La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°185 - Page 54 Auteur(s) : Alain Mijolla de
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Mardi 12 décembre 1885 -  Lettre de Freud à Martha « Très chère et très honorée petite Princesse, Votre Altesse pense-t-elle réellement qu'il soit si facile de s'arracher à Paris ? Ne vous effrayez pas, j'arriverai à Hambourg le 21 au matin et retournerai tout de suite à Paris. "Mais qu'est-il donc arrivé, grand fou ?" Rien, ma petite femme, si ce n'est que Charcot m'a pris à part ce matin pour m'annoncer : "J'ai un mot à vous dire." Après quoi, il m'a fait savoir qu'il consentait volontiers à ce que je traduise en allemand son tome III et non seulement la première partie qui a déjà paru en français mais encore la seconde qui n'a pas encore été imprimée. Es-tu contente ? Moi, je l'ai été. Voilà encore une très bonne chose qui me fera connaître des médecins et des malades, à Vienne et en Allemagne, et qui vaut la peine d'y consacrer quelques semaines et de dépenser quelques centaines de florins ; elle me rapportera aussi quelques centaines de florins. C'est vraiment de bon augure pour l'exercice de ma profession. »

Vendredi 20 décembre 1927 - Lettre de Freud à Max Eitingon : « Je m’attends tout aussi peu que vous à ce que les publications de Mme Klein aient de la valeur et soient impeccables, et je trouve regrettable de dépenser les quelques dollars que nous venons d’obtenir grâce au travail d’Anna pour publier les œuvres complètes de son adversaire déloyale. Mais elle a face à nous une forte position, elle le sait vraisemblablement et s’en sert car nous devons éviter non seulement le népotisme, mais aussi son apparence. Il nous faut donc être plus prudent avec elle qu’avec une autre. On peut peut-être négocier quelque chose, l’inciter, compte tenu du peu de chances qu’aurait un ouvrage en plusieurs volumes, à se contenter d’un livre pas trop hypertrophié auquel pourra succéder un deuxième si le monde des lecteurs veut avaler le premier. Une invitation à rester tout de même à la Hogarth Press où elle passe, à Londres, pour une grande autorité, ne sera sans doute pas accueillie comme une réaction très aimable. »

Vendredi 20 décembre 1949 - Lettre de Françoise Dolto à Mme François Jacquemin, de la revue Offertoire : « Après avoir pris connaissance de votre revue, je m'aperçois qu'elle est dans son ensemble d'un esprit tout à fait opposé à celui dans lequel je pourrais vous écrire l'article que vous me demandiez. Aussi je regrette de vous décevoir mais je vous prie de ne pas compter sur mon article. Cela va sans doute vous étonner mais l'esprit de votre revue est tout entier consacré à l'oblation du veuvage. Le titre même ainsi que tous les articles impliquent l'installation pour le reste du temps à vivre d'une veuve dans une situation de fait à la mort du conjoint. Cette épreuve est envisagée comme devant entraîner une surcompensation de la souffrance humaine naturelle dans le rapprochement de la veuve des autres femmes qui ont vécu la même épreuve, comme si le rapprochement momentanément compréhensible en vue d'entraide devait ensuite se prolonger, une fois terminé le travail psychologiquement éprouvant du deuil. J'ai vu qu'il était même recommandé aux veuves la fidélité post-mortem au mari comme si celui-ci les attendait au seuil de la mort, jaloux de leur corps par-delà la séparation, le port du deuil vestimentaire recommandé comme servant à éloigner les assiduités masculines (alors que psychologiquement c'est une erreur d'ailleurs). La situation du veuvage remet une femme dans le vaste monde et l'oblige à résoudre à nouveau le problème de sa sexualité et de son affectivité. »

Alain de Mijolla
ademijolla@free.fr