lecteur pourrait en conclure que nous sommes en face d'un ouvrage très sophistiqué et réservé aux heureux initiés du borroméen, aux aficionados de la topologie. Rien de cela. Ce que j'apprécie aussi dans ce livre est la façon extrêmement clinique et vivante dont l'auteur sait exposer, en des termes qui donnent à penser, comment se situe l'adolescent par rapport au champ de la demande, comment un psychanalyste aussi rencontre ce qu'il en est de la crise de l'adolescent elle-même emboîtée dans des crises ou des tournants de l'histoire, du lien social et de ses discours.

Le terme même de passage renouvelle et rafraîchit notre pensée très vite automatiquement encombrée de références à la notion commode et souvent brumeuse "d'entre-deux", dès qu'il s'agit de sujets en passage (adolescents mais aussi exilés). Comment l'adolescent peut-il faire valoir sa capacité à la liaison et à la relance non folle du désir ? La question est anthropologique aussi car la rencontre en l'adolescent et la culture valide et est validé par des dispositifs métaphorisateurs et symbolisateurs, des espaces de médiation respectueux de la dimension tierce de la parole.

Il revient aux cliniciens d'établir qu'une telle question est souvent mise à nue dans le symptôme ou le passage à l'acte de certains jeunes, et qu'on lui  doit de la recueillir dans sa dignité de demande potentielle. C'est du moins le sens du travail de quelques analystes qui savent que si le sujet de l'inconscient n'a pas d'âge, une subjectivation nécessite des ruptures, des passages, et du  temps. Un livre rigoureux et riches en avancées propres à donner droit de cité dans le champ de la psychanalyse (en tant que théorie mais aussi comme méthode et comme cure) à la réalité psychique de l'oeuvre adolescente.

5/ "L'illégitime violence (la violence et son dépassement à l'adolescence)" sous la direction de François Marty (Éditions  Erès, 1997)


La violence est un signifiant fréquemment utilisé par de multiples disciplines des sciences humaines à l'heure actuelle. L'usage du mot a augmenté de façon inflationniste avec l'accroissement des travaux sur l'adolescence.


Cet ouvrage à plusieurs voix envisage la violence à l'adolescence sous des abords spécifiques qui n'avaient pas été traités jusqu'alors. Ce n'est pas un livre supplémentaire sur la délinquance, dont les médias nous parlent tant. Il s'agit plutôt d'un ouvrage qui fera référence sur les mécanismes psychopathologiques qui sous-tendent la violence à l'adolescence. La violence est perçue dans sa dimension d'organisation de la vie psychique et de socialisation de l'être humain. La violence est interrogée dans son lien à la pulsion de mort, mettant en question son caractère fondamental. Il s'agit de chercher les voies d'un dépassement possible de cette violence au-delà de son aspect maturatif et structurel. La violence n'est pas ici idéalisée mais plutôt dépliée dans ses divers aspects et ressorts psychodynamiques, dans ses formes d'expression qui varient considérablement d'un sujet à l'autre. Le sous-titre de l'ouvrage la violence et son dépassement illustre l'aspect constructif, structurant de l'expression de la violence, cap de passage obligé de certaines adolescences. Cependant, le titre de l'ouvrage nous inciterait à envisager une certaine légitimité de la violence, mais cela ouvre un autre débat.


Le trauma de la puberté est ici envisagé comme une violence interne subie d'une grande intensité mettant en péril le précaire équilibre narcissique de l'adolescent. Cet insensé des transformations pubertaires donnent à l'adolescent le sentiment d'être agi par ces transformations. D'où l'hypothèse que la violence serait liée aux effets de cette violence interne. Un des auteurs propose que le refoulement des fantasmes incestueux et parricides constitue la source de l'élaboration de la violence pubertaire qui doit s'appuyer sur les capacités internes de l'adolescent mais aussi sur le soutien narcissique parental. Des plumes à l'écriture claire nous enrichissent de leur expérience clinique et de leurs élaborations théoriques : Claude Balier, Annie Birraux, Philippe Gutton, Philippe Jeammet, Roland Gori .... que François Marty a eu l'heureuse initiative de réunir dans cet ouvrage. Celui-ci, clair, concis et abordable par tout lecteur, fera probablement référence et deviendra un précieux outil de travail et de réflexion pour les cliniciens, les thérapeutes, les travailleurs sociaux et les acteurs du monde judiciaire.

6/ "Dieu, l'adolescent et le psychanalyste. Fonctions du religieux et processus d'adolescence" de Odile Falque. Editions L'Harmattan.

Si pour certains chrétiens ou certains psychanalystes, psychanalyse et religieux s'opposent, voire même s'excluent, pour Odile Falque, sa reflexion sur ce thème  a trouvé son origine dans sa pratique de psychanalyste. A la question : "Qui suis-je ?" posée par Oedipe et reprise par l'adolescent, la religion chrétienne donne une réponse qui n'est pas sans interaction avec la problématique oedipienne. "Dieu, l'adolescent et le psychanalyste : la scène se joue dans l'investissement des figures du religieux infiltrées d'imagos parentales et permettant leur déplacement". Ce livre, d'une grande sincérité, permet une confrontation intéressante entre le processus d'adolescence et la religion.

7/ "L'adolescent en art-thérapie" de Jean-Luc Sudres. Editions Dunod.

Jean-Luc Sudres nous propose avec ce livre un vision approfondie sur cette pratique mal connue, l'art-thérapie. Une première partie historique et conceptuelle permet de mieux saisir les indications, les objectifs et les stratégies cliniques. A travers des vignettes cliniques et des repro-ductions de dessins ou moulages, Jean-Luc Sudres nous  offre un éclairage important sur cette forme de thérapie qui conjugue créativité et prise en charge particulière d'adolescents parfois en rupture.  Le livre se termine  sur des pages pra-tiques d'une grande utilité (associations, formations, filmo-graphie, publications, index...).

8/ "Adolescence et psychanalyse : une histoire" sous la direction de Maja Perret-Catipovic et François Ladame.

Dans l'utile collection Textes de base en psychanalyse, Maja Perret-Catipovic et François Ladame nous proposent des contributions originales  qui offrent une synthèse actuelle de la compréhension psychanalytique du processus d'adolescence et de ses avatars. Le lecteur y trouvera  des articles traduits pour la première fois  en français qui représentent une référence incontournable dans ce domaine.

9/ "Adolescences" sous la direction de Philippe Jeammet. Fondation de France, Syros, 1997.

Cet ouvrage sous la direction de Philippe Jeammet, rassemble les contributions de spécialistes des adolescents autour de thèmes comme "amours", "troubles" ou encore "transformations", "générations" ainsi que "confrontations". Les grandes lignes directrices de cette période de la vie sont ainsi tracées et est expliqué ce qui peut, à un moment ou un autre, freiner ou altérer un développement harmonieux. Il ne s'agit pas de "recettes" éducatives ni de propos d'experts détenteurs d'une vérité mais de confrontations pour dédramatiser la perception de l'adolescence et réaffirmer les ouvertures dont elle s'accompagne.

10/ "L'adolescence n'existe pas" de P. Huerre, M. Pagan-Reymond et J-M.?Reymond. Editions O. Jacob, Opus.

Réédité en version poche, ce livre est une contestation du concept d'adolescence. Au fil d'une remar-quable étude historique, les auteurs dénoncent ce concept. C'est une démarche enrichissante et vivifiante. Je reprendrai Marcel Proust cité par Jean Bernard dans la préface :"C'est avec des adolescents qui durent un assez grand nombre d'années que la vie fait ses vieillards".

11/ "Les adolescents difficiles et leurs parents" de Jos Peeters. Editions De Boeck&Belin.

S'inspirant de l'approche de G. Patterson, Jos Peeters propose pour les jeunes en difficulté une approche familiale complète basée sur le développement des compétences parentales. De façon concrète, étape par étape, l'auteur explique comment améliorer les intéractions immédiates entre parent et adolescent.

REVUES

1/ Adolescence

La revue Adolescence a été fondée en 1981 par Philippe Gutton qui en est le directeur. Depuis cette date, elle a délimité un espace de recherche et de confrontation original en psycha-nalyse, psychopathologie et sciences humaines autour des troubles psychiques à l'adolescence, dimension qui avait été trop longtemps méconnue auparavant. Certes, c'est l'urgence à apporter des réponses en psychiatrie et en technique des psychothérapies qui a suscité l'émergence de ce nouveau pôle d'élaboration, mais très vite la revue a constitué un outil de théorisation de niveau élevé sachant anticiper les questions cliniques.

L'orientation est clairement freudienne mais laisse une large place aux approches susceptibles d'éclairer les difficultés et comportements des adolescents d'aujourd'hui dans une société et une culture en crise. Ainsi récemment de nouvelles rubriques sont apparues : la rubrique "à propos" explore l'actualité à chaud (dans les deux derniers numéros Le temps de la menace (n°30) et Violence (n°31), par exemple, des articles sur la violence à l'école écrits par des enseignants, des interviews d'une responsable du Conseil supérieur de l'audiovisuel sur la violence à la télévision et d'une responsable de la brigade de protection des mineurs sur la délinquance, un texte sur l'Algérie), la rubrique  Histoire  publie des textes inédits (ainsi l'article  Recherches sur la délinquance de 1943 de Winnicott) et des articles à proprement parler de recherche historique (les révoltes d'adolescents au milieu des années 1820 sous la Restauration), les rubriques  Lecture, Epidémiologie  et Formation au travail psychanalytique avec l'adolescent complètent ce dispositif de prise directe sur un présent en mouvement. Mais la perspective centrale de la revue reste celle d'une reproblématisation de la psychanalyse et de la psycho-pathologie : les troubles psychiques à l'adolescence constituent un carrefour où se croisent la névrose, la psychose et les pathologies ni névrotiques, ni psychotiques, qui peuvent ainsi être mieux considérées dans leur évolutivité, leur complexité et leur articulation structurale. Loin de toute réification d'un moment du développement, Adolescence a l'ambition de contribuer au travail devenu aujourd'hui nécessaire tant à la fois de questionnement et de renforcement de la conceptualité analytique.

2 numéros par an. A paraître : Expériences d'amour (32). Dire (33).

Éditions GREUPP, 9 rue Vaneau, 75007 Paris.


2/ Enfances&Psy


Cette revue s'intéresse à tous les âges de l'enfance -depuis le désir d'enfant jusqu'à la fin de l'adolescence- L'équipe se constitue autour de Patrice Huerre, Didier Lauru, Jean-Louis Le Run, Laurent Renard -les quatre pédopsychiatres à l'initiative du projet- une équipe où travaillent ensemble un psychologue (Jean-Claude Cébula), une juge aux affaires familiales (Danièle Ganancia), une pédiatre (Caroline Rey), une psychomotricienne (Alexandrine Saint-Cast), une puéricultrice (Elisa Guises), une conseillère d'orientation- psychologue (Ginette Francequin) et des psychiatres (Jean-Philippe Raynaud, Gisèle Danon, Annick Le Nestour). Centrée sur la dimension psychique, ces professionnels proposent de partager leurs savoirs et leurs réflexions, d'échanger les informations, d'expliquer leurs pratiques, voire d'en débattre.

Enfances &Psy  a pour vocation de rendre compte du développement du travail en réseau, de la confrontation des approches des différentes disciplines : éducative, scolaire, judiciaire, sociale, pédiatrique, etc.

Chaque dossier (à l'exception des deux premiers) est réalisé par un tandem composé d'un "psy" et d'un "non psy". Le projet a reçu  le soutien actif de la Fondation de France ainsi que de l'Institut Mutualiste Montsouris.
Les thèmes des premiers numéros :
Questions d'origines.Qu'est-ce que bien traiter ? Filles, garçons.
4 numéros par an. A paraître : L'enfant écartelé. Souffrance et douleur. Les cultures des enfants.

Editions Érès, 11 rue des Alouettes,
31520 Ramonville St-Agne.
Tél. : 05 61 75 15 76.
Fax : 05  61 73 52  89.


3/ La Psychiatrie de l'enfant


Créée par J. de Ajuriaguerra, R. Diatkine et S. Lebovici, cette revue a une orientation résolument psycha-nalytique. Mais elle se veut ouverte à la publication de travaux et de mémoires provenant de disciplines diverses : biologie et neuropsy-chologie, génétique, sociologie et ethnopsychiatrie. Les comptes rendus de recherches cliniques et épidémiologiques y sont également bienvenus, à condition qu'ils soient l'objet d'une discussion suffisante. En effet, les travaux retenus font l'objet d'une sévère sélection assurée par un comité de rédaction qui, en fait, dirige la politique de la revue. Il associe actuellement les noms de : Mady Brenot, Catherine Chabert, Paul Denis,  René Diatkine, Bernard Golse, Jacques Hochmann, Philippe Jeammet et Serge Lebovici.

La Psychiatrie de l'enfant ne fait aucune annonce, ni analyse de livre : tout au plus se saisit-elle d'un problème d'actualité en réunissant plusieurs livres dont la lecture permet au commentateur d'appréhender l'actualité d'un problème. Ce fut le cas pour l'autisme et les psychoses de l'enfant, comme pour ce qui concerne la psychothérapie familiale. Cette revue ne traite pas de thème central, mais préfère publier des mémoires cliniques ou des articles abordant des problèmes de méthodologie ou de technique.

Sa renommée internationale l'amène à accepter des articles étrangers, ce qui permet aux lecteurs francophones de suivre l'actualité scientifiques dans ses aspects les plus intéressants ou parfois les plus spectaculaires. La rigueur de la sélection, en raison du nombre important et croissant des travaux proposés, permet de suivre de près les thèmes qui préoccupent la com-munauté scientifique. Les troubles de l'adolescent font également l'objet d'études approfondies à partir des recherches entreprises, par exemple en France sur les troubles du compor-tement alimentaire.  Des mono-graphies sur des thèmes d'actualité : les abus sexuels, les suicides de l'adolescent.

Presses Universitaires de France
BP 90. 91003 Evry Cedex.
Tél. : 60 77 82 05.
Fax : 60 79 20 45.

4/ Neuropsychiatrie de l'enfant et de l'adolescent

C'est l'organe officiel de la Société de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent. Le Rédacteur en chef est le Pr Michel Basquin. Cette revue a huit numéros par an dont quatre numéros doubles consacrés à un thème unique. Le dernier (5-6, mai-juin 98) s'intitule Pédiatrie et Psychiatrie "Les années Collège". Sur un sujet original, de très intéressantes contributions.

Éxpansion Scientifique Française,
15 rue Saint-Benoit, 75278 Paris.
Tél. : 01 45 48 42 60.

5/ Les Cahiers du Collège International de l'Adolescence.

Le Collège International de l'Adolescence a publié un premier numéro sous la direction de François Marty intitulé L'adolescence dans l'histoire de la psychanalyse.
A paraître : Textes fondamentaux sur la délinquance.

CILA, Marie-France de Margerie, 68 avenue Jean Moulin, 75014 Paris.
Tél. : 01 45 39 85 75.