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Silences. Paroles de psychanalyse
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°97 - Page 20 Auteur(s) : Claude Crozon Navelet
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Silences
Paroles de psychanalystes

Dominique Platier-Zeitoun a proposé aux analystes qu'elle a rencontrés de relever une gageure et ceux qui ont accepté son invite ont aussi accepté de jouer avec leur image sous l'objectif de Sophie Périac-Daoud.

Au fil des entretiens où apparaît, nue, leur parole, puisque Dominique Platier-Zeitoun a préféré effacer ses questions et ses relances (un autre silence qui ne va pas de soi), certains semblent attentifs à dire ces choses que l'on associe au thème du silence comme : le secret, se taire, le bruit, la musique, le refoulement, l'angoisse, l'impuissance et l'impossible. D'autres acceptent franchement la rencontre, comme Jean Cournut : "Vous ne posez pas de question, votre silence aspire ma parole [.]" (p.54), Marcel Czermak livrant une anecdote personnelle (p.61), Michelle Moreau Ricaud confiant des fragments cliniques du côté de l'analyste (p.166) ou comme Jean-Pierre Winter évoquant sa vocation d'analyste (p.243-245).

"Le silence absolu, c'est la mort" dit Jacques Sédat (p.238). De fait, les déserts sont bruyants, même les cadavres font du bruit dans leur décomposition et les analystes silencieux sont, en réalité, des analystes sans vie. Le silence serait en somme un mot-masque qui désigne la mort que l'on se donne ou que l'on donne à ceux que l'on ne veut pas, que l'on ne peut pas entendre : cf. Jacques Nassif articulant le désir sans paroles à la loi sans réplique (p.201), Philippe Julien à propos de la Shoah (p.106-112) et Joyce Mac Dougall s'interrogeant sur "le silence du public devant les atrocités" (p. 148).

Jean Cournut (-L'entretien a eu lieu le 12 décembre 2002-NDLR) est, encore une fois, plus direct : "Je trouve que les analystes sont particulièrement silencieux"(p.53), à propos de ce qu'il appelle "le silence métaphorique" et il insiste : "La parole publique des psychanalystes est très silencieuse" (54), et cela en relation avec la question du déni. D'autres abordent les silences portant sur les transgressions ou les difficultés de l'exercice : la rupture de la confidentialité et le dogmatisme évoqués par J. Nassif (p.196), "L'intime et le politique" effleuré par Jean-Jacques Moscovitz (p.183) et quand Marie Moscovici parle de culot (p.176) pour avoir fait, débutante, le geste de se taire à la tribune de son association, on sent à quel point la marge de manouvre est réduite. Marianne Rabain-Lebovici (p.211) évoque le lien des psychanalystes à la musique. "La musique est une mise en forme des émotions, un mouvement affectif intense, quelque chose qui nous enrichit dans notre travail". Il y a décidément des silences qui font parler et c'est peut-être bien, après tout, ce qu'espérait la facétieuse instigatrice de cet ouvrage, oui, réellement émouvant.