Le sentiment d’injustice, plus que l’écart réel, nourrit la rivalité entre frères et sœurs
Finale disputée l’un contre l’autre, double remporté ensemble : les frères Lebrun éclairent la rivalité qui peut durer entre frères et sœurs.
En bref
- Un traitement parental différent est associé au bien-être et à la qualité des liens fraternels, de l’enfance à l’âge adulte.
- Le sentiment d’être injustement traité pèse davantage que les écarts réels de traitement.
- Les enfants se comparent spontanément, même si leurs parents ne le font jamais.
- Les frères et sœurs sont à la fois partenaires sociaux, modèles et objets de comparaison.
Le dimanche 18 octobre, Félix Lebrun est devenu champion d’Europe de tennis de table en battant en finale le Suédois Anton Kallberg. Il succède ainsi à son frère Alexis, vainqueur de cette compétition deux ans auparavant. Or, la veille de cette finale, les deux frères s’étaient associés pour remporter le titre en double. Cette alternance entre alliance et affrontement sert de point de départ à Psychologies.com, qui s’interroge sur la compétition au sein des fratries.
Depuis plusieurs années, les Lebrun alternent entre coéquipiers et adversaires selon les épreuves auxquelles ils participent. Mais la rivalité n’a pas besoin d’un podium international : selon le magazine, certains frères et sœurs vivent dans l’affrontement permanent sans aucune compétition sportive. Ce qui suit décrit des tendances observées par la psychologie et ne dit rien du vécu personnel des deux champions.
Le regard des parents, premier terrain de comparaison
Consciemment ou non, les parents ne traitent pas toujours leurs enfants de la même manière. Le genre, les traits de personnalité, l’âge des parents, leur situation économique ou d’autres facteurs peuvent intervenir. Ces différences de traitement sont associées au bien-être de chacun comme à la qualité des relations entre frères et sœurs, aussi bien pendant l’enfance et l’adolescence qu’à l’âge adulte.
Une étude parue dans le Journal of Marriage and Family montrait que ces écarts nourrissaient des difficultés émotionnelles et comportementales. Le sentiment d’injustice peut ainsi entretenir la rivalité, même lorsque les parents ne cherchent pas volontairement à instaurer une compétition. Il s’agit d’une association, non d’une mécanique certaine.
Ce qui compte : l’injustice perçue
Une autre étude, publiée dans la revue Social Development, apporte une nuance. Ce que les enfants perçoivent comme équitable de la part de leurs parents s’avère plus étroitement lié à leur estime d’eux-mêmes et à la qualité de leurs relations fraternelles que les écarts objectifs de traitement. Se sentir injustement traité pourrait donc compter davantage que la réalité des différences.
Le fait de se comparer a lui aussi un effet : selon l’article, il fragilise l’intimité au sein de la fratrie.
Se comparer, un réflexe qui ne vient pas que des parents
Chercher dans la famille l’origine de la rivalité paraît logique, mais elle n’est pas seule en cause. Les enfants peuvent se jauger spontanément, y compris lorsque leurs parents s’abstiennent toujours de les comparer.
Un frère ou une sœur offre un point de comparaison tout désigné. Les chercheurs de l’étude du Journal of Marriage and Family distinguent trois rôles dans le développement de l’enfant :
- partenaires sociaux ;
- modèles ;
- objets de comparaison sociale.
Comparaison, jalousie et compétitivité entre frères et sœurs apparaissent ainsi, dans une certaine mesure, comme des phénomènes naturels. Cette lecture rejoint l’image des Lebrun, tour à tour associés et opposés, sans que le dossier permette de conclure sur leur relation.
Photo : Ivan S / Pexels
