Thèses

De l’hospitalisation à l’institutionnalisation des soins de longue durée dans le grand vieillissement : Étude clinique, psychopathologique et projective du «travail de dépendance»
Auteur : Céline Racin
Résumé : À partir d’une étude longitudinale menée auprès de 25 personnes hospitalisées en service gériatrique de soins de suite et de réadaptation, et revues quatre mois après leur sortie à leur domicile habituel ou en Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, cette thèse se propose d’explorer l’expérience sensible et singulière des hommes et des femmes qui rencontrent, sur le chemin du vieillissement et de la vieillesse, la nécessité de soins de longue durée, qui inscrit la perspective d’un devenir placé sous le signe de la dépendance. La signification subjective spécifique que revêt la dépendance pour les individus concernés est examinée à l’aune des travaux en psychologie clinique et psychopathologie orientés par les études psychanalytiques sur le vieillissement et sur le handicap. La thèse étudie leur valeur heuristique, en articulation avec les éthiques du care, pour dégager les fondements métapsychologiques de la problématique de dépendance et ses enjeux en termes de dispositifs thérapeutiques. La thèse revient notamment sur les ambiguïtés relatives à la notion d’« institutionnalisation » et propose une problématisation conceptuelle du travail psychique en situation de dépendance, appelé « travail de dépendance », à partir de laquelle est analysé le matériel clinique recueilli pendant le processus de recherche, sur la base d’entretiens cliniques, d’épreuves projectives ("Rorschach" et "Thematic Apperception Test"), d’une évaluation de la dépression et d’une évaluation des ressources cognitives. Il apparaît que le caractère de « crise » inhérent à ce moment de passage questionne les modalités de préparation à la sortie de l’hôpital, et notamment la fonction psychique assurée par le projet d’institutionnalisation. L’analyse des résultats montre combien l’investissement des objets du "care" relève chaque fois d’une véritable création personnelle, à laquelle le type d’organisation psychopathologique, l’intensité des problématiques de perte et de passivité, ainsi que le poids des opérations défensives mobilisées pour y faire face, confèrent une coloration singulière. De manière notable, le traitement de ces problématiques reste saisi dans une intrication des registres psychosexuel et anaclitique, qui dément l’idée selon laquelle l’acuité de la question narcissique abolirait sensiblement la conflictualité liée à la sexualité infantile. Se saisissant du contraste repéré entre la souffrance psychique amplement constatée chez les personnes rencontrées et l’absence, par ailleurs, de décompensation dépressive ou psychiatrique manifeste, la thèse questionne les ressorts subjectifs du consentement au projet d’institutionnalisation des soins de longue durée, et les écueils d’une mobilisation défensive, à visée anti-dépressive, susceptible de s’abîmer dans l’adaptation conformiste ou la (pseudo)normalité discrète. Il en ressort qu’une attention particulière doit être portée à la façon dont le processus de l’annonce du projet d’institutionnalisation est susceptible d’opérer sur la temporalisation nécessaire à l’appropriation subjective de l’expérience. Mots clés : vieillissement, dépendance, hospitalisation, institutionnalisation, care, dispositifs de soins de longue durée, approche psychanalytique et projective
Sous la direction de : Benoît Verdon