Le temps libre rend heureux, mais seulement jusqu’à un certain seuil

Les travailleurs sondés entre 1992 et 2008 se sentaient mieux pendant leur repos, jusqu’à ce que la satisfaction chute après quelques heures.

Samuel Ohayon Par Samuel Ohayon
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Le temps libre rend heureux, mais seulement jusqu’à un certain seuil
Une personne lit un livre ouvert, assise sur un canapé dans un intérieur calme.

En bref

  • Prendre du temps pour soi contribue au bien-être, mais en avoir trop sans l’employer ferait monter le stress.
  • Les chercheurs situent à 5 heures le temps libre idéal pour être heureux.
  • Au-delà, ils suggèrent une activité qui a du sens, fait se sentir bien ou apprend quelque chose.

Disposer de journées entières sans obligation ne garantit pas le bonheur : Psychologies.com rapporte qu’au-delà d’une certaine durée, les pauses quotidiennes n’ajoutent plus de satisfaction, alors que s’accorder du temps pour soi contribue au bien-être.

Ce constat provient d’une étude publiée en septembre 2021 par l’American Psychological Association. D’après ses résultats, manquer de temps libre abîme la santé, tandis qu’en posséder beaucoup sans l’employer ferait grimper la jauge de stress. L’idée selon laquelle une retraite anticipée et l’oisiveté riment avec bonheur est présentée comme une croyance : les scientifiques affirment plutôt le contraire, et un excès de temps libre réduirait le bien-être.

Quatre expériences, une même évolution

Pour parvenir à ce constat, l’équipe a conduit quatre expériences. Trois d’entre elles sont décrites ici, sur des groupes très différents, et elles dessinent la même trajectoire : le bien-être grandit avec le repos, puis fléchit.

5 heuresdurée au bout de laquelle le bien-être déclinait dans l’analyse de plus de 22 000 Américains
Échantillon Observation des chercheurs
Plus de 22 000 Américains, analyse de leurs journées de repos Plus le temps libre s’allongeait, plus les participants se disaient heureux ; au bout de 5 heures, le bien-être déclinait.
14 000 travailleurs américains, sondés entre 1992 et 2008 Leur satisfaction augmentait pendant le repos, avant de chuter au bout de quelques heures.
6 000 personnes interrogées en ligne sur leurs temps de repos Avec 7 heures de repos, on se sentait moins productif, moins heureux et davantage stressé qu’avec 3 h 30.

Le résultat obtenu avec le panel de travailleurs a confirmé celui de la première analyse. L’étude en ligne, elle, a été menée pour consolider ces observations, et c’est à partir d’elle que les chercheurs évoquent l’existence d’un seuil critique à ne pas dépasser pour atteindre le bonheur. La comparaison entre 3 h 30 et 7 heures n’établit toutefois pas de seuil exact, et le repère de cinq heures n’est pas présenté comme valable pour tout le monde.

Pourquoi l’oisiveté finit par peser

Un temps libre illimité peut provoquer un sentiment de déprime. C’est notamment le cas chez les personnes sans emploi ou à la retraite. Après quelques heures passées sur le canapé, des sensations désagréables peuvent se faire sentir, liées à l’impression de manquer de productivité.

Marissa Sharif, professeure de marketing à la Wharton School et autrice principale de l’étude, formule ainsi la conclusion : « Nos résultats suggèrent que le fait de disposer de journées entières à remplir à sa guise peut rendre une personne tout aussi malheureuse ». Elle ajoute que les gens devraient plutôt s’efforcer de disposer d’une quantité modérée de temps libre, à dépenser comme ils le souhaitent.

Des repères au-delà des cinq heures

Selon les chercheurs, le temps libre idéal pour être heureux serait estimé à 5 heures. Passé ce cap, ils suggèrent de choisir une occupation qui répond à l’un de ces critères :

  • elle a du sens pour la personne ;
  • elle fait se sentir bien ;
  • elle apprend quelque chose, par exemple jouer d’un instrument ou renforcer l’apprentissage d’une langue.

Sur le lien entre travail et équilibre de vie, le site propose aussi un article consacré aux signes de l’addiction au travail.

Photo : Ivan S / Pexels

Samuel Ohayon

Psychologie, relations et santé mentale

Samuel Ohayon

Samuel Ohayon a animé des groupes de parole pour une association de soutien aux familles, puis a travaillé dans la prévention en milieu scolaire. Il écrit sur le couple, l'amitié et la vie de famille, avec une attention particulière aux situations de conflit. Il lit beaucoup de romans policiers et en parle volontiers.