La santé mentale est au cœur du rapport annuel de la médiatrice de l’Éducation nationale, publié en juillet 2026. Les réclamations adressées à la médiation ne portent pas toujours directement sur un problème psychique. Elles concernent aussi une orientation, une bourse, un logement, un examen, une situation de harcèlement ou une difficulté professionnelle. Mais ces démarches peuvent révéler la fragilité d’élèves, d’étudiants et de personnels qui ne trouvent plus de solution dans leurs échanges avec l’administration.
En 2025, le réseau des médiateurs a traité près de 28 500 saisines, soit une hausse de 20 % en un an, selon les données présentées sur le rapport de la médiatrice. Cette progression traduit à la fois une meilleure visibilité de ce recours et un besoin accru d’écoute, d’explications et d’accompagnement face à des situations individuelles de plus en plus difficiles.
Des réclamations qui font apparaître le mal-être des élèves
La médiation intervient lorsqu’un usager, une famille ou un personnel estime ne pas parvenir à résoudre un différend avec l’Éducation nationale ou l’enseignement supérieur. Elle ne constitue donc pas un dispositif de suivi psychologique. Elle offre plutôt un espace de règlement amiable, capable de reprendre un dossier lorsque les règles, les délais ou les échanges administratifs ne tiennent pas suffisamment compte d’une situation personnelle.
Le rapport indique que près de 450 saisines évoquent explicitement le mal-être psychique d’un élève. Les situations décrites associent notamment phobie scolaire, anxiété, difficultés familiales, harcèlement ou problèmes rencontrés pendant les examens. Dans certains cas, une procédure appliquée sans adaptation peut renforcer une souffrance déjà présente. Le contrôle continu et les démarches d’orientation sont également cités comme des sources de stress, en particulier lorsque les élèves ou leurs familles comprennent mal les règles applicables.

Le harcèlement figure lui aussi parmi les motifs suivis par les médiateurs. 970 dossiers concernant le harcèlement ont été traités en 2025, d’après le bilan détaillé des saisines. Le même rapport fait état de 1 000 situations de violences envers des enfants prises en charge cette année-là. Ces chiffres décrivent des dossiers parvenus à la médiation, et non l’ensemble des situations vécues dans les établissements.
Le contexte scolaire est donc important, sans permettre à lui seul de poser un diagnostic sur la santé mentale d’un jeune. Pour les familles, un changement de comportement, des absences répétées, une forte anxiété face aux évaluations ou un conflit qui s’installe peuvent justifier de demander un échange avec les professionnels compétents de l’établissement et, si nécessaire, avec un professionnel de santé.
Dans l’enseignement supérieur, les difficultés administratives masquent parfois une détresse
Les étudiants représentent désormais plus d’un tiers des demandes des usagers, tandis que les recours concernant l’enseignement supérieur ont progressé de 46 %. Les situations rapportées dans l’enseignement supérieur concernent notamment les bourses, le logement, les départs à l’étranger et les aménagements d’études.
Le rapport met en lumière la vulnérabilité particulière de certains étudiants en situation de handicap. Une modification ou une limitation dans la mise en œuvre d’un accompagnement peut être vécue comme une rupture de parcours, avec un sentiment d’échec et une grande détresse. D’autres étudiants doivent conjuguer leurs études avec le rôle d’aidant auprès d’un proche, des problèmes de santé ou une précarité matérielle. Dans ces situations, la demande adressée à la médiation reste souvent administrative, alors que la charge psychologique est plus large.

Un dossier de bourse ou de logement ne résume pas la situation d’un étudiant. Une absence de réponse, une règle difficile à comprendre ou un délai qui compromet une inscription peuvent accentuer l’incertitude et l’isolement. Le rôle de l’institution consiste alors aussi à repérer les parcours fragiles, à expliquer les décisions et à identifier un interlocuteur lorsque les démarches dématérialisées ne suffisent plus. Les questions de santé mentale s’inscrivent ainsi dans un environnement social, scolaire et matériel qu’il faut prendre en compte sans confondre accompagnement administratif et prise en charge médicale.
Les personnels confrontés à des situations qui durent
Le rapport s’intéresse également aux personnels de l’Éducation nationale. Les médiateurs reçoivent des réclamations liées aux rémunérations, aux fins de contrat, aux trop-perçus ou à des difficultés de gestion. Les saisines des professeurs contractuels ont fortement augmenté en cinq ans, notamment sur les questions salariales.
Au-delà des démarches, la médiatrice décrit des personnels fragilisés par un accident de la vie, une maladie, un harcèlement ou un accident du travail. Le compte rendu de BFMTV consacré au rapport rapporte des situations dans lesquelles des personnes peinent à retrouver un équilibre après le traitement initial de leur dossier. La difficulté ne disparaît donc pas toujours lorsque la décision administrative est rendue.
Cette observation donne à la médiation une fonction d’alerte sur les points de rupture dans les parcours. Elle ne permet pas de conclure à une dégradation générale du système éducatif, mais elle montre l’importance du dialogue, de la formation des équipes et d’un accompagnement attentif des situations individuelles. Pour les élèves, les étudiants comme pour les personnels, la santé mentale ne peut être dissociée des conditions concrètes dans lesquelles ils étudient, travaillent et échangent avec l’institution.
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