La Revue

Le psychodrame psychanalytique : Les rencontres de Ville d'Avray
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°102 - Page Auteur(s) : Patrick Delaroche
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Pendant quinze ans (1980-1995), quatre-vingts psychanalystes appartenant à toutes les Écoles (de la SPP à l'École de la Cause.) se sont réunies pour discuter de leur pratique du psychodrame individuel. La passion des discussions reflétait, pour ceux qui y ont assisté, le plaisir de jouer et celui de guérir. Car dès que le jeu se met en place, tel patient muré l'instant d'avant dans la rigidité catatonique, tel autre figé par l'inhibition névrotique se mettent à vivre et à parler. Longtemps, la discussion a porté sur les liens entre le psychodrame et la psychanalyse. Pour les uns, le psychodrame psychanalytique individuel est assimilé à une cure, et d'ailleurs la théorie en est la même. Pour d'autres, au contraire, le psychodrame réunit les ingrédients d'une cure encore à venir. Au fil des ans, cette différence s'est estompée, tant il est vrai que le psychodrame individuel permet d'incarner les instances inconscientes du moi et réalise une véritable conjugaison du moi avec les pulsions, pour reprendre une expression de Michel Soulé. Citons encore, mais la place nous manque, les discussions sur l'utilisation des défenses ou la fragmentation du transfert qui ont pu montrer comment le psychodrame pouvait réussir là où la psychothérapie achoppait à cause d'un clivage trop puissant ou d'un transfert trop massif, en particulier chez les psychotiques. Ces rencontres ont repris en 2004 avec comme thème Parler au psychodrame, annoncées par le colloque de la Salpetrière le 7 octobre 2000, au cours duquel on a pu voir les extraits d'un film montrant le déroulement des séances de psychodrame psychanalytique individuel, réalisé avec S. Daymas, ainsi qu'un film très émouvant, Aux sources du psychodrame, avec pour acteurs, entre autres, Serge Lebovici et René Diatkine. On y voyait un jeune patient manifestement borderline tenter de séduire une jeune cothérapeute et refuser après le jeu l'interprétation du directeur. Bref, nonobstant les cravates portées par les protagonistes, le noir et blanc, et une certaine rudesse dans le dire interprétatif, on retrouvait ce qui fait la force du psychodrame. Aussi bien à la question "y a-t-il eu des modifications techniques dans le psychodrame psychanalytique individuel depuis dix ans ?", S. Daymas répondait en 2004 par la négative. Mais le miracle de la levée du refoulement par le jeu reste une énigme théorique qui laisse place à de nombreuses rencontres.