La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°114 - Page 42 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Mardi 23 février 1866 - Alors que Sigmund Freud a presque 10 ans, la Neue Freie Presse (Vienne) publie dans sa chronique judiciaire : "Au banc des accusés : Josef Freud, né à Tysmienetz (Galicie), quarante ans, commerçant, et Osias Weich, né à Wisnek (Bukovine), quarante ans, commerçant. De l'accusation portée par le Procureur général, ressortent les faits suivants : en mai 1865, Josef Freud demanda au commissionnaire Simon Weiss de lui indiquer une personne susceptible d'acheter 100 billets de cinquante roubles, quelqu'un désirant les vendre à bas prix, vu que c'étaient des faux. Weiss feignit d'accepter, se fit délivrer un exemplaire des faux billets et partit en prétextant qu'il allait à la recherche d'un acheteur. Muni du faux billet, il alla à la police. Puis il donna rendez-vous à Freud à l'hôtel Victoria et lui acheta 400 billets de cinquante roubles contre lesquels il reçut 200 florins à titre d'arrhes. Le solde devait être versé à la livraison de la marchandise, mais lorsque Weiss vint en prendre livraison, Freud fut appréhendé par les forces de sécurité alors qu'il était porteur des faux billets."

Jeudi 18 février 1926 - Freud écrit à Enri Morselli : "C'est avec des sentiments non mitigés, avec une satisfaction totale, que j'ai lu votre opuscule sur la question sioniste et me suis réjoui de voir avec quelle sympathie, quel sens de l'humain et quelle compréhension vous avez su prendre parti dans cette affaire embrouillée par les passions humaines. Je me sens obligé de vous en remercier personnellement. Je ne sais pas si votre jugement est justifié quand vous considérez la psychanalyse comme un produit direct de l'esprit juif, mais si c'est le cas, je n'en serais pas honteux. Bien que je me sois détaché depuis longtemps de la religion de mes ancêtres, je n'ai jamais perdu le sentiment de solidarité envers mon peuple et je vois avec satisfaction que vous vous dites l'élève d'un homme de ma race - le grand Lombroso."

Mardi 21 février 1950 - Sacha Nacht fait une intervention lors de la Réunion scientifique et administrative de la SPP : "Le Dr Lebovici semble s'être appliqué à vouloir mettre en valeur l' "insuffisance de la psychanalyse". Cette "insuffisance", d'après lui, apparaitrait dans une prétendue ignorance du fait social et du fait économique par "les"psychanalystes, dans la genèse et la cure des troubles psychopathologiques d'une part, et, d'autre part, dans la faiblesse doctrinale de la psychanalyse (..) Ceci dit, puisque le Dr Lebovici pense que la véritable cause de l'énurésie nocturne se trouve dans les conditions d'habitat misérable auxquelles sont condamnées les familles qui vivent dans les "taudis", puis-je lui demander s'il a établi des statistiques qui démontreraient que ce mal ne se rencontre que dans les classes pauvres, ou que les riches en sont indemnes ou tout au moins proportionnellement moins atteints ? Quant à la critique faite à la doctrine psychanalytique, elle me paraît dénuée de toute consistance (.) Le Dr Lebovici veut-il seulement montrer que certaines conceptions de Freud concernant le rôle du traumatisme primaire, ou de la réalité des traumatismes infantiles ou de la prééminence du complexe d'Oedipe sont à réviser ? Mais ce travail a été fait depuis longtemps par Freud lui-même et d'autres l'ont suivi dans cette voie. Enfin, puisque sur ce plan le Dr Lebovici ne nous apporte rien de neuf, puis-je au moins lui demander quelle est l'incidence des facteurs économiques sur lesquels il insiste tant dans ses activités psychanalytiques? Comment intègre-t-il, lui, le fait social et économique dans le traitement psychanalytique ?"