Une rivalité fraternelle peut naître sans que les parents comparent leurs enfants

Champions d’Europe à deux ans d’intervalle et associés en double la veille de la finale, les Lebrun servent d’entrée à une question : d’où vient la rivalité entre frères et sœurs ?

Mathilde Grosjean Par Mathilde Grosjean
3 min de lecture
Une rivalité fraternelle peut naître sans que les parents comparent leurs enfants
Deux raquettes de tennis de table rouges et une balle orange posées sur une table bleue.

En bref

  • Félix Lebrun a pris à son frère Alexis le titre européen de tennis de table.
  • Un traitement parental perçu comme inégal est associé au bien-être et aux liens fraternels.
  • Les enfants peuvent aussi se comparer spontanément, sans intervention des parents.

Le dimanche 18 octobre, en finale face au Suédois Anton Kallberg, Félix Lebrun est devenu champion d’Europe de tennis de table, reprenant ce titre à son frère Alexis, sacré deux ans plus tôt. La veille de cette finale, les deux frères avaient fait équipe et remporté le double. Tour à tour partenaires puis rivaux, ils renvoient à une question que se posent bien des familles : que se joue-t-il entre enfants d’une même fratrie ? Psychologies.com met leur cas en regard de travaux de recherche. Le média rappelle que, même hors des compétitions internationales, certains frères et sœurs restent en affrontement constant.

Le regard des parents, premier terrain de comparaison

Consciemment ou non, les parents n’adoptent pas toujours la même attitude envers chacun de leurs enfants. D’après Psychologies.com, ces écarts peuvent tenir au genre, aux traits de personnalité, à l’âge des parents, à leur situation économique ou à tout autre facteur pesant sur leur comportement. Ces différences de traitement sont associées au bien-être de chacun comme à la qualité des liens fraternels, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte.

Des travaux parus dans le Journal of Marriage and Family décrivent la manière dont ces écarts nourrissaient des troubles émotionnels et comportementaux chez les enfants. Il en découle qu’un sentiment d’injustice peut entretenir la rivalité, y compris lorsque les parents n’ont aucune volonté de mettre leurs enfants en concurrence. La comparaison, de son côté, érode l’intimité entre frères et sœurs, et donc la relation elle-même.

Ce qui compte : l’injustice perçue

Selon une recherche de la revue Social Development, c’est la façon dont l’enfant juge l’équité de ses parents qui se rattache le plus nettement à son estime de soi et à la qualité de ses relations avec ses frères et sœurs, davantage que les écarts de traitement mesurables. Les auteurs en retiennent que le fait de se sentir lésé pourrait éclairer à la fois la dévalorisation personnelle et le délitement des liens dans la fratrie.

Un garçon en rouge et une fillette en salopette beige, assis sur un canapé dans un salon, regardent au loin en souriant.
Deux enfants assis côte à côte sur un canapé dans un salon, l’air détendu et amusé. Photo : Ketut Subiyanto / Pexels

Pour prolonger ce point, un article de Carnet Psy examine la rivalité entre frères et sœurs à l’âge adulte.

Se comparer, un mécanisme qui ne vient pas que de la famille

Chercher les causes uniquement chez les parents serait réducteur : des enfants que personne ne met en parallèle peuvent malgré tout s’évaluer l’un par rapport à l’autre. Le psychologue Leon Festinger a avancé une théorie de la comparaison sociale : chacun cherche à jauger ses propres opinions et capacités, notamment en se mesurant à autrui.

Dans cette logique, frères et sœurs constituent des points de référence naturels. Les auteurs de l’étude du Journal of Marriage and Family relèvent que la fratrie remplit plusieurs fonctions dans la construction de l’enfant :

  • des partenaires sociaux au quotidien ;
  • des modèles à imiter ;
  • des personnes avec lesquelles on se compare.

Chez les Lebrun, aucune source n’établit que la rivalité sportive découle d’un traitement parental différent : leur parcours sert ici d’illustration, non de démonstration. Il montre surtout qu’une même fratrie peut alterner coopération en double et affrontement en simple, deux situations qui se sont succédé en l’espace de deux jours lors de ces championnats d’Europe.

Photo : Omar Photographer / Pexels