La Revue

Conclusions : attaques du corps et diversité des mises en scène
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°183 - Page 35 Auteur(s) : Bernard Golse
Article gratuit

Les différentes contributions qui composent ce dossier ont été un temps fort du congrès de l’AEPEA (Association Européenne de Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent) à Bruxelles, en mai dernier. Il me semble qu’elles reflètent efficacement la vitalité de la psychopathologie qui ne peut pas, et qui ne doit pas, faire figure d’assiégée, écartelée entre le pôle neurodéveloppemental (endogène) et le pôle traumatique (exogène). De ce point de vue, ces contributions permettent d’évoquer des problématiques complexes où, bien évidemment, se nouent étroitement des déterminants internes et des déterminants externes : le corps de l’enfant psychotique, les dépendances sexuelles, la féminité, les scarifications et l’anorexie mentale, dont on voit bien à quel point elles soulignent l’actualité du concept freudien de « série complémentaire » qui avait, en son temps, marqué une véritable mutation épistémologique - en permettant d’échapper à la linéarité du modèle médical - et qui joue indéniablement, aujourd’hui, comme l’ancêtre de notre modèle polyfactoriel actuel (S. Freud, 1915/17).

Ce que j’aimerais souligner ici, c’est l’aspect désormais essentiel de la prise en compte du langage du corps et de l’acte pour l’avenir de la psychanalyse, en ajoutant que c’est sans doute l’un des grands mérites du bébé que de nous avoir ouvert cette nouvelle perspective (B. Golse, 2006). Comme nous avons tenté, avec René Roussillon, de le montrer dans notre ouvrage sur La naissance de l’objet (B. Golse et R. Roussillon, 2010), le langage du corps et de l’acte ne se situe pas toujours, et pas seulement, du côté de la défense et du refoulement. Même lorsque le sujet a accédé au langage verbal, il y a certains matériaux psychiques qui continuent à vouloir se dire et à vouloir s’exprimer par le biais du canal préverbal, comme pour témoigner du fait qu’ils renvoient à des événements de l’histoire précoce du sujet, événements ayant eu lieu quand il était encore un infans, en deçà des mots.

Le langage du corps et de l’acte demande alors à être tout autant « écouté » que le langage verbal, en tant que témoin d’une histoire passée, et la psychanalyse s’amputerait d’une grande part d’elle-même en continuant à trop le négliger. Les attaques sur le corps font partie de ce langage de l’acte, et si le premier Moi est bel et bien un Moi-corps, alors ces attaques ont véritablement valeur de figurations corporelles proto-symboliques d’une attaque de la pensée préverbale par elle-même. Manière de dire que la haine de la pensée envers la pensée n’attend pas, tant s’en faut, le langage verbal pour se représenter et se mettre en scène au niveau de ce que J. Mc Dougall appelait nos « théâtres du corps » (J. Mc Dougall, 1989)

Pr Bernard Golse
Pédopsychiatre, psychanalyste (Membre de l’Association Psychanalytique de France) / Chef du service de Pédopsychiatrie de l'Hôpital Necker-Enfants Malades (Paris)
Professeur de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'Université René Descartes (Paris 5)
Président de l’Association Européenne de Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent (AEPEA)
bernard.golse@nck.aphp.fr

Références bibliographiques

J. Mc Dougall (1989), Théâtres du corps, Editions Gallimard, Paris.
S. Freud (1915-17), Point de vue du développement et de la régression – Etiologie, 319-336, Les modes de formation de symptômes, 337-35, in Introduction à la psychanalyse (S. Freud), Petite Bibliothèque Payot, 1982.
B. Golse, L’Être-bébé (Les questions du bébé à la théorie de l’attachement, à la psychanalyse et à la phénoménologie), P.U.F., Coll. « Le fil rouge », Paris, 2006.
B. Golse et R. Roussillon, La naissance de l’objet, PUF., Coll. « Le fil rouge », Paris, 2010.