La Revue

Hommage à Alain de Mijolla : Alain de Mijolla, mon mari et mon compagnon
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°223 - Page 33 Auteur(s) : Sophie de Mijolla-Mellor
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Né à Paris le 15 Mai 1933, Alain avait opté pour des études médicales brillamment réussies mais non sans la nostalgie de la littérature que la rencontre avec la psychanalyse allait lui permettre de retrouver. Son œuvre en porte la trace, en particulier avec ses travaux sur Rimbaud et la question des histoires de famille conceptualisées comme « identifications intergénérationnelles » que cet amoureux du cinéma allait théoriser comme « Visiteur du Moi ».

Devenu très jeune, psychanalyste titulaire de la Société Psychanalytique de Paris (SPP), Alain s’était attaché à transmettre la psychanalyse dans le cadre de l’Institut de Formation, prenant part aux débats de son institution en marquant son indépendance et son ouverture d’esprit. Il participa au groupe « Confrontations » notamment.

En 1982, il fonda avec Jacques Caïn « Les Rencontres d’Aix en Provence » réunissant tous les étés dans ce lieu qu’il aimait et dans l’atmosphère du Festival de Musique, des psychanalystes et des auteurs sur des thèmes variés et ayant à cœur d’y inviter des
collègues de diverses sociétés. Ces « Rencontres » qui eurent dix ans de vie donnèrent lieu tous les ans à la publication d’un livre collectif publiés aux éditions Les Belles Lettres.

La toute première de ces « Rencontres » sur le thème « Souffrance, plaisir et pensée » fut aussi l’occasion de la nôtre puisque Piera Aulagnier, qui était invitée mais ne pouvait s’y rendre, m’avait demandé de la remplacer. Rencontre intense et inattendue de deux inconnus qui décida en quelques mois seulement du partage de notre vie à la fois amoureuse, conjugale, familiale et professionnelle qui s’en suivit. Nous allions ainsi passer de la « rencontre » au « être ensemble » de toutes les manières possibles et œuvrer de concert pour la psychanalyse alors en pleine expansion.

La naissance de notre fils Philippe en 1984 allait renouveler l’intérêt d’Alain pour l’histoire familiale mais étendue cette fois-ci à celle de la psychanalyse et plus particulièrement à celle de Freud. En 1985 fut donc fondée l’Association Internationale d’Histoire de la psychanalyse  (AIHP) qui devait durer plus de 20 ans et, au début, publier annuellement ses travaux dans la Revue Internationale d’histoire de la psychanalyse qui eut six numéros. Mais en 2000, un nouveau chantier s’ouvrait pour ce passionné de la chose exacte, ennemi des dogmatismes en tous genres : un Dictionnaire international de la Psychanalyse en collaboration avec Bernard Golse, Roger Perron et moi-même, dont il assura pour sa part la dimension historique ainsi qu’éditoriale aux Editions Calmann-Lévy.

Se remettant après 2005 d’une grave maladie qui avait profondément modifié sa vie et ce qu’il en attendait, Alain de Mijolla revint avec plusieurs livres dans la dernière partie de son œuvre sur ses thématiques principales : l’histoire de la vie et de la pensée de Freud et le concept d’identification. Il intervenait dans de nombreuses émissions-débats pour y défendre, avec l’humour et la combativité qui étaient siennes, la cause de la psychanalyse. J’étais avec lui et ses enfants quand il s’est éteint paisiblement à 85 ans à Jeanne Garnier, le 24 Janvier 2019. Il manquera.

Pr Sophie de Mijolla-Mellor