La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°95 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Le 18 décembre 1815, naissance, à Tysmenitz (Galicie), dans l'Empire des Habsbourg, de Jacob Kelemen (Kallamon) Freud, fils de Schlomo (Salomon) Freud et de Pepi Hoffman, et futur père de Sigismund. Il est l'aîné de deux frères et d'une soeur. Le second de ses frères est l' "oncle Josef" (1825-1897) qui a pour épouse Rebecca Rawnial. Avec Didier Anzieu, on peut se demander si "Rebecca", cette seconde femme supposée de Jacob sur laquelle tant de légendes ont été bâties, n'a pas été en fait la femme de ce frère, inscrite lors d'un recensement des juifs de Freiberg en 1852 par erreur, négligence ou à la suite d'une falsification volontaire, comme il s'en faisait alors pour contourner les tracasseries administratives si nombreuses.

Le 16 décembre 1910, lettre de S. Freud à S. Ferenczi : "Le Schreber est terminé, à part quelques remarques, un pénible travail ; rires de dérision, ou immortalité, or both. Ce pas dans la psychiatrie est sans doute le plus hardi que nous ayons entrepris jusqu'à présent. L'article a été "bâclé à la six-quatre-deux", en même temps que 10 à 11 heures de travail analytique, particulièrement désagréable cette année, mais il contient les beaux passages qui vous sont connus. Dimanche, j'écrirai encore les brèves formulations sur le principe de plaisir et de réalité."

Le 14 décembre 1962, début de la diffusion par la chaîne nationale française des émissions radiophoniques de Marthe Robert consacrées à La révolution psychanalytique. Elles mobiliseront une audience notable jusqu'à la dernière, le 30 juillet 1963. Première "vulgarisation" sans concession à la facilité de l'histoire de Freud et de la théorie psychanalytique, elles se verront qualifiées de "meilleure biographie de Freud" par Jacques Lacan (Scilicet, 1, p. 191). Elles seront ultérieurement publiées en deux volumes dans la Petite Bibliothèque Payot.

Le 8 janvier 1900, Freud écrit à Wilhelm Fliess : "Ce nouveau siècle, qui nous intéresse surtout du fait qu'il renferme en lui la date de notre mort, ne m'a apporté qu'un stupide compte rendu dans la Zeit (.) La critique est peu flatteuse, dénote une extraordinaire incompréhension et, ce qui est pire, doit avoir une suite dans le prochain numéro. Je ne compte pas être compris, tout au moins durant ma vie. (.) Pour tous ces problèmes obscurs, j'ai affaire à des gens sur lesquels j'ai une avance de dix à quinze ans et qui ne me rattraperont pas. Je n'aspire donc qu'à la tranquillité et à un peu de confort matériel. Je ne travaille pas et tout en moi est silence."

Janvier 1960, John Huston prépare son film sur Freud et a invité Jean-Paul Sartre à retravailler avec lui le scénario : "C'était trop long et trop touffu pour un film (.) Sartre vint à St. Clerans en janvier 1960 et pendant quinze jours s'efforça avec moi de réduire ce matériel trop abondant. Je n'ai jamais travaillé avec quelqu'un d'aussi entêté et catégorique que Sartre. En parlant, il prenait des notes... de ce qu'il disait. Impossible d'avoir avec lui une conversation. Impossible de l'interrompre. Sans reprendre souffle, il me noyait sous un torrent de paroles. Il ne parlait pas anglais et à cause de la rapidité de son débit, j'avais peine à suivre le fil de sa pensée. Je suis sûr que ce qu'il disait était brillant. Ce n'était en tout cas jamais succinct, ni très clair pour moi, comme pour tous ceux qui m'entouraient et l'écoutaient, l'oeil fixe, même ceux d'entre nous qui parlaient parfaitement français (.) Il m'arrivait, épuisé par l'effort, de quitter la pièce. Le bourdonnement de sa voix me suivait un moment et lorsque je revenais, il n'avait pas même remarqué que j'étais sorti (.) Je lui projetai Let There Be Light. Il fut fasciné par les scènes d'hypnose (...) Je lui en fis la démonstration avec la jeune Arabe, qui s'avéra un sujet docile. Sartre voulut ensuite être hypnotisé, ce qui me fut impossible. Il y a ainsi des individus rétifs - tel Otto Preminger.." (Huston John (1980), John Huston, Paris, Pygmalion, 1982).