Noter où sont les cartes peut nuire à leur mémorisation

Dans une expérience de 2014 menée par Eskritt et Ma, ceux qui pouvaient écrire où se trouvaient les cartes ont ensuite moins bien su les situer.

Mathilde Grosjean Par Mathilde Grosjean
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Noter où sont les cartes peut nuire à leur mémorisation
Une personne prend des notes à la main dans un carnet ouvert, posé sur ses genoux, un stylo tenu dans une main prothétique noire.

En bref

  • Un jeu de paires sert de terrain d’observation, sans lien direct avec un cours ou une réunion.
  • Les participants autorisés à noter se souvenaient moins bien de la position des cartes.
  • Les auteurs décrivent les notes comme un stockage externe, à la manière d’un agenda.
  • Les notes restent utiles dans certains contextes, le risque tenant à l’excès de délégation.

Écrire pour mieux retenir : l’idée paraît évidente. Une étude parue dans Memory & Cognition en 2014 vient pourtant la nuancer. Dans un jeu de paires, les participants qui avaient le droit de noter l’emplacement des cartes s’en souvenaient moins bien que ceux qui s’en passaient. Le travail est relayé par Psychologies.com, qui s’appuie lui-même sur le site PsyBlog.

Une étude, une référence précise

Les auteurs sont Eskritt et Ma. Leur article, intitulé « Intentional forgetting », avec pour sous-titre une formule sur la prise de notes comme exemple naturaliste, a paru dans la revue Memory & Cognition en 2014. D’après Psychologies.com, il suggère que l’acte de noter pourrait diminuer la capacité à retenir les détails. Le conditionnel compte : le terrain d’observation est un jeu de cartes, non un cours ni une réunion.

La question posée est simple. La prise de notes passe pour une technique d’apprentissage très répandue, et l’on y voit volontiers un soutien à la mémorisation. L’expérience teste ce qui se passe lorsque cette aide est offerte pour une tâche de localisation précise, où chaque position compte.

Le dispositif : un jeu de mémoire classique

L’expérience s’appuie sur un jeu connu sous les noms de « Concentration » ou de « Paires », que beaucoup ont pratiqué enfant. Son déroulement tient en quelques éléments :

  • des cartes sont disposées face cachée, et il faut retrouver celles qui se correspondent ;
  • les participants sont répartis en deux groupes ;
  • dans le premier, il est permis de noter où se trouvent les cartes ;
  • dans le second, cette possibilité n’existe pas.

Ce montage isole un seul paramètre : la présence ou l’absence de notes sur l’emplacement des cartes. Psychologies.com précise que ce dispositif a produit des résultats inattendus sur l’effet de la prise de notes.

Un résultat à rebours des attentes

Contre toute attente, les participants autorisés à écrire gardaient un souvenir nettement plus faible de la place des cartes que ceux qui n’avaient rien consigné. Les auteurs de l’étude l’expriment ainsi : « les participants du groupe de prise de notes se souvenaient significativement moins des informations de localisation que les participants du groupe d’étude ».

Enfant assis à une table blanche qui retourne une carte parmi de nombreuses cartes de mémoire posées face cachée.
Un enfant retourne une carte parmi des cartes de jeu de mémoire disposées face cachée sur une table blanche. Photo : Nicola Barts / Pexels

Selon l’article relayé, ces résultats laissent penser que les preneurs de notes avaient volontairement oublié ces informations. Les auteurs rapprochent leur démarche de celle d’un agenda : les participants se servaient de leurs notes comme d’un stockage externe pour les positions. Le cerveau pourrait ainsi négliger de conserver ce qu’il sait déjà consigné ailleurs. Cette lecture reste une hypothèse, formulée avec prudence, et non un mécanisme démontré.

Le travail d’Eskritt et Ma s’inscrit dans l’étude de l’oubli intentionnel, comme l’indique son titre. La prise de notes y est traitée comme un exemple de la vie courante où l’on choisit, en quelque sorte, de ne plus retenir ce que l’on a déposé sur le papier.

Ce que l’étude ne condamne pas

L’étude n’établit donc pas que prendre des notes soit nuisible en soi. Elle signale un risque précis : confier à une trace écrite ce que l’on aurait pu retenir soi-même. Selon Psychologies.com, réfléchir à l’équilibre entre noter et mémoriser pourrait être déterminant pour la rétention.

Sur les mécanismes de la mémorisation en général, on peut consulter notre article sur la rétention en psychologie de la mémoire.

Photo : Anna Shvets / Pexels