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Le psychodrame psychanalytique : Le psychodrame de supervision
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°102 - Page Auteur(s) : Marc Hayat
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La supervision d'un psychodrame est chose complexe. L'analyse de l'évolution du fonctionnement psychique du patient en lien avec les mouvements transféro-contretransférentiels du meneur de jeu et les transferts latéraux induits par la présence des co-thérapeutes doit se faire en portant un regard sur le fonctionnement des groupes : du groupe des thérapeutes et du groupe du psychodrame dans son ensemble incluant les thérapeutes, le patient voire l'entourage du patient sous la forme d'imagos. La technique consiste à proposer au meneur de jeu et aux co-thérapeutes de jouer une scène concernant le patient, directement en rapport ou non avec une séance du psychodrame thérapeutique. Le superviseur-meneur de jeu peut "envoyer" pendant la scène un acteur jouer le rôle d'un membre de l'entourage du patient. Il est intéressant de constater que lorsque le meneur de jeu joue le rôle du patient dans le psychodrame de supervision, il a tendance à l'imiter par son accent, ses tics de langage, ses mimiques, ses attitudes. Plusieurs psychanalystes (P. Israël, J.J. Baranès) ont attiré notre attention sur ces phénomènes d'attitudes et de postures particulièrement importants pour ces patients, présentant des troubles de la symbolisation. Lorsque dans une scène de psychodrame de supervision le meneur de jeu joue le rôle d'un patient en le figurant par le biais d'une légère imitation, cela permet à tous les thérapeutes de renforcer leurs mouvements d'empathie et d'identification. Ils opérent alors ensemble le mouvement de régression nécessaire pour apprécier le niveau de symbolisation le plus adéquate avec les capacités actuelles du patient, "pour que la greffe prenne" (De M'Uzan). Les affects suscités par le patient jusque là contenus s'expriment dans le groupe. Cette circulation d'affects unifie le groupe en une matrice contenante, en lui donnant un vécu que l'on pourrait rapprocher de la préoccupation maternelle primaire de D.W. Winnicott. Le psychodrame de supervision, dans le va-et-vient qu'il permet entre les deux espaces de jeux -le psychodrame thérapeutique et le psychodrame de supervision- permet semble-t-il plus rapidement que dans un processus de supervision habituel aux thérapeutes de mobiliser les limites de leur moi pour pouvoir communiquer avec ce patient. Il favorise l'appropriation du patient dans le sens que Ferenczi donne à l'introjection : inclure dans la sphère d'intérêt du groupe du psychodrame une part aussi grande que possible du monde du patient grace à l'introduction dans le jeu d'un membre de l'entourage du patient sous forme d'imagos. On sait la difficulté pour le meneur de jeu de prendre en compte l'ensemble des problématiques qui se posent à lui au cours d'une séance de psychodrame : le maintien du cadre, l'analyse du fonctionnement psychique du patient, de ses mouvements transféro-contretransférentiels et des transfert latéraux des cothérapeutes, l'écoute des interprétations des acteurs dans le jeu tout en opérant la nécessaire régression formelle pour mobiliser les limites de son moi. Ces difficultés peuvent l'obliger à avoir une attention trop soutenue, le privant, en partie, de ses capacités associatives pré-conscientes, les processus de secondarisation apparaissant comme des mécanismes de défense. C'est dans le jeu de la supervision, que le meneur de jeu peut mobiliser les limites de son moi, laisser s'activer son système préconscient, abandonner différents types de défense, larguer les amarres théoriques, et retrouver un espace de créativité pour pouvoir rencontrer le patient. Ces difficultés de figuration chez le meneur de jeu, ces troubles passagers de symbolisation, peut-être fonctionnels en réponse au fonctionnement psychique de ces patients présentant de graves carences narcissiques et des troubles de symbolisation, peuvent se rencontrer chez d'autres thérapeutes dans des situations comparables, comme par exemple les membres des équipes de soins palliatifs. Le psychodrame de supervision a pu être utilisé avec succès. Enfin, nous connaissons ces cures individuelles qui stagnent, s'enlisent dans le récit, séance après séance, d'un matériel factuel sans qu'il soit possible de l'articuler avec la vie sexuelle infantile du patient, rendant presque impossible toute interprétation. Il s'agit souvent de cures engagées un peu rapidement avec des patients au fonctionnement psychique marqué par un traumatisme. Là aussi, le thérapeute peut rencontrer des troubles passagers de symbolisation, fonctionnels, en réponse à la pauvreté de figuration et de symbolisation du patient. Le psychodrame de supervision accueillant le thérapeute et son patient est alors utilisé comme méthode de "dégagement". Le regard du psychodrame de supervision se portant en même temps sur les problématiques groupales et sur le fonctionnement psychique individuel de chaque participant au groupe -thérapeutes et patient- le met dans une position méta-thérapeutique.