Littérature

Bull Mountain
Auteurs : Brian Panowich
Editeur : Actes Sud
Collection : Actes noirs
Date de parution : 09/03/2016
Présentation : Chez les Burroughs, on est hors-la-loi de père en fils. Depuis des générations, le clan est perché sur les hauteurs de Bull Mountain, en Géorgie du Nord, d’où il écoule alcool de contrebande, cannabis et méthamphétamine jusque dans six États, sans jamais avoir été inquiété par les autorités. Clayton, le dernier de la lignée, a tourné le dos à sa fratrie, et comme pour mettre le maximum de distance entre lui et les siens, il est devenu shérif du comté. À défaut de faire régner la loi, il maintient un semblant de paix. Jusqu’au jour où débarque Holly, un agent fédéral décidé à démanteler le trafic des montagnards. Clayton se résout alors à remonter là-haut pour proposer un marché à son frère. Il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas en redescendre. Ce qu’il ignore, c’est que Holly en a fait une affaire personnelle, et que l’heure des pourparlers est déjà passée. Salué par bon nombre d’auteurs fameux, à commencer par James Ellroy, Bull Mountain se lit comme l’histoire de Caïn et Abel dans un Sud plus poisseux que jamais. Avec ce premier opus d’une violence et d’une force également insoutenables, Brian Panowich signe un roman noir rural et déchirant.
Commentaires : Si la parenté du roman policier avec la tragédie grecque peut sembler pertinente, c’est particulièrement vrai pour cet ouvrage, dont la noirceur se nourrit de la haine intrafamiliale.. "Bull Mountain" tire la puissance de ses effets d’un scénario qui se met en marche, inéluctablement, dès les premières pages, ouvrant sur un fratricide qui en appellera d’autres. Il tient aussi de la tragédie l’opposition entre le Bien et le Mal, incarnés par des membres de la même famille : au clan des Burroughs, hors la loi régnant totalitairement, de père en fils ,sur la région de Bull Mountain où ils établissent des trafics divers, s’oppose en effet Clayton, le dernier membre de la famille, devenu le shérif du Comté. L’équilibre jusque là fragile se défait avec l’intervention d’un agent fédéral qui se révèlera avoir, dans cette affaire, des enjeux personnels. L’auteur, dont c’est le premier ouvrage, est pompier en Géorgie, la région où il situe son ouvrage. On appréciera la densité du récit, qui avance sans s’embarrasser de fioritures inutiles, positionne fortement les personnages et offre en arrière plan, comme décor essentiel du drame, un paysage sublime auquel les Burroughs se sont identifiés étroitement. Citons, pour illustrer l’efficacité du style, une des images inaugurales : «quand il faisait aussi froid que ce matin-là, la brume pesait sur les veinures du kudzu comme une chape de coton, si épaisse qu’on ne voyait pas ses pieds à travers. Ça ne manquait pas de faire sourire Rye : l’idée que, pour voir les nuages, les gens levaient la tête et lui, pour voir les mêmes, il n’avait qu’à la baisser. Il se figurait que c’était ce que devait ressentir Dieu» Michèle Emmanuelli