La Revue

La folie adolescente
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°92 - Page 25 Auteur(s) : Nicole Vacher Neill
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La folie adolescente

Didier Lauru est-il devenu fou ou se prend-il pour un nouvel Erasme pour proposer ainsi l'éloge de la folie adolescente ? Avec l'élégance sinueuse qui le caractérise, il nous balade en terre adolescente.

On y rencontrera, entre autres, Gaspard, Anaka, Alice qui pourrait aussi bien être celle du conte, Peter pan et Narcisse, forcément, Narcisse, Freud, Lacan et Winnicott, forcément, Winnicott. Il nous rappellera que le moi est fait comme un oignon. Et l'on évoquera la complainte du pauvre Jean, "sans amour, on est rien du tout".

C'est par touches apparemment disparates que Didier Lauru nous brosse un tableau impressionniste de l'improbable rencontre de la psychanalyse et de l'adolescent. Que le thérapeute, nous met-il en garde, n'hésite pas à donner de lui même et mouiller sa chemise à l'autel de la sacro-sainte authenticité qu'exige l'adolescent de celui ou celle qui détient la place du supposé savoir.

La clinique de l'adolescent confronte à "l'apparition du sentiment amoureux, la renaissance d'un amour ancien et pourtant nouveau, le temps de la sexualisation de la pensée et du rapport à l'Autre" ; ce qui autorise à Didier Lauru le recours à ce bel aphorisme . "Je considère l'adolescence non comme une structure de passage, mais comme un passage dans la structure" . Les passages sont périlleux et ne se réalisent jamais sans risques ni dangers. "C'est le temps des inclinations amoureuses, du choix difficile des objets de ses désirs, si délicats à négocier, comme dans tout commencement". Or l'adolescent doit en passer par là, "par cette curieuse "maladie d'amour" pour se constituer comme sujet de l'inconscient à part entière". Comme l'amoureux, l'adolescent est pris dans la tourmente, les mots lui manquent, sa pensée s'absente. "Cet imparlable, cet insaisissable est précisément ce qui en fait sa richesse, son énigme. Mais c'est aussi ce qui peut le porter vers les rives incertaines de la psychopathologie". Il s'avère donc fondamental de repérer au delà des faits et gestes qui peuvent en imposer pour de la folie que "c'est le procès du symbolique qui souterrainement est à l'ouvre : la folie recouvre le champ des incertitudes du désir, des faillites de l'être qui ne justifient pas un classement nosographique, maladie scientiste de notre ère post-moderne. Elle est inspirée par un souffle créateur, celui de la vie qui, par le biais du symbolique, tente de s'exprimer".

L'adolescence a le charme ambigu du paradoxe, le parfum des affects de l'enfance et l'amour est son mal nécessaire. C'est entre l'expérience d'un renoncement aux imagos infantiles et l'établissement d'une nouvelle donne affective que l'adolescent va devoir construire son indépendance. "La folie (adolescente) serait alors une tentative de singularisation, au temps des transformations pubertaires, face à l'implacable de la répétition et de son assignation à l'impossible complémentarité dans l'Autre. La folie dans l'aliénation à l'Autre ou pour lui échapper ? La singularité de l'être et sa complexité montre que l'adolescent, malgré ses efforts, ne peut éviter ce qui l'attend : une traversée des turbulences du symbolique jusqu'à se constituer dans un devenir qui lui appartienne, dans l'acceptation de son aliénation dans l'Autre".