La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°97 - Page 42 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Vendredi 8 mars 1895 - Freud écrit à Willhelm Fliess à propos de la malade Emma Eckstein que Fliess avait opérée quelque temps auparavant : "Je t'avais écrit que l'enflure et les hémorragies persistaient, que, brusquement une odeur fétide était apparue, et qu'il y avait un obstacle à l'irrigation. (...) Deux jours après, j'ai été réveillé le matin - il y avait de nouveau hémorragie, la douleur recommençait etc. (...) L'odeur fétide était très forte. Rosanes nettoya la région autour de la plaie, retira quelques caillots de sang et, brusquement, il se mit à tirer et, avant que l'un d'entre nous ait eu le temps de réaliser ce qui se passait, il retira de la cavité cinquante centimètres au moins de gaze. Cette extraction provoqua un flot de sang. La patiente devint blême, ses yeux étaient exhorbités, le pouls ne battait plus. Immédiatement après, cependant, Rosanes réintroduisit dans la cavité un nouveau tampon fraîchement iodoformé et l'hémorragie s'arrêta. Tout cela n'avait duré qu'une demi-minute, mais cela avait suffi à rendre la pauvre créature, que nous avions allongée, tout à fait méconnaissable. Dans l'intervalle - à savoir, par la suite - quelque chose d'autre s'était passé. Au moment de l'extraction du corps étranger et alors que tout devenait clair pour moi, immédiatement après avoir vu la malade, je me sentis mal. Le pansement fait, je me réfugiai dans la chambre voisine, je bus une carafe d'eau, et je me sentais malheureux comme les pierres. La brave Frau Doktor m'apporta alors un petit verre de cognac et je repris mes esprits."

Dimanche 3 mars 1907- Carl G. Jung, accompagné de Ludwig Binswanger, rendit sa première visite à Freud à 10 heures du matin. Selon Binswanger : "Le lendemain de notre arrivée, Freud nous a demandé, à Jung et à moi, de lui raconter nos rêves. Je ne me souviens plus du rêve de Jung, mais parfaitement de l'interprétation donnée par Freud. Elle suggérait que Jung voulait le détrôner et prendre sa place. (...) Ces interprétations rendent tout à fait compte du climat détendu et amical qui nous entoura dès le premier jour. L'aversion de Freud pour toute formalité et étiquette, son charme personnel, sa simplicité, sa franchise et sa bonté évidentes et surtout son humour excluaient tout embarras. Et pourtant on ne pouvait à aucun moment se libérer de l'impression de grandeur et de noblesse qu'inspirait sa personnalité. Pour moi, c'était une grande joie, encore que mêlée de scepticisme, que de voir avec quel enthousiasme et quelle confiance, Freud recevait mon maître Jung et le considérait aussitôt comme son "dauphin" ".

Dimanche 20 mars 1938 - La dernière séance de la Societé psychanalytique de Vienne par les nazis, après l'Anschluss : "Dans la petite salle de réunion de la Société psychanalytique de Vienne, le 20 mars 1938, se sont présentés : le commissaire nommé par le NSDAP (Parti national-socialiste), le Dr Anton Sauerwald, le Dr Ernest Jones, comme président de l'Association psychanalytique internationale, Marie, Princesse de Grèce, comme vice-présidente de l'Association psychanalytique internationale, Mme Anna Freud, comme vice-présidente de l'Association psychanalytique internationale et vice-présidente de la Société psychanalytique de Vienne, le Dr Carl Müller-Braunschweig, comme secrétaire de la Société allemande de psychanalyse et comme membre de conseil d'administration de l'Institut allemand de recherche psychologique et de psychothérapie, Berlin, M. August Beranek, Berlin, pour seconder le Dr C. Braunschweig en qualité de conseiller. (...) Après une longue délibération, les membres présents du comité de direction de l'Association psychanalytique internationale se déclarent d'accord avec la proposition suivante : Le président de la Société psychanalytique de Vienne, le prof. Sigmund Freud, demande au Dr Muller-Braunschweig comme représentant de la Société allemande de psychanalyse que cette Société reprenne en tant que dépositaire (Treuhänderin) les droits et les obligations de la Société psychanalytique de Vienne ainsi que ses biens. Le prof. Dr Sigm. Freud accepte cette proposition. Le Dr C. Braunschweig déclare, après un entretien téléphonique avec le prof. Dr Goering, que la Société allemande de psychanalyse est prête à assumer le rôle de dépositaire. Les membres du comité de direction et les membres de la Société psychanalytique de Vienne nommés dans ce procès-verbal et présents en personne prennent connaissance des faits et les appr ouvent. Vienne, le 20 mars 1938."