Drapeau russe à Dakar, Moscou récuse le recours ukrainien
Mikhaïl Degtyarev estime que Kiev n’a pas qualité pour contester devant le TAS le retour des symboles russes, autorisé fin octobre aux Jeux de la jeunesse.
Mikhaïl Degtyarev, ministre russe des Sports, affirme que l’Ukraine n’a pas à s’immiscer dans la décision du CIO qui rouvre les compétitions officielles à la Russie. Il l’a déclaré dans un entretien à l’AFP, rapporté par France 24, alors que Kiev a porté l’affaire devant la justice sportive.
En bref
- Le ministre russe des Sports juge que l’Ukraine n’a pas à se mêler de la décision du CIO.
- À Dakar, la délégation russe défilera sous son drapeau et son hymne pourra retentir.
- Le CIO n’a pas encore tranché sur le drapeau et l’hymne russes pour Los Angeles 2028.
- Le recours ukrainien devant le Tribunal arbitral du sport n’a pas encore été jugé.
À Dakar, le retour des symboles nationaux russes
L’effet le plus visible se jouera au Sénégal. Fin octobre, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse organisés à Dakar, les sportifs russes marcheront derrière leur propre drapeau. En cas de médaille d’or, c’est leur hymne qui sera joué, et non une musique neutre.
Ce rendez-vous de la jeunesse marque une première depuis les Jeux olympiques de la jeunesse de Lausanne, en 2020, dernière compétition où les emblèmes russes avaient été admis. Pour le ministre, âgé de 45 ans, la question est close.
« Les relations entre le CIO et la Russie relèvent du CIO et de la Russie »
Mikhaïl Degtyarev, ministre russe des Sports
De Sotchi à juillet 2026, une longue mise à l’écart
Le retour annoncé à Dakar clôt une période durant laquelle les sportifs russes ont changé plusieurs fois d’étiquette sans jamais concourir pleinement au nom de leur pays.

- Aux Jeux d’hiver de Sotchi, un dopage d’État est mis en œuvre, selon l’Agence mondiale antidopage. Les athlètes russes concourent ensuite sous diverses appellations.
- L’offensive lancée par la Russie en Ukraine prolonge leur isolement. Leur dernier statut en date est celui d’« athlètes individuels neutres ».
- Le CIO allège les restrictions et permet aux Russes de disputer les épreuves qualificatives pour Los Angeles 2028.
Le comité olympique s’est toutefois gardé d’aller jusqu’au bout pour les Jeux américains. La réintroduction du drapeau et de l’hymne à Los Angeles reste en suspens, le CIO ayant reporté sa décision sur ce point.
Devant le TAS, deux lectures qui s’opposent
L’Ukraine a saisi le Tribunal arbitral du sport pour obtenir l’annulation de la décision du 7 juillet. Moscou conteste jusqu’à son droit de le faire. Les positions des deux ministres se répondent point par point.
| Question | Position ukrainienne | Position russe |
|---|---|---|
| Légalité de la décision | Elle enfreindrait la Charte olympique et serait intervenue trop tôt. | Le CIO et la plupart des fédérations respecteraient au contraire cette charte. |
| Fondement de la suspension | Les faits qui avaient justifié l’exclusion n’auraient pas été pris en compte. | Les sanctions viseraient la Russie seule, quand des acteurs d’autres conflits ont continué à concourir. |
| Territoires annexés | Matviy Bidnyi, ministre ukrainien des Sports, accuse Moscou de tromper le CIO en prétendant y avoir cessé toute activité sportive. | Ce qui se passe entre le CIO et la Russie ne regarderait personne d’autre. |
| Recevabilité du recours | L’Ukraine demande l’annulation pure et simple. | Le demandeur n’aurait pas qualité pour agir. |
Sur ce dernier point, Mikhaïl Degtyarev ne laisse aucune marge. « Il ne peut donc y avoir qu’une seule issue : la requête doit être rejetée, car le demandeur n’a pas qualité à agir dans ce dossier », a-t-il soutenu, en ajoutant que la décision du CIO ne concerne pas l’Ukraine, puisqu’à ses yeux elle n’est partie à aucun différend en lien avec l’affaire. Le tribunal ne s’est pas encore prononcé.
Le ministre a aussi tenu à présenter Moscou comme étranger à toute logique d’exclusion : « La Russie n’a jamais demandé que qui que ce soit soit suspendu, et nous ne souhaiterions à personne de vivre l’expérience d’une interdiction ». Il a enfin adressé une mise en garde aux pays tentés par le boycott, qui, selon lui, finiraient isolés et privés de l’organisation de compétitions internationales, une prédiction qui n’engage que lui.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Salma03regine. Licence : CC0.
