La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°117 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Vendredi 29 mai 1874 - Une lettre à Martha raconte son entretien avec le Professeur Nothnagel : "Il commença par dire qu'étant fiancé et âgé de vingt-huit ans, je ne voulais sans doute pas de fiançailles se prolongeant encore cinq ou six ans. "Non. - Alors je pense que le mieux pour vous serait d'aller dans une ville de province, de vous y constituer un capital et ensuite, par exemple quand Breuer se retirerait, de revenir à Vienne" (J'ai pensé aussitôt : "Puisse mon ami Breuer continuer encore à travailler pendant des années sans penser à la retraite.") "Vous savez combien il est difficile de réussir à Vienne et comme nos collègues sont accablés du matin au soir pour gagner à peine de quoi vivre... Il me semble que ce serait une bonne idée que de s'expatrier. Je pourrais vous donner des recommandations pour Buenos Aires où est installé un de mes anciens assistants, ou pour Madrid où j'ai beaucoup de relations. - Oui, je pense aussi à partir, mais malgré tout, je voudrais d'abord essayer de voir si cela ne pourrait pas marcher ici... - Si vous voulez rester à Vienne, il ne faut pas que vous comptiez pouvoir vous établir, dans le meilleur des cas, avant trois ans. Et si alors vous êtes malgré tout obligé de partir, tout sera à reprendre depuis le début. De combien d'argent pensez-vous avoir besoin, pour commencer ? - Je pense pouvoir commencer avec trois mille florins." - Puis Nothnagel a repris : "En somme, l'idée de l'électrothérapie n'est pas mauvaise, il y a encore une place à prendre... Continuez donc à travailler tranquillement, mais vos travaux antérieurs ne vous seront d'aucune utilité. Les praticiens - et c'est d'eux que tout dépend - sont des gens prosaïques qui se diront : "A quoi me servira-t-il que Freud connaisse l'anatomie du cerveau ? Cela ne l'aidera pas à traiter une paralysie radiale." Il faut leur montrer que vous le pouvez aussi, il faudra faire des conférences à l'Association médicale et publier des observations cliniques."Je lui dis que tout cela était bien dans mes intentions et que j'étais en train d'écrire ce genre d'articles... A ce moment nous étions arrivés devant sa maison. Il me dit : "Au revoir, mon cher Freud." Je le remerciai et continuai mon chemin, le coeur un peu serré. Tous ces beaux conseils, j'en avais fait le tour depuis longtemps... La seule chose qui eût quelque valeur pour moi, l'assurance qu'il m'enverrait des malades, il ne me l'a pas donnée... Là-dessus, je suis allé chez Breuer qui n'était pas venu au Club, pour me remettre de ma déception. Breuer et sa femme sont tous deux des amis délicieux, bons et compréhensifs. Nous avons bavardé jusqu'à une heure. Elle insiste toujours pour que je loue bientôt un petit appartement et que je pose une plaque, une seule plaque, une belle plaque."

Mardi 2 mai 1923 - Lou Andreas-Salomé écrit à Freud : "Le mois de mai commence pour vous de manière plus agréable que ce que vous avait porté cet horrible mois d'avril ; dans une certaine mesure, sinon tout à fait, ses conséquences auront cessé, encore que je ne pense pas que l'on vous offre, couronné de fleurs, un énorme et excellent cigare. Car c'est de cet instant que vous dateriez votre complète guérison. C'est justement pendant que vous souffriez et que vous aviez à supporter toutes ces incommodités que vous auriez eu le plus besoin du plaisir stimulant de fumer - c'est vraiment une indignité du destin que les deux se soient rencontrés en un même point ; c'est déjà assez pénible en soi que la bouche devienne le siège d'une souffrance, c'est l'endroit du corps humain le plus impossible à panser et chaque respiration rappelle l'existence de la plaie. Comme ce serait plus magnifique de choisir comme théâtre d'une plaie le gros orteil... J'avoue piteusement que, pour moi, la douleur physique est ce qu'il y a de pire."

Lundi 29 mai 1950 - Lors de la XIIIème conférence des Psychanalystes de Langue Française sur le thème : "La psychanalyse et la criminologie", la Princesse Marie Bonaparte intervient : "Le fond si nourri et d'une si vaste érudition mais souvent si abstrait, et la forme si subtile du rapport de M. Lacan, lu d'ailleurs avec une si magistrale et charmeresse élocution, m'ont empêché d'en saisir sans doute toutes les finesses et m'interdisent par suite de discuter en détail."