La Revue

Hommage à Alain de Mijolla : Tous ces dimanches à Plaisir
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°223 - Page 35 Auteur(s) : Bernard Golse
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Le Dictionnaire International de la psychanalyse (Concepts, Notions, Biographies, Œuvres, Evénements, Institutions) est paru aux Editions Calmann-Lévy en 2002. Cet ouvrage a été publié sous la direction d’Alain de Mijolla en collaboration avec Sophie de Mijolla-Mellor et en lien avec un comité éditorial dont j’ai eu le plaisir de faire partie en compagnie de Roger Perron et de Jacques Angelergues.
Entre 2000 et 2002 environ, nous nous sommes retrouvés régulièrement à Plaisir où Alain et Sophie habitaient alors dans une belle maison avec un jardin et un chien loup qui assistait paisiblement à nos séances de travail.
Le lapin de leurs fils Philippe, lui, demeurait au dehors... Je garde de ces multiples dimanches un souvenir complexe mais finalement, le temps ayant passé, relativement délicieux ! Il existait entre Sophie et Alain une sorte de compétition quant à l’érudition et à la culture psychanalytique, mais cette dynamique s’avérait finalement fort intéressante et stimulante pour nous tous.

La puissance de travail d’Alain était absolument impressionnante. Rien de l’informatique ne lui résistait, rien ne l’arrêtait, il faisait tout, nous nous sentions une sorte de nains quelque peu empotés à ses côtés ! D’item en item, le dictionnaire prenait corps, les dimanches se succédaient, les après-midis se ressemblaient beaucoup, quelque part nous étions heureux...

Du plaisir à Plaisir ! Personnellement, c’est là une expérience qui m’a beaucoup appris.
Amoureux de l’histoire, de l’histoire de la psychanalyse, c’est-à-dire à la fois des psychanalystes et des concepts psychanalytiques, cette passion s’est concrétisée dans la fondation de l’Association Internationale d'Histoire de la Psychanalyse (AIHP) en 1985 et, précisément, dans la réalisation de ce dictionnaire.
La tâche semblait impossible, mais Alain en rêvait et il y est parvenu. Je suis heureux d’avoir pu l’y aider dans la mesure de mes moyens.  Alain de Mijolla se vivait parfois comme un surdoué, et il l’était probablement. On le pensait invulnérable car les années passaient sans jamais altérer sa prestance, sa vivacité d’esprit et l’harmonie de sa personne.

Il pouvait être dur, il pouvait être tendre. Son amour du travail était contagieux. Il était armé pour vivre longtemps encore et sa disparition nous surprend en nous laissant désemparés. Je crois qu’il aura été un modèle pour nombre d’entre nous, et il nous manque déjà. Merci Alain pour tout ce que tu nous as appris, tout ce que tu nous a montré, tout ce que tu as impulsé et qui, je l’espère continuera à avoir valeur d’exemple pour les plus jeunes.

Pr Bernard Golse